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Euro-Méditerranée Associer les politiques agricoles du nord et du sud de la Méditerranée

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La sécurité alimentaire du sud et de l’est de la Méditerranée passera par un partenariat avec l’Union Européenne (UE). C’est la thèse soutenue par une équipe de recherche de l’Ipemed (Institut de prospective économique du monde méditerranéen), emmenée par Jean-Louis Rastoin, ingénieur agronome et expert associé de l’institut.

Rappelant les causes de l’insécurité alimentaire dans le monde : changement climatique, accaparement des terres, problème d’accès à l’eau, biocarburants, Jean-Louis Rastoin, ingénieur agronome et expert associé d’Ipemed (Institut de prospective économique du monde méditerranéen), a indiqué que le sud de la Méditerranée est particulièrement exposé à ce type de problèmes. Il s’exprimait à l’occasion de la présentation du rapport Pour une politique agricole et agroalimentaire euro-méditerranéenne, le 5 octobre à Paris.
 
L’Europe doit s’associer aux politiques agricoles méditerranéennes
Parmi les pistes d’action envisagées par ce rapport pour améliorer la sécurité alimentaire des pays du sud et de l’est de la Méditerranée (Psem), la création d’une PAAC (politique agricole et agroalimentaire commune) est envisagée dans le cadre d’un renforcement des partenariats avec l’Union européenne. Autre possibilité, l’élargissement de la Pac de l’UE aux Psem. Pour Xavier Beulin, président de la FNSEA, présent ce jour-là, face à la mise en veille de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), « dont plus rien n’est sorti depuis dix ans », il faut trouver une voie intermédiaire entre le multilatéralisme et le bilatéralisme. « Favoriser des politiques agricoles cohérentes et des échanges commerciaux qui favorisent les cultures locales sans entraver le commerce » pourrait améliorer la situation au sud de la Méditerranée, selon Xavier Beulin. Cependant, il indique que les relations commerciales du Sud de la Méditerranée avec l’Europe concernant la viande, le lait ou les céréales, dont le Sud est importateur net, et celles concernant les fruits et légumes, sujet de clivage fréquent avec l’UE, ne sont pas les mêmes. Pour Xavier Beulin, il faut mener plusieurs réflexions entre le Nord et le Sud de la Méditerranée. Celles-ci concerneraient l’efficacité de l’utilisation de l’eau et de sa valorisation, la recherche et l’innovation en prenant en compte les problèmes communs aux deux zones, l’agronomie et les systèmes de cultures, et l’organisation en filière des productions par le développement d’organisations de producteurs.
 
Soutenir le rôle social de l’agriculture
Décrivant ce que pourrait être une politique agricole des Psem, Jean-Louis Rastoin a insisté sur la nécessaire réhabilitation de l’agriculture familiale en zone rurale. Il est, selon lui, « difficile de réduire la population active agricole de certains pays sans autres secteurs d’activité pour les accueillir ». Ainsi, « 25% des populations du Sud de la Méditerranée, soit 72 millions de personnes, vivent aujourd’hui de l’agriculture, il faudra créer deux millions d’emplois par an dans ce secteur d’ici 2020 » pour éviter un exode rural massif, a souligné Jean-Louis Rastoin. Pour Xavier Beulin, le rôle de l’agriculture dans l’équilibre social des pays est essentiel en termes d’emplois et de diminution des risques liés à l’exode rural. D’autre part, selon Jean-Louis Rastoin, « si rien n’est fait, le réchauffement climatique pourrait faire baisser les rendements du Sud de la Méditerranée de 30% dans les prochaines années ». Montrant aussi que les problèmes liés à l’eau et à l’accaparement des terres devaient être pris en compte par les politiques agricoles, Jean-Louis Rastouin a indiqué que ces défis techniques n’étaient pas insurmontables.
 
Une coopération nécessaire mais qui ne va pas de soi
Aux problèmes techniques s’ajoute un problème économique, « les importations de sucre et de céréales du sud de la Méditerranée représentaient 30 milliards d’euros en 2008 et pourraient atteindre les 50 milliards en 2050 », souligne l’expert. Selon lui, « les pays du Sud de la Méditerranée pompent leurs finances publiques » pour subvenir à leurs importations. Ces importations pesant sur le budget des États rendent difficile le financement, par les Psem, de leurs propres politiques agricoles. Mais, si l’Europe a un rôle à jouer dans le développement rural du Sud de la Méditerranée, Younes Zrikem, directeur de la stratégie du développement du groupe Tazi au Maroc, est plus sceptique. Selon lui, « il y a plusieurs années que le Maroc tente d’améliorer ses partenariats avec l’UE, mais les dernières négociations de reconduction des accords commerciaux avec l’Europe ont été particulièrement difficiles ». Le directeur général de l’Agriculture et du développement rural au niveau européen, l’espagnol José Manuel Silva Rodriguez, aurait bien défendu les producteurs de fruits et légumes de son pays, toujours en concurrence avec les producteurs marocains. Younes Zrikem a ainsi souligné qu’aujourd’hui le Maroc commençait à se tourner vers le continent africain ou le Moyen-Orient pour trouver de nouveaux partenaires commerciaux.

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