Enquête Aux Antilles, vivre (et produire) avec la chlordécone
Trente ans après l’interdiction du pesticide chlordécone dans les bananeraies, les agriculteurs antillais apprennent à vivre avec la pollution persistante dans le sol, qui s’est infiltrée dans la ressource en eau. Une pollution qui pourrait durer plusieurs dizaines ou centaines d’années. Alors qu’un tiers des surfaces agricoles en Martinique et 20 % en Guadeloupe sont potentiellement contaminées, les agriculteurs sécurisent leurs productions grâce au soutien de l’État via le plan Chlordécone IV. Les maraîchers font des analyses de sols gratuites pour mener les cultures sensibles (tubercules, légumes racines) sur les parcelles saines. Les éleveurs de bovins décontaminent leurs bêtes grâce au dispositif de sécurisation des viandes pour éviter une perte sèche à l’abattoir. Au final, les professionnels organisés – qui sont minoritaires – se sont globalement adaptés. Ce n’est pas forcément le cas des petits détenteurs de bovins, qui pèsent pourtant plus de 50 % des parts de marché, ni des petits maraîchers ou particuliers qui irriguent les circuits informels.
Un an après son lancement en Guadeloupe en mai 2023, la marque locale de fruits et légumes garantis sans chlordécone Mòso Tè La compte une cinquantaine d’agriculteurs adhérents, sur les quelque 140 producteurs affiliés à une coopérative sur l’île. « On n’a pas eu l’engouement espéré au début, mais c’est un peu compréhensible : généralement, les gens regardent comment ça se passe avant d’adhérer », glisse Manuel Gérard, animateur de l’interprofession guadeloupéenne des fruits et légumes (Iguaflhor), à l’initiative du projet. Mòso Tè La compte aussi 14 points de vente adhérents, ce qui est peu à l’échelle de la Guadeloupe. Mais cela pourrait bientôt changer avec l’élargissement de la marque aux produits d’élevage, à commencer par l’apiculture début 2025. « Les produits d’élevage sont partout dans les grandes surfaces, donc cela va aider la marque à avoir plus d’adhérents et de visibilité », espère-t-il.
En Guadeloupe et en Martinique, la pollution à la chlordécone est un drame national. Utilisé entre 1972 et 1993 dans les bananeraies pour lutter contre le charançon du bananier, l’insecticide est classé perturbateur endocrinien. La chlordécone est associée au cancer de la prostate et à des risques pour la grossesse (prématurité) et le neurodéveloppement de l’enfant. Elle est aussi suspectée de perturber la fertilité féminine. Or, elle s’est frayée un chemin dans le sang de 90 % de la population, dont 25 % de Martiniquais et 14 % de Guadeloupéens particulièrement à risque, car dépassant la valeur toxicologique de référence chronique interne (VTRi), selon l’Anses.
La seule manière de décontaminer les corps est de réduire l’exposition par une alimentation exempte de chlordécone. L’agriculture a donc un rôle crucial à jouer, mais pas des plus simples. En effet, il n’y a pas de solutions pour décontaminer les sols de la chlordécone. « La pollution du sol s’amenuise au fur et à mesure qu’elle est transférée à la ressource en eau. La durée prête toutefois à controverse : cela peut prendre plusieurs dizaines à plusieurs centaines d’années, selon les études et les types de sols », explique Magalie Jannoyer, directrice régionale du Cirad (voir encadré).
« Évidemment que la pollution à la chlordécone a une incidence sur l’agriculture, puisque, en fonction du niveau de contamination des sols, on ne peut pas faire n’importe quelle culture », indique l’ancien délégué interministériel à l’outre-mer Arnaud Martrenchrar. En poste jusqu’à mars 2024, le haut fonctionnaire (désormais au CGAAER) connaît bien la problématique. « Pour faire simple : plus le sol est pollué, plus la culture doit être éloignée du sol », résume-t-il.
Le plan Chlordécone IV classe les productions végétales en trois catégories selon leur sensibilité à la chlordécone. Les cultures « peu sensibles » peuvent être cultivées sans risque sur sol pollué : il s’agit des cultures fruitières arbustives (banane, goyave, papaye, ananas, agrumes) et des cultures maraîchères à distance du sol comme les solanacées (tomates, aubergines, poivrons, piments), choux, pois, christophine. Les cultures « moyennement sensibles » ne doivent pas être cultivées sur sol pollué au-delà de 1 mg de chlordécone/kg de sol sec : ce sont les productions maraîchères en contact avec le sol (salade, concombre, courgette, giraumon, melon, pastèque) et la canne à sucre. Enfin, les cultures « sensibles » ne doivent pas être produites sur un sol pollué à plus de 0,1 mg/kg de sol sec : il s’agit des légumes racines et tubercules (igname, manioc, dachine – aussi appelée madère –, patate douce, carotte, nave, cives).
Les DAAF de Martinique et de Guadeloupe relaient ces préconisations en recommandant aux agriculteurs de faire une analyse de sol, volontaire et gratuite, sur les parcelles situées en zone à risque de contamination. Des zones identifiées sur une cartographie des sols basée sur l’historique " bananier " des terres et la pollution des bassins versants (voir encadré).
« On estime qu’à peu près un tiers des surfaces agricoles sont potentiellement contaminées en Martinique et environ 20 % en Guadeloupe », indique Edwige Duclay, coordinatrice du plan Chlordécone IV (130 M€ pour la période 2021-2027). Pour l’heure, 26 % des sols à risque en Martinique ont été analysés, et 35 % en Guadeloupe, expose-t-elle. Des chiffres qui semblent faibles, mais qui ont une explication. « L’objectif n’est pas de tester 100 % des zones à risques, mais de faire une analyse de sol si la culture implantée est à risque. Par exemple, la culture de banane n’est pas à risque, donc il n’y a pas besoin de faire d’analyse de sol même si la parcelle apparaît à risque. »
In fine, le but est que les aliments mis en marché soient au-dessous des limites maximales de résidus (LMR) de chlordécone. Et les résultats sont plutôt concluants. « Il y a 5 000 contrôles qui sont faits chaque année aux stades de la production, de la vente et de l’importation, et nous obtenons un taux de conformité supérieur à 97 % », affirme la coordinatrice du plan.
Les professionnels des fruits et légumes ont pris le pli de la nouvelle réalité du chlordécone, confirme Manuel Gérard. « Les producteurs ont vraiment pris conscience de la problématique chlordécone il y a une quinzaine d’années (le plan Chlordécone I date de 2008, NDLR). Ça a impacté fortement certaines exploitations qui ont dû changer complètement leur système de production et les productions qu’ils faisaient à l’époque. Mais quinze ans plus tard, globalement, on peut dire que les professionnels se sont adaptés. » Savoir précisément à quel point le paysage de la production a changé n’est toutefois pas chose aisée, vu la jeunesse et la dispersion de la filière. « Il y a quinze ans, ça correspond aussi à la naissance des organisations de producteurs en Guadeloupe. Il y en a quatre qui rassemblent 130 à 140 adhérents, mais il y a aussi environ 1 500 maraîchers indépendants », ajoute l’animateur de l’Iguaflhor.
Le constat est le même en Martinique, où la chambre d’agriculture a lancé les premières analyses de sol « dès 2001-2002 » en appliquant « le principe de précaution », se souvient Gilles Moutoussamy, sous-directeur chargé du développement agricole. « L’agriculture s’est adaptée à la chlordécone dès le départ », affirme-t-il. « En Martinique, à part les grandes filières monoculturales de banane et de canne, les exploitations sont diversifiées, et la pollution à la chlordécone qui peut s’y trouver est très localisée. Donc les exploitants ont pu s’organiser pour utiliser les parcelles non contaminées pour les cultures sensibles, et les parcelles contaminées pour les productions qui ne sont pas sensibles. »
S’il est une culture que les maraîchers professionnels ont cessé de produire sur sols pollués – largement concentrés dans le croissant bananier à Basse-Terre en Guadeloupe, plus épars en Martinique –, ce sont les légumes racine et tubercules. Mais ces derniers n’ont pas totalement disparu des zones contaminées.
« Il y a encore des particuliers qui en font chez eux », explique Luc Seguin, responsable de la cellule Chlordécone à la DAAF Guadeloupe. « On a aussi quelques problèmes de circuits informels où des gens non déclarés produisent pour eux, parfois beaucoup, et vont donner ou vendre une partie de leurs produits. Ceux-là échappent aux circuits de distribution classiques et sont donc plus difficiles à contrôler. »
D’où l’existence du programme des jardins familiaux (Jafa), qui vise à réduire le risque d’exposition à la chlordécone, plus élevé chez les personnes ayant leur propre jardin. Coordonné par les Agences régionales de santé, il permet aux particuliers de bénéficier d’analyses de sol, de conseils agronomiques – y compris pour l’élevage domestique (poules, œufs, cochons) – et de conseils nutritionnels. « On a encore des progrès à faire en termes de communication », reconnaît Edwige Duclay. « Aujourd’hui, on a des messages sur la chlordécone qui existent depuis plusieurs années et on se rend compte qu’ils sont difficiles à faire adopter : premièrement parce qu’il y a de la colère ; deuxièmement parce qu’il y a parfois une mauvaise connaissance des mécanismes en jeu et des solutions. Nous travaillons donc avec Santé publique France pour vraiment améliorer la portée des messages de prévention. Il y a aussi une évaluation du programme Jafa qui est en train de s’achever et va nous permettre de rebondir. »
Le secteur agricole où la contrainte de la chlordécone pèse le plus est sans doute l’élevage. En particulier l’élevage bovin, traditionnellement en pâturage, à l’inverse de l’élevage avicole et de l’élevage porcin qui sont « largement » hors-sol, souligne Arnaud Martrenchar.
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En effet, l’élevage de plein air est déconseillé sur un sol même très peu pollué, à moins de décontaminer les animaux. Pour cela, les éleveurs de bovins peuvent rejoindre le programme de sécurisation des viandes financé par le plan Chlordécone IV et opéré par les groupements de défense sanitaire : le GDSM en Martinique et Sanigwa en Guadeloupe.
Lancé dès 2016 en Martinique, le programme propose un diagnostic de l’élevage, avec analyse de sol et d’eau si besoin, un plan de décontamination individualisé et un suivi. Le plan de décontamination vise à couper l’animal bientôt en partance pour l’abattoir de toute source de contamination à la chlordécone (sol, eau, fourrage) pour que son organisme se dépollue naturellement. Le but est que la carcasse après abattage soit au-dessous de la limite maximale de résidu (LMR), soit 27 μg/kg dans la graisse périrénale. « On avait un objectif double : non seulement donner à la population de la viande sans chlordécone, mais surtout maintenir l’activité d’élevage qui était fortement menacée dans les zones contaminées », explique le directeur du GDSM Philippe Pelonde.
En Guadeloupe, le lancement du programme en juin 2023 coïncide avec le déploiement d’un outil d’aide à la décision (OAD) développé par l’université de Lorraine, dans le cadre de son programme de recherche Inssicca. Cet OAD permet de calculer la durée minimale de décontamination d’un bovin à partir d’une prise de sang. Une durée qui peut aller de quelques semaines à plusieurs mois. « Avant, les éleveurs de bovins étaient livrés à eux-mêmes. Ils envoyaient leur animal à l’abattoir sans la certitude qu’il ne soit pas contaminé. Ils avaient un peu la peur au ventre que l’animal soit saisi et courraient le risque d’une perte sèche », raconte Manuel Pezeron, ingénieur sanitaire au Sanigwa. « Aujourd’hui, le risque de perte sèche existe toujours, mais notre travail est justement de l’éviter. »
Les résultats sont positifs dans les deux territoires. En Martinique, le GDSM a suivi « plus de 250 éleveurs » depuis le début du programme. « Aujourd’hui, il y a très peu de saisies à l’abattoir. Par exemple, l’année dernière, il y a eu cinq ou six animaux " chlordéconés " au-dessus de la LMR », affirme Philippe Pelonde. En Guadeloupe, le Sanigwa a suivi 14 éleveurs pour une cinquantaine d’animaux. « On sera probablement à une vingtaine d’éleveurs d’ici fin août », estime Manuel Pezeron. Si ce dispositif de décontamination n’a peut-être pas vocation à être pérenne, il devrait durer longtemps. « Tant qu’on n’arrivera pas à dépolluer les sols, il faudra faire comme ça », assène Arnaud Martrenchar.
Pour décontaminer les animaux en amont de leur passage à l’abattoir, les GDS proposent différentes solutions selon la taille de l’élevage et la source de la contamination. Si le sol est pollué et que l’éleveur ne dispose pas d’une parcelle saine où transférer l’animal le temps de la décontamination, les GDS peuvent fournir une mangeoire pour isoler l’aliment du sol, mettre à disposition un box mobile, construire un petit bâtiment fixe, voire proposer la mise en pension. « Il a été mesuré que la contamination de l’animal provient beaucoup plus de l’ingestion de sol contaminé que d’eau contaminée. Donc la règle n°1 est d’éviter le contact de l’animal avec le sol pollué : par exemple, avec des installations le permettant ou avec une gestion de l’enherbement avec des rotations du troupeau un petit peu moins fréquentes, en gardant un couvert suffisant pour éviter le piétinement ou des prairies trop rases », explique Magalie Jannoyer.
Si l’herbe est contaminée, les GDS peuvent fournir du fourrage. Si les points d’eau sont pollués à la chlordécone (mares, ravines, trous…), ils peuvent mettre à disposition une citerne pour récupérer l’eau de pluie pour l’abreuvement. Ils peuvent aussi préconiser des « mesures collectives » à mettre en œuvre à échelle du troupeau, pour réduire l’exposition et donc la durée de décontamination le moment venu. « Si une parcelle est très contaminée, on demande à l’éleveur de ne pas y faire pâturer ses animaux mais de faucher, à environ 30 cm du sol pour que le fourrage ne soit pas contaminé », explique Philippe Pelonde.
L’objectif sous-jacent est de rendre les éleveurs autonomes dans la gestion de la décontamination, ce qui se fait « assez naturellement », selon le directeur du GDSM. Mais ce n’est pas encore la priorité de Sanigwa, qui travaille encore à se faire connaître. Manuel Pezeron s’inquiète aussi de l’absence d’une filière fourrages à mesure que le programme grandit, et alors qu’il y en aurait aussi besoin pour la filière équine et les petits ruminants et en cas de sécheresse. « Notre prestataire de fourrage se trouve à Grande-Terre, donc les éleveurs (situés à Basse-Terre, NDLR) doivent organiser un temps pour aller chercher le foin. On essaie de trouver des solutions pour avoir du fourrage propre plus près, via le maximum de prestataires. Là, on a trouvé une alternative : on a réussi à trouver une parcelle de 5 ha pour faire du fourrage nous-mêmes. »
Malgré ces contraintes, les éleveurs professionnels ont rapidement pris le pas de la décontamination. « Il y a beaucoup d’alternatives qui font que les éleveurs, professionnels du moins, ne ressentent pas vraiment la problématique chlordécone », raconte Jean-Marc Ajanany, directeur général de la coopérative des éleveurs bovins de Martinique (Codem). « Par exemple, il y a des éleveurs qui ont des bovins sur des terres chlordéconées et qui, après le sevrage, les mettent à l’engraissement sur des terres non chlordéconées dans le Sud, ce qui permet la décontamination. »
« Les grosses exploitations d’élevage n’ont pas trop de problèmes, parce qu’il n’y a pas eu de bananes ou de chlordécone sur leurs prairies », abonde Gilles Moutoussamy. Ce sont surtout les petits détenteurs qui ressentent la pollution à la chlordécone. « On s’en est rendu compte avec l’abattage clandestin qui a repris », poursuit le sous-directeur de la chambre d’agriculture martiniquaise.
Les petits détenteurs d’animaux, des éleveurs non-professionnels qui ont une, deux, ou trois bêtes « à l’attache », comme c’est de tradition dans la campagne antillaise, ont un poids considérable sur le marché de la viande bovine. En Martinique, ils pèsent un peu plus de 50 % des parts de marché, selon la Codem. En Guadeloupe, ce chiffre monte à 70 %, d’après l’interprofession guadeloupéenne de la viande et de l’élevage (Iguavie). Or, c’est surtout eux qui ont besoin d’être accompagnés. « On estime qu’apporter de l’aliment et de l’eau demande une demi-heure de travail en plus par animal, par jour », indique Philippe Pelonde. « Sachant qu’il faut acheter l’aliment, une décontamination peut aller jusqu’à 1 000 euros pour six mois. »
Pour embarquer les petits détenteurs dans la filière organisée, afin de garantir la traçabilité et la sécurisation de la viande, l’Iguavie et la chambre d’Agriculture de Guadeloupe lanceront à la rentrée un « projet pilote » avec l’ouverture d’un centre d’engraissement au Moule, au nord-est de Grande-Terre. « La réception des premiers animaux se fera en septembre. Dans un premier temps, nous accueillerons dix animaux à engraisser, puis on passera à une trentaine par cycle. L’idée étant d’avoir plusieurs sites d’accueil sur le territoire », annonce le secrétaire général de l’Iguavie Alain Bazir.
Pour compenser les surcoûts liés à la sécurisation des viandes et ainsi inciter les éleveurs à s’engager dans le programme, l’État a créé une prime à l’engagement depuis le 1er janvier 2024. Cette prime peut aller de 160 à 200 euros par animal éligible, dans la limite de 25 animaux par an et par exploitation. « À fin juin, en Martinique, nous comptions 29 éleveurs de bovins payés pour un montant de 18 920 € (soit près de 100 bovins primés). Nous ne disposons plus de dossier en attente, mais d’autres dossiers sont bien sûr susceptibles de nous parvenir cette année », indique Edwige Duclay, coordinatrice du plan Chlordécone IV. En Guadeloupe, où le programme de sécurisation des viandes a mis plus de temps à démarrer, quatre animaux ont été primés. « Pour les abattages réalisés en 2023, nous avons un éleveur qui a eu trois animaux primés, et un deuxième éleveur qui a eu un seul animal primé. Pour les abattages réalisés en 2024, nous aurons au moins 14 éleveurs qui seront aidés », indique Manuel Pezeron, ingénieur sanitaire au GDS Sanigwa.
« Nous n’avons pas encore trouvé de solution technique qui permette de réduire la pollution, mais on y travaille. Plusieurs équipes de recherche travaillent sur la dégradation microbienne, chimique, voire thermique, de la chlordécone et de ses produits de transformation », explique Magalie Jannoyer, directrice régionale du Cirad et animatrice de la Coordination locale de la recherche sur la chlordécone aux Antilles (Cloreca). « Mais en attendant, la seule décontamination du sol aujourd’hui, malheureusement, est due au fait que la chlordécone est entraînée par la pluie dans les nappes ou dans les rivières. Ce n’est donc pas une décontamination, mais un transfert de pollution. Car, même si la molécule chlordécone est très peu soluble, il y a toujours une petite partie qui se solubilise, passe dans le compartiment " eau " et contamine toute la chaîne alimentaire aquatique. Pour les sols, une autre option est le piégeage. Vu qu’une des propriétés chimiques de la chlordécone est sa grande affinité avec la matière organique, on préconise de faire des ajouts conséquents de matière organique (comme le compost) pour retenir la molécule dans la parcelle et ainsi limiter les transferts vers l’eau et les plantes. Comme ça, le jour où une technique de dépollution sera disponible, on pourra l’appliquer sur la parcelle et traiter la pollution de manière plus efficace. »
La cartographie des sols, véritable « boussole » du plan Chlordécone IV, fait apparaître les zones à risques fondées sur l’historique " bananier " et la contamination des bassins versants. « Une mise à jour de cette cartographie des zones à risque est en cours pour prendre en compte les risques de transfert de pollution entre parcelles, en lien avec les cours d’eau », indique la coordinatrice du plan Chlordécone Edwige Duclay. Car la pollution due à la chlordécone ne s’arrête pas aux frontières de l’ancienne sole bananière. En Martinique, si quatre parcelles sur cinq sont contaminées dans la zone historique de production de bananes, une parcelle sur quatre est contaminée en dehors de cette zone, d’après le service Géomartinique. « Ce travail de mise à jour dure trois ans, donc j’espère qu’en 2025 on aura des éléments », précise Edwige Duclay.
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