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Agriculture urbaine Augustin Rosenstiehl : les fermes verticales, une image « utopique »

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Architecte et fondateur du Laboratoire d'agriculture urbaine (LUA) à Paris, Augustin Rosenstiehl estime que les différents projets labellisés à travers le monde sous le terme « fermes verticales » ne constituent pas une rupture avec l'agriculture qui se pratique déjà dans certaines zones urbaines. Ces projets répondent, selon lui, à des images utopiques, au projet de villes autonomes dans lequel il ne s'inscrit pas.

A combien de commandes de fermes verticales avez-vous répondu, depuis que vous avez créé en 2012 un laboratoire d'urbanisme agricole (LUA) ?

En fait, une seule commande ! Celle de la commune de Romainville, qui est en période de concours actuellement, pour un bâtiment de cultures en terre étagées.

Vous travaillez beaucoup sur l'agriculture urbaine, mais peu sur les fermes verticales ?

La ferme verticale est l'invention de l'américain Dixon Despommiers, qui estime que l'on va manquer de terres, et que la construction de fermes verticales, sur de grandes hauteurs, peut être une solution. Je ne m'inscris pas dans cette démarche.

Des projets de fermes verticales émergent aux Etats-Unis, en France, à Singapour. Qu'est-ce que cela signifie ?

Si l'on regarde ces projets, dont les modèles économiques sont très variés, il n'y a pas de rupture avec ce qui existe déjà actuellement, par exemple, avec les cultures sous serres dans les zones commerciales en pleines villes, qui existent déjà aux Pays-Bas ou en Espagne. Ces structures n'ont pas de lien avec la ville. Finalement, elles sont presque hors de la ville, car elles ont peu de relations avec elle.

Quid de la ferme verticale de Singapour ?

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Il s'agit plutôt de grands mobiliers horizontaux, créés à un endroit où il y avait une opportunité de foncier. Mais ce projet n'est pas censé se substituer au foncier agricole, comme le préconise Dickson Despommier.

Pourquoi les fermes verticales fascinent-elles autant ?

Nous ne sommes pas fascinés, nous avons peur. Il y a un consensus, que je critique, qui est de dire que nous vivons sur une surface agricole finie, et que tout cela va finir par « péter » ! Par conséquent, il faudrait innover, mais, personnellement je ne crois pas en l'innovation en architecture et en urbanisme. Les gens fantasment autant sur une ville remplie de nature, que sur une comète qui s'écraserait sur la ville. Ce sont des registres qui reviennent souvent, des images utopiques, des solutions globales.

Quelle est votre vision de l'agriculture urbaine ?

Avec le cabinet Fabriques, nous faisons de l'urbanisme agricole, nous mettons en contact l'agriculture avec le public ; cela offre de nouvelles fonctions aux agriculteurs (services, commerces...) et permet d'agrandir l'espace public. Je réfléchis aux métiers possibles de l'agriculteur en ville, où il y a un vrai besoin de nature, une envie de retisser un lien avec l'agriculture par la nature. J'ai travaillé récemment avec les fermes de Gally à Versailles, qui ont par exemple créé des fermes de cueillette qu'ils ouvrent au public.

Il faut se demander ce qu'apportent ces projets à la ville, comme service ou commerce, comment ils s'y intègrent, ce qu'ils apportent à la vie de quartier. Si on prend le célèbre projet de Lufa Farms à Montréale : il est implanté dans un quartier où il y a peu de vie de quartier. Va-t-il en créer ? Je ne sais pas, mais pour moi c'est une question fondamentale. ( …) Comment ces projets sur les toits peuvent renforcer le sol de la ville, cet espace public si difficile à construire aujourd'hui, je ne sais pas non plus. Ce n'est d'ailleurs pas une ferme verticale, mais plutôt de l'agriculture horizontale sur les toits. Il faut distinguer aussi les projets privés des projets publics. Certaines commandes publiques n'ont pas vocation à être rentables, car dans ces projets il y a parfois une notion d'équipement public. Et là, on est dans un autre question, celle des bâtiments publics, et des services qu'ils apportent à une commune.