Sodiaal prépare sa stratégie et son organisation en vue de la sortie des quotas laitiers au 1er avril 2015. Si la première coopérative française compte sur une augmentation de la production de 10% d'ici à 2020, elle veut avant tout s'assurer des débouchés et une bonne valorisation pour les volumes supplémentaires. Damien Lacombe et Frédéric Rostand, respectivement président et directeur général du groupe, détaillent les résultats et les ambitions de Sodiaal.
Lors de l'assemblée générale 2013, vous annonciez un plan stratégique Sodiaal 2020 pour 2014. Quelles en sont les grandes lignes ?
Damien Lacombe : Nous avons défini les règles de gestion de volumes et de prix suite à deux ans de travail et d'échanges avec les régions. Il a fallu modifier une règle statutaire pour donner au conseil d'administration les clés pour gérer les volumes et les prix pour les adhérents de la coopérative, afin de gérer au mieux l'équation laitière. Certains producteurs sont satisfaits de leur équilibre d'exploitation, d'autres ont des ambitions de développement. Nous avons pour chacun une réponse adaptée. Par ailleurs, à l'avenir, nous risquons de manquer de producteurs et voulons favoriser l'installation des jeunes producteurs. Nous avons ainsi créé la Sodiaal box pour aider les jeunes, avec le financement d'appuis techniques. Nous ne défendons pas un modèle d'exploitation précis mais une vision de l'agriculture familiale avec des formes d'organisations nouvelles. En termes de stratégie, nous considérons qu'être une coopérative nous donne un avantage concurrentiel dans la gestion de notre équation laitière. Nous voulons être plus performants sur nos métiers et y atteindre la taille critique. Nous comptons sur l'international pour aller chercher des volumes. Enfin, nous voulons être force de propositions pour des partenariats et des rapprochements dans la filière laitière coopérative.
Comment pensez-vous organiser la production à partir de 2015 ? Avez-vous les capacités industrielles suffisantes pour traiter davantage de volumes et les débouchés commerciaux pour les distribuer ?
DL : Nous devons garantir à nos adhérents que nous valoriserons leur lait dans la durée. Sodiaal devrait collecter 10 % de lait supplémentaire d'ici 2020 et nous nous engageons à absorber ce lait supplémentaire. C'est bien l'enjeu de notre stratégie que de trouver des sources de débouchés nouvelles pour valoriser notre lait.
Frédéric Rostand : Le projet Synutra à Carhaix en Bretagne (construction de deux tours de séchage) absorbera une bonne partie de ces volumes supplémentaires.
N'y a t-il pas un risque à trop miser sur le marché asiatique, qui pourrait se révéler volatil ? Ne faudrait-il pas trouver un partenaire en Chine pour être plus efficace sur ce marché, comme le font Arla avec Mengniu et FrieslandCampina avec Huishan Dairy Holdings ?
FR : Nous avons le contrat avec Synutra, qui est remarquable. Il nous engage sur le long terme, pour une dizaine d'années. Les partenariats peuvent prendre la forme de relations commerciales au long cours ou de sociétés communes.
DL : Synutra investit et nous leur fournissons le lait et le sérum déminéralisé pour le lait infantile. Tous les débouchés à l'international comportent des risques liés à la volatilité mais Sodiaal vise la taille critique pour en limiter les effets. Il y aura de la volatilité pour les producteurs, avec les filets de sécurité qui ont disparu, mais nous avons un rôle d'amortisseur à jouer.
Le prix du lait reste la préoccupation première de vos adhérents. Il y a parfois des incompréhensions sur les prix pratiqués. Comment est calculé le prix d'achat ?
DL : Les incompréhensions, je les entends à Paris mais peu sur le terrain. Les adhérents sont plutôt satisfaits de la façon dont nous avons préparé la sortie des quotas. Je pense que la confiance est revenue. Après, le prix du lait, ce sera le prix du marché pour nos adhérents, on ne peut pas fonctionner autrement car nous devons répercuter ce prix sur la vente de nos produits. Sur l'année 2013, les producteurs Sodiaal n'ont pas eu à rougir du prix payé, bien au contraire, on était supérieur à nos grands concurrents. Demain, la rémunération des producteurs sera faite également au-delà du simple prix du lait : il y aura dans la rémunération la notion de pérennité, d'investissement de la coopérative qui profitera à tous. Nous allons également travailler sur une meilleure clé de répartition des résultats pour l'avenir.
Sur le marché français, quel regard portez-vous sur la guerre des prix ?
DL : Je ne crois pas que les pouvoirs publics puissent régler ce problème ; notre principal atout est le marché international, qui permettra d'arbitrer en tant que de besoin. Nous n'allons pas changer l'organisation de la distribution. Notre meilleur argument, c'est le développement du marché international. Les marchés porteurs à l'export peuvent permettre un rééquilibrage. Il faut être une coopérative efficace pour résister sur le marché intérieur et nous allons aussi nous organiser pour aller chercher la croissance des marchés à l'international.
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L'ensemble des organisations de producteurs réclament aujourd'hui la création d'organisations de producteurs « horizontales », par bassin de production. Qu'en pensez-vous et quel pourrait être le rôle de votre coopérative dans ces organisations ?
DL : Nous avons une vision coopérative, et nous ne voyons pas comment nous pourrions participer à la gestion des flux laitiers dans des associations d'organisation de producteurs de bassins. Il ne faut pas se tromper d'objectif, l'important est de développer une dynamique laitière dans les bassins. Le vrai enjeu, ce sera de s'organiser pour travailler ensemble sur l'appui technique, pour créer des outils autour des exploitations afin d'insuffler une dynamique laitière, ou organiser la relation avec les politiques. Pour ça, on sera là. Mais tous les aspects volume/prix seront traités à l'intérieur de la coopérative, ce ne sont pas les privés qui vont définir l'équitation laitière de Sodiaal.
M ARDI 10 juin, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll se plonge dans le département de l'Yonne. Objectif : visiter deux exploitations laitières. L'une, celle de Philippe Collin, ancien porte-parole de la Confédération paysanne à qui il doit d'ailleurs remettre la décoration de la Légion d'honneur. L'autre, celle des époux Darlot, membres de la FDSEA, Nadine Darlot étant vice-présidente de la Fédération départementale.
Peu adepte des décorations, Philippe Collin s'est laissé séduire par cette perspective, la considérant « comme une reconnaissance du travail du syndicat ». Mais surtout, l'ancien porte-parole veut démontrer qu'il est possible d'aller à l'encontre du mouvement général de transformation des exploitations d'élevage en terres de culture. Transformer une exploitation céréalière en élevage, pour générer davantage de valeur ajoutée, c'est possible selon lui. Il exploitait naguère une ferme devenue entièrement céréalière en bio. Il y a quelques années, il décide de recréer une exploitation laitière, en bio évidemment. Ils sont aujourd'hui 4 associés plus un salarié, exploitant un atelier de 55 vaches laitières avec 320 ha. L'ensemble est très intégré, cohérent : une production de trèfle et de luzerne constitue un apport important de protéines végétales ; un atelier de transformation du lait traite une partie de la production, en produits de base (yaourt, fromage blanc…) mais bientôt, espère Philippe Collin, en époisses, car on est sur la zone d'appellation. Les ventes se font en circuit court : Amap, sur place et superettes de proximité. Les eaux usées sont traitées par des filtres à paille et les eaux de pluie sont récoltées et utilisées pour le lavage ou les animaux. Un processus important dans un département qui n'est pas réputé pour la qualité de son eau comme le faisait remarquer le préfet le jour même. L'échange entre l'ancien porte-parole, ses amis de la Confédération et le ministre est cordial. Philippe Collin fait remarquer que le système de gestion actuelle des quotas laitiers est moins propice à ce type de recréation d'élevage (120 000 litres de quota pour un nouvel installé c'est bien peu à l'entendre) qu'à des agrandissements d'exploitation.
Une heure auparavant, le ministre se trouvait sur la ferme des époux Darlot et de leur fils. Sur 200 ha, ce sont 100 vaches laitières qui sont exploitées dans le cadre d'une EARL de trois personnes. Le lait est livré à Sodiaal. La discussion s'engage vite ; les chiffres sont précis. La no-transparence (au regard des sur-primes aux 52 premiers ha) leur coûtera 12 500 euros par an. Avec une grande incertitude quant à la tenue des marchés. « Je me bats sur le post-quota et je suis le seul ,» affirme le ministre. Son objectif : obtenir de l'Europe qu'elle prévoit des mesures de régulation en cas de crise. Le président de la FDSEA, Francis Letellier, n'est pas le moins pugnace des visiteurs. D'autres membres du syndicat le sont aussi. Que sont devenus les 25 euros de supplément de prix du lait obtenus l'an dernier ? Qu'en est-il des promesses d'allègement des formalités et des contraintes environnementales ? L'application de la directive nitrate est un vrai casus belli dans le département. « Le gouvernement sur-transpose les directives de Bruxelles » accusent les syndicalistes qui affirment qu'on « change les règles en cours de route ». Ce n'est pas vrai, répond le ministre. Il leur assure, par ailleurs, que l'Europe acceptera la transformation d'une EARL en GAEC avec transparence au regard des aides PAC, en cas de vrai changement (nouvel apport par exemple). Il assure aussi que les restrictions aux épandages de phytos, la distance des 200 m seront assouplies par rapport à ce qu'annonçait Ségolène Royal et ne concerneraient que les bâtiments publics et non les habitations. Le président de la chambre d'agriculture, Etienne Henriot, est là également et contribue à calmer les débats. Si la discussion est parfois vive, elle reste de bonne tenue et se termine autour d'un verre de cidre et de cerises. Manifestement, Stéphane Le Foll ne déteste pas ces confrontations, l'occasion de percevoir les soucis du terrain, traduits par la FDSEA.
Quels sont les enjeux pour la coopération laitière au-delà de la sortie des quotas ?
DL : La prochaine étape, c'est la PAC 2020. Nous regardons bien sûr les Etats-Unis et leur système de garantie de marge. Nombreux sont ceux qui sous-estiment le pouvoir des Américains pour être compétitifs à l'export quel que soit le marché mondial. Tout cela doit nous inspirer pour être réactif et force de proposition. La PAC qui se met en place est un peu trop le reflet du passé, plus qu'une préparation de l'avenir. Nous observons aussi actuellement la création de beaucoup d'unités de poudre et il faudra se coordonner pour éviter les déséquilibres.
Les représentants de Lactalis (15 milliards l de lait), Sodiaal (4,6 milliards l) et Laïta (1,3 milliard l) ont donné, jeudi 19, leur vision de la filière à moyen terme. Ils tenaient une table ronde lors de l'assemblée générale de Bretagne Conseil Elevage Ouest, dans le Finistère. A leurs yeux, tout lait supplémentaire sera forcément exporté compte tenu de la maturité des marchés européens. D'où les investissements, notamment dans les ingrédients laitiers secs. Pour autant, « ce ne sera pas forcément open bar, a indiqué Christian Griner, directeur général adjoint de Laïta. Il faut d'abord développer l'industrie et le commerce pour qu'on puisse avoir 15 à 20 % de production laitière en plus en 2020. » La fin des quotas laitiers et la plus grande volatilité des prix sur le marché vont forcément influer sur les relations entre producteurs et transformateurs. Christian Griner tou-
jours : « Lorsque les prix baisseront, il ne faudra pas que les livraisons s'effondrent comme cela a pu être le cas par le passé. » Lui comme ses collègues de Lactalis et Sodiaal souhaitent un engagement des producteurs vis-à-vis de leur laiterie pour qu'elle dispose des volumes nécessaires, propres à satisfaire ses marchés. Il évoque aussi le renforcement, demain, de productions différenciées selon des cahiers des charges-clients qui pourront entraîner des prix également différenciés. Reste un obstacle : la difficulté à faire passer des hausses auprès de la grande distibution française. Michel Nalet, directeur de la communication, de Lactalis a rappelé qu'en 2013 en Europe, seuls trois pays ont vu le prix moyen de leurs produits de grande consommation baisser : Chypre, Roumanie, France. FJ
SODIAAL est « clairement focalisé sur la hausse de la rentabilité économique de l'ensemble des activités, explique Frédéric Rostand, directeur général du groupe. Entre 2012 et 2013, l'excédent brut d'exploitation de Sodiaal est passé de 78 à 106 millions d'euros, pour 4,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2013, malgré les pertes opérationnelles de Candia ». En 2014, l'objectif est une nouvelle amélioration de 27 millions d'euros de l'excédent brut d'exploitation.
Selon lui, le rachat d'Entremont en 2011 est « une acquisition réussie sur le plan opérationnel avec un redressement remarquable ». Cette opération et les suivantes, les fusions avec Blâmont et 3A, « accentuent notre positionnement d'acteur laitier multiproduits » : alors que Sodiaal était très dépendant du lait de consommation auparavant, « désormais le mix produits lait-fromage-poudres et ingrédients est beaucoup plus équilibré ». En 2013, toutes les entreprises du groupe ont été « à l'équilibre ou bénéficiaires, à l'exception de Candia », dont la réorganisation implique la fermeture de trois sites, dont le dernier fermera le 30 juin. La priorité stratégique de Sodiaal est l'activité fromagère : « Cela permet de trouver des débouchés pour notre lait et de bien le valoriser, sous forme de fromage et de lactosérum, via Eurosérum, qui occupe une position avantageuse de numéro un mondial avec un quart du marché du lactosérum déminéralisé, et Bonilait protéines ». Elle s'attache à « amplifier le redressement des Fromageries occitanes, via un plan de relance et de compétitivité sans casse sociale ».
Concernant Yoplait, qui « continue d'être un élément patrimonial important » Sodiaal entretien « d'excellentes relations avec General Mills », qui détient 51% des parts. Selon le rapport d'activité, Sodiaal réalise 26 % de ses ventes à l'international, un débouché qu'elle veut renforcer.