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Embargo russe Aucune mesure d'urgence tant que le budget n'est pas finalisé

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Le secteur agricole de l'UE continue de souffrir de l'embargo imposé par la Russie sur ses exportations de produits agroalimentaires. Les éleveurs laitiers des pays baltes et de Finlande, les producteurs de pêches et nectarines, les producteurs de porcs, tous voudraient des soutiens. Mais, pour le moment, les caisses sont vides. La Commission européenne attend que les discussions entre le Parlement européen et le Conseil soient finalisées pour connaître ses marges de manœuvre.

LA Commission européenne a beau dire depuis le début de l'embargo imposé par la Russie aux produits agroalimentaires de l'UE que plus les mesures seront prises tôt, plus elles seront efficaces, elle est pour le moment incapable de prendre la moindre décision tant que les discussions sur le budget ne seront pas terminées (1). Les pays baltes et la Finlande demandent depuis plusieurs semaines déjà des aides compensatoires pour leurs éleveurs laitiers, fortement affectés par les restrictions de la Russie, leur principal marché d'exportation (2). Ces États membres ont réitéré leur appel lors du Conseil agricole du 10 novembre à Bruxelles. Dans une déclaration commune, ils soulignent que les prix des produits laitiers continuent de diminuer en particulier celui du lait « causant des pertes insoutenables de revenus pour nos producteurs laitiers ».

Si le nouveau commissaire européen à l'agriculture, Phil Hogan, s'est dit ouvert à la mise en place d'un tel dispositif dont les critères d'attribution avaient déjà été définis par son prédécesseur, Dacian Ciolos (plus de 15% des exportations totales vers la Russie et chute importante des prix payés aux producteurs), il a prévenu que rien ne pourrait être décidé tant que le Parlement européen et le Conseil ne se seront pas mis d'accord sur un budget pour 2015. Pourtant, indiquent les quatre pays, le temps presse, si rien n'est fait rapidement certains producteurs « risquent de faire faillite » et les solutions nationales pour y remédier sont « limitées ».

Stéphane Le Foll demande le soutien du Parlement français

Alors qu'il défendait son budget devant la Commission des finances du Sénat, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, est revenu sur la question du financement des mesures d'aide consécutives à l'embargo russe. Il a très explicitement demandé au Sénat, comme au parlement en général, d'activer ses liens avec le Parlement européen pour soutenir la position des 21 pays qui s'opposent à la solution de financement de la Commission européenne. Plutôt que de voir le budget général de l'Europe récupérer les excédents de 2014, notamment issus des pénalités de dépassement des quotas laitiers (dont la France est épargnée, insiste-t-il) une partie de ces dépassements devrait servir à financer les mesures d'aide post-embargo russe, explique le ministre. De cette manière, on ne videra pas le fonds d'intervention en cas de crise et donc on évitera de prélever sur les aides Pac pour le remettre à flot en 2015. Durant cette réunion, l'ensemble des sénateurs présents, y compris ceux du centre et de l'opposition ont affirmé apporter leur soutien à Stéphane Le Foll.

Chute de revenus pour les arboriculteurs Grecs

Et d'autres secteurs souffrent également. C'est le cas des producteurs de pêches et nectarines grecs. Le ministre de l'agriculture du pays, Georgios Karasmanis, a sollicité auprès de la Commission de Bruxelles des mesures d'aide pour ses producteurs. Un plan de soutien de 35 millions € au secteur a été lancé le 11 août (récolte en vert, distribution gratuite, compostage…) mais, indique la Grèce, 75% de la production avaient déjà été mis sur le marché avant l'entrée en vigueur de ces mesures exceptionnelles. La Grèce exporte 30 à 35% de sa production vers la Russie. Les agriculteurs n'ont donc plus d'autre choix que d'accepter de vendre leur production à des prix proches voire au-dessous des prix de retrait, ce qui entraîne une chute de revenus très importante. Cette demande a été soutenue par la Pologne, la Roumanie, Chypre et l'Espagne. Mais Phil Hogan a précisé que si un tel plan devait voir le jour, il serait global et ne concernerait pas que la Grèce. De toute façon, a-t-il souligné, là encore, sans budget impossible de prendre quelque décision que ce soit. Le commissaire européen s'est néanmoins engagé à suivre le marché de près. Pour le moment, Bruxelles estime que les prix des pêches et nectarines en Grèce sont supérieurs à d'autres régions de l'UE.

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Du stockage pour le porc danois

Enfin, le Danemark, soutenu entre autres par la Hongrie, les Pays-Bas, la Lituanie, l'Irlande et l'Autriche, a plaidé pour l'introduction d'une aide au stockage privé de viande de porc de six mois. Une proposition rejetée par le commissaire Phil Hogan, lequel estime qu'une telle mesure ne ferait que reporter le problème et coûterait extrêmement cher (de l'ordre de 100 millions €). Lors d'une rencontre avec la presse, le ministre français de l'Agriculture, Stéphane Le Folls ne s'est pas dit opposé à ce type de solution. Mais « il faut réfléchir à des soutiens aux exportations », a-t-il indiqué, même si aujourd'hui nous ne sommes « pas encore réellement dans une période de crise » dans le secteur du porc. Stéphane Le Foll qui a déjeuné avec ses homologues allemand (Christian Schmidt) et polonais (Marek Sawicki), a annoncé que la France travaillait sur des propositions pour faire face à l'embargo russe qui seront présentées le 15 décembre lors du Conseil agricole. Parmi les pistes explorées : donner plus de souplesse aux organisations de producteurs, prendre des décisions et revoir les prix de retrait. De manière plus générale, le ministre français souhaiterait également que ce document contienne des outils pour mieux anticiper les crises notamment dans le secteur laitier après la fin des quotas de production. Il s'est dit conscient que les dispositifs de pénalités qui ont été repoussés lors des discussions sur la réforme de la Pac ne pourraient pas convaincre une majorité au sein du Conseil.

Mais une fois encore, toutes ces mesures vont nécessiter un budget pour 2015.

(1) Voir même numéro

(2) Voir n° 3468 du 27/10/2014