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Audit sanitaire européen au Brésil, « pas d’amalgame » avec les négociations UE/Mercosur

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La Commission de Bruxelles a confirmé au Conseil agricole de l’UE l’envoi d’une mission d’audit au Brésil après l’annonce du scandale de la viande avariée dans ce pays. Selon le commissaire européen Phil Hogan, il ne faut toutefois pas « faire l’amalgame » entre ces dérives et les négociations de libre-échange avec le Mercosur.

Les ministres de l’agriculture de l’UE ont fait le point le 3 avril sur les mesures prises après le scandale de la viande avariée dévoilé au Brésil le 17 mars (1). Le commissaire européen à la santé et la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, leur a confirmé que « la Commission mènera des audits (dans ce pays) dès que possible et pas plus tard que mi-mai » (2). Il a par ailleurs saisi l’occasion de son entretien sur place le 28 mars avec le ministre brésilien de l’agriculture, Blairo Maggi, pour souligner que les Vingt-huit sont « fortement insatisfaits » des difficultés d’accès de leurs exportations agroalimentaires au marché brésilien, qui « contrastent avec l’approche transparente et constructive de l’UE à l‘égard du Brésil, y compris dans la situation actuelle ».

Des mesures « proportionnées au risque », selon le commerce

Les quatre établissements brésiliens retirés de la liste des entreprises autorisées à exporter de la viande vers l’UE à la suite du scandale sanitaire sont Seara alimentos LTDA (volaille), BRF (volaille), JJZ Alimentos (viande bovine) et Frigorifico oregon (viande de cheval). De plus, le 29 mars, les experts des Vingt-huit et la Commission européenne sont parvenus à un consensus sur l’harmonisation des contrôles officiels renforcés déjà en vigueur dans les États membres sur les importations de viande du Brésil dans l’UE, à savoir non seulement des contrôles physiques pour 100 % des cargaisons aux points d’entrée dans l’UE, mais aussi des contrôles microbiologiques ciblés sur un échantillonnage de 20 % des cargaisons.

Ces dispositions, qui s’ajoutent au rejet des livraisons en cours des entreprises brésiliennes visées, sont « proportionnées au risque », a estimé le 3 avril l’Union européenne du commerce du bétail et de la viande (UECBV). Celle-ci suggère aussi de « les compléter par une révision du système brésilien de sécurité alimentaire dans le but de fournir la ré-assurance que la viande est conforme aux normes de l’UE ».

« Deux questions différentes »

Lors de l’échange de vues des ministres de l’agriculture des Vingt-huit sur la viande avariée brésilienne, la Hongrie a considéré que l’UE « ne peut ignorer » ce scandale dans ses discussions de libre-échange avec le Mercosur. Toutefois, devant les journalistes, Phil Hogan a estimé qu’il s’agissait de « deux questions différentes » et qu’il ne fallait « pas faire d’amalgame ». Même si, a-t-il dit, cette fraude n’est « pas un développement favorable ».

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Lors d’un débat en session plénière sur ce dossier avec Vytenis Andriukaitis, le 3 avril à Strasbourg, certains membres du Parlement européen ont jugé que les négociations commerciales avec le bloc sud-américain ne pouvaient plus se poursuivre compte tenu du scandale sanitaire au Brésil (3). D’autres, au contraire, ont souligné que ces pourparlers ne devaient pas être utilisés comme bouc émissaire à cause des pratiques frauduleuses de quelques opérateurs.

(1) et (3) Voir n° 3588 du 27/03/16

(2) Voir n° 3589 du 03/04/17

JBS également accusé de fraude environnementale

Déjà touché par le scandale de la viande avariée, le groupe brésilien JBS, qui représente environ un quart du marché mondial du bœuf, vient aussi d’être mis en cause par l’agence nationale de l’environnement, IBAMA, pour avoir acheté en connaissance de cause entre 2013 et 2016 49 438 bovins élevés sur des pâturages illégaux issus de la destruction de la forêt amazonienne. Une amende de 7,7 millions $ lui est infligée, tandis que la suspension de plusieurs de ses installations a été ordonnée. Suspension annulée par une injonction d’un juge fédéral contre laquelle l’agence a fait appel.