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Embargo russe et marchés agricoles Atermoiements à Bruxelles

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Les États membres de l’UE ont demandé, en ordre dispersé, lors du Conseil agricole de l’UE, des mesures complémentaires pour soutenir les producteurs confrontés, notamment, à l’embargo russe. Le représentant de la Commission européenne s’est montré très avare de promesses, faisant état de « 28 avis différents » sur les critères de définition d’une crise de marché.

Proposée par la présidence lettone de l'UE, la discussion des ministres de l'agriculture de l'UE sur « l'évolution du marché, y compris les effets de l'interdiction d'importation imposée par la Russie », le 26 janvier à Bruxelles, a permis à nombre d'entre eux de réclamer des mesures de soutien supplémentaires. Et à Phil Hogan d'afficher, une fois de plus, ses réticences dans le contexte budgétaire actuel. Le commissaire européen a seulement concédé une prolongation des aides au stockage privé pour le beurre et le lait écrémé en poudre jusqu'à fin septembre 2015, considérant en revanche qu'une intervention dans le secteur du porc n'est pas justifiée à ce stade. Devant les journalistes, il a même affirmé, non sans ironie, que, au sein du Conseil, il existait « 28 avis différents » sur les critères de définition d'une « crise de marché » nécessitant de prendre des dispositions urgentes, et donc... « de l'argent dans la réserve de crise » alimentée au moyen d'une baisse des aides directes versées aux agriculteurs.

L'échange de vues des ministres, qui a également porté sur le secteur du sucre à la demande de l'Italie (1), a fait ressortir par ailleurs l'inquiétude de certains face à d'éventuels arrangements bilatéraux avec les services sanitaires de la Russie qui aboutiraient à une reprise partielle, en ordre dispersé, des exportations de produits du porc sur ce marché (2).

Lait : « pas de crise réelle »

Plusieurs ministres ont demandé des mesures pour venir en aide aux producteurs de lait. L'Italie a proposé d'étaler, sans intérêts, sur plusieurs années les paiements au titre du super-prélèvement, suggestion soutenue par la Pologne, de même que la Slovénie, le Luxembourg et l'Irlande. La Roumanie et la Bulgarie ont réclamé une mesure exceptionnelle de soutien temporaire pour compenser les pertes de revenus et la réintroduction du régime des restitutions à l'exportation pour le fromage. L'Espagne a demandé de prolonger les aides au stockage privé pour le beurre et le lait écrémé en poudre. Des aides que Phil Hogan a accepté de maintenir jusqu'à fin septembre 2015, alors qu'elles devaient se terminer fin février et que l'intervention reste ouverte également jusqu'à fin septembre 2015. Le commissaire européen a souligné le besoin de renforcer l'observatoire européen sur le lait et demandé aux États membres de fournir des informations en temps voulu sur le secteur, « pour réagir en cas de problème ». « Les prix se maintiennent relativement bien, il n'y a pas de crise réelle », a-t-il affirmé.

Selon la Commission, le prix moyen du lait dans l'UE était encore de 34 cents par litre en novembre 2014, ce qui représente un niveau « raisonnable », si l'on tient compte des prix records des deux dernières années et de la baisse des coûts pour l'alimentation animale.

Viande porcine : « aucune mesure d'intervention » pour l'instant

Le Danemark, la France et la Belgique, soutenus notamment par la Pologne, la République tchèque, la Finlande et l'Irlande, ont demandé des aides au stockage privé dans le secteur du porc, tandis que l'Allemagne, le Royaume-Uni et la Suède s'y sont opposés.

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Phil Hogan a assuré que de telles aides ne changeraient pas de manière significative les développements attendus du marché. Au contraire, a-t-il dit, elles risquent de remettre en cause l'évolution en cours pour trouver un nouvel équilibre entre l'offre et la demande et d'affecter négativement les prix de l'été prochain. « Aucune mesure d'intervention n'est justifiée dans ce secteur dans la situation actuelle », a-t-il conclu.

Devant les journalistes, le commissaire à l'agriculture s'est montré un peu moins réservé sur de possibles aides. « Je reconnais qu'il y a des problèmes pour les prix de la viande porcine. Toutefois, 77% des parts de marché qui allaient vers la Russie ont été remplacés par d'autres marchés, comme les Philippines et la Corée du sud. Nous faisons des progrès sur les nouveaux débouchés, mais les prix payés aux producteurs, notamment au Danemark, en Belgique et en Roumanie, sont à la baisse. Nous devons voir ce que nous pouvons faire, avec peut-être des mesures supplémentaires pour atteindre un équilibre entre l'offre et la demande sur les marchés », a-t-il indiqué.

Fruits et légumes : les producteurs doivent pouvoir « s'adapter »

L'Italie a estimé qu'il fallait étendre la liste des produits couverts par les aides en faveur des fruits et légumes périssables. La Roumanie et la Bulgarie ont jugé que les mesures actuelles étaient insuffisantes, soulignant que leurs producteurs sont frappés indirectement par l'embargo russe car ils n'arrivent pas à vendre sur leur propre marché qui est encombré. La Belgique a noté des baisses de prix. La France a demandé plus de flexibilité, la Grèce, l'Espagne et Chypre réclamant aussi davantage de soutiens.

« Les aides expirent en juin. Cette longue période, une saison de commercialisation, doit être suffisante pour permettre à la plupart des producteurs de fruits et légumes concernés de s'adapter à la nouvelle situation », a répondu Phil Hogan.

(1) et (2) voir même numéro