Du Maroc à la Turquie, le Bassin méditerranéen se serre les coudes pour sécuriser ses approvisionnements en céréales à travers le réseau d'information « Amin » sur les marchés internationaux, officiellement lancé le 6 février par les ministres de l'Agriculture.
Toute la région est, du fait des conditions climatiques, des faibles ressources en eau et de l'aridité des sols, « en situation d'hyper-dépendance céréalière », relève Sébastien Abis, économiste et administrateur du Ciheam, le Centre international de Hautes études agronomiques européennes qui a organisé la réunion ministérielle de ses 13 Etats membres à Alger. Elle importe 40 Mt de blé chaque année : selon les pays, 40 à 80 % des besoins sont couverts par les importations, or la population du pourtour méditerranéen, déjà proche des cinq cents millions, devrait encore augmenter d'un quart sur les rives sud et est d'ici 2030.
Mais alors que cette dépendance s'accroît, la demande mondiale et la volatilité des cours aussi. D'où les espoirs placés dans ce réseau international « Med Amin », qui portera sur quatre denrées essentielles : blé, maïs, orge et riz. « La spéculation prospère sur le manque d'information concernant les niveaux de production ou les stocks : plus on est transparent et en confiance, mieux on régule les marchés et on évite les bulles spéculatives et les flambées de prix, assure Stéphane Le Foll. À l'échelle de la Méditerranée, c'est un atout pour une meilleure politique agricole et alimentaire. »
Un marché concurrentiel
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Initié à Malte en 2012 sur le modèle d'« Amis », le système d'information sur les marchés agricoles lancé par le G20 en 2011 pour parer les crises, Amin associe les Etats du Ciheam (Albanie, Algérie, Egypte, Espagne, France, Grèce, Italie, Liban, Malte, Maroc, Portugal, Tunisie et Turquie). Évidemment, entre ces voisins parfois à couteaux tirés, la transparence des données jugées sensibles pour la survie de certains régimes ne va pas toujours de soi. Mais « la flambée des prix alimentaires rend de plus en plus difficile le maintien des subventions publiques sur la plupart des produits de base dont les céréales, estime le secrétaire général du Ciheam, Cosimo Lacirignola. Il est donc essentiel de favoriser les échanges d'informations. »
La région accuse un déficit annuel de 70 Mt de céréales qui ne peut que s'amplifier, la consommation augmentant bien plus vite que la production. Mais les cahiers des charges varient d'un pays à l'autre tout comme les acteurs du marché : 100 % publics (Algérie, Tunisie, Syrie), privés (Maroc) ou publics/privés (Egypte), précise Sébastien Abis. Ce qui complique la perspective d'un « marché commun » et constitue un défi stratégique pour les fournisseurs qui s'y précipitent pourtant. Si « un hectare de blé produit en France sur 5 est destiné à l'Algérie », la mer Noire est devenue un grenier pour la région qui n'hésite pas à regarder plus loin encore : début février, les Etats-Unis ont fourni trois bateaux de blé à l'Egypte dont le cahier des charges venait (opportunément ?) d'être modifié pour réclamer un taux d'humidité moindre.