La compétitivité des exploitations agricoles françaises et de l’agroalimentaire était au cœur des débats organisés au Sénat sur « la situation de l’agriculture ». Les élus de l’opposition ont demandé au gouvernement d’accentuer ses efforts en la matière.
A l’occasion du débat organisé au Sénat sur « la situation et l’avenir de l’agriculture", le ministre de l’Agriculture et les sénateurs de l’opposition de droite se sont disputés la palme de la défense de la « compétitivité », dans leurs politiques respectives à destination de l’agriculture. Les hostilités avaient débuté dans la semaine précédente ; interviewé par Agra Presse, le président du Sénat Gérard Larcher avait accusé Stéphane Le Foll d’avoir tarder à parler de « compétitivité » pendant la crise de l’élevage. Le ministre s’en est défendu dans l’hémicycle, dans son discours préliminaire au débat : « Je n’ai jamais changé d’avis ! », a-t-il lancé à destination du président du Sénat.
Stéphane Le Foll s’en est pris à la politique menée par le précédent gouvernement en faveur de la « compétitivité », trop faible selon lui. Pour le ministre socialiste, « la perte de parts de marché de l’agriculture et l’agroalimentaire français a commencé en 2003 », et « les dernières mesures d’allègement de charges datent de 2006, les exonérations de charges Fillon ». Selon lui, les mesures d’allègements de charges de son gouvernement – le CICE qui s’élèverait « à 4 milliards d’euros pour l’agriculture et l’agroalimentaire » – représenteraient « le double de ce qui existait quand on est arrivés ». Et d’ajouter sans ambiguïté : « C’était nécessaire !». Le ministre a ensuite évoqué l’écart de performances économiques du secteur abattage-découpe, entre la France et ses concurrents espagnols et allemand. Selon lui, l’écart, dû à la directive travailleurs détachés et à l’absence de Smic en Allemagne, est en cours de rattrapage. « Il faudra un peu de temps pour le rattraper », estime-t-il.
« Les regroupements ce n’est pas forcément des gros bâtiments »
Dans sa critique du gouvernement, le sénateur UDI Daniel Dubois a estimé que la loi d’avenir de l’agriculture était « passée un peu à côté de la compétitivité, plus préoccupée par l’agroécologie ». Il estime que le moratoire sur les normes environnementales annoncé par le Premier ministre Manuel Valls est insuffisant, et demande de « mettre à plat la réglementation ». Le sénateur LR de la Manche Jean Bizet est aussi revenu sur la question de la compétitivité. Pour lui, « les deux voies du succès sont de gagner en compétitivité et en valeur ajoutée ». Il s’est notamment concentré sur la question des tailles d’exploitations : « Il faut accepter des concentrations, estime Jean Bizet. Osons certains regroupement industriels, d’exploitations agricoles. » Selon lui, avec la fin des quotas laitiers, « il faut admettre qu’il n’y aura pas de l’élevage laitier partout comme c’est le cas aujourd’hui ». Stéphane Le Foll a répondu : « Nous ne refusons pas des regroupements. Nous n’avons pas de divergence là-dessus ». Et de préciser : « Les regroupements ça n’est pas forcément des grands bâtiments, ça peut être des dynamiques collectives. » Et de prendre l’exemple d’un Groupement d’intérêt économique et environnement (GIEE), dont l’ensemble des exploitations s’étend sur 5000 hectares.
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MR
Les positions des autres groupes politiques au Sénat
Le représentant du groupe écologiste Joël Labbé a appelé à la remise en cause de « la domination de l’agrobusiness » et plaidé pour la « défense de l’agriculture familiale et paysanne ». Il a notamment pris « l’initiative d’inviter les syndicats minoritaires à s’exprimer », au Sénat le 8 octobre. « On ne peut que faire le constat de faillite d’un modèle, le modèle productiviste », a lancé le sénateur EELV. Pour les Communistes et républicains, Michel Le Scouarnec a demandé « des prix minimum européens », prenant l’exemple du système assurantiel américain, le rétablissement des quotas laitiers, et la mise en place d’un modèle agricole « plus vertueux », et dénoncé la négociation de l’accord transatlantique. A destination de l’élevage, il plaide pour « un soutien pérenne de l’ordre de 120 millions d’euros par an dont la filière a besoin à partir de 2017 ». Le Sénateur LR Jean Bizet lui a rétorqué qu’il était « inutile de demander le retour des quotas. C’est fini ! À vingt-huit, personne n’en veut plus. Et certains de nos partenaires sont prêts à produire plus qu’avant ». Enfin David Rachline (FN) a demandé « l’abrogation du traité transatlantique » et de la directive détachement des travailleurs, « la diminution des réglementations », et une loi « Achetons français » pour les services publics. Le ministre lui a répondu : « La France agricole et agroalimentaire, c’est la première dans le monde, parce qu’on exporte. Vous vous rendez pas compte que si on est une puissance, c’est parce qu’on exporte !».