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Légumes/Stratégie Avec Carrière, Bonduelle va changer d’envergure

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Groupe international, Bonduelle est en passe de prendre une envergure mondiale. Le rachat du canadien Carrière, qui devrait être effectif au mois de juillet prochain, permettra au groupe lillois de faire passer ses facturations de 1,2 à 1,5 milliard d’euros et lui ouvre de nouveaux horizons. Bonduelle va en effet pouvoir développer à terme une offre plus élaborée sur un marché nord-américain resté très basique, avec des gammes peu profondes. Cette acquisition s’accompagne du retour à de belles performances pour le groupe, notamment grâce à une restructuration qui porte ses fruits. Bonduelle n’en oublie pas moins ses relais de croissance en Europe de l’Ouest, et compte décrocher le leadership sur le frais élaboré dans l’Hexagone. Un investissement de 3 à 8 millions d’euros sur son site de Genas, spécialisé dans le frais, est notamment envisagé.

Bonduelle entame une longue mue. Déjà très tourné vers l’international (plus de 58 % de ses facturations sont réalisées hors de France) le groupe lillois marche vers le statut de groupe mondial. Bonduelle devrait au mois de juillet prochain – sauf imprévu – mettre la main sur 100% du groupe Carrière, après avoir déjà pris 25 % de son capital Cf. Agra alimentation n° 1945, du 12 octobre 2006, p. 17 en 2006. Avec 70 % de parts de marché au Canada, cette société figure parmi les leaders de la conserve sur la côte Est de l’Amérique du nord. L’opération, qui sera vraisemblablement financée par un endettement supporté par Carrière, résout un problème de succession à la tête du Canadien... et « ouvre une étape de tran-sition » pour Bonduelle, commentent les observateurs. En posant le pied chez l’Oncle Sam, le français commence à mondialiser son activité.

Le food service, angle d’attaque

Les 230 millions d’euros de chiffre d’affaires de Carrière, réalisés pour un tiers aux Etats-Unis, devraient faire monter à près de 1,5 milliard d’euros le chiffre d’affaires de Bonduelle sur son exercice 2007/2008. La France n’y représentant plus qu’un tiers… tout comme la zone euro. L’organisation de Carrière, groupe « sain, rentable, situé dans nos technologies traditionnelles », selon l’équipe de direction de Bonduelle, ne devrait guère se voir chamboulée. « Notre axe stratégique immédiat sera de développer le food service» (produits professionnels) circuit où Carrière réalise près de 40% de son activité », indique Christophe Bonduelle. Le p.d.-g. reste évidemment bien conscient que la marque qui porte son nom, encore totalement inconnue outre-Atlantique, devra s’installer sur le marché local progressivement, et dans le long terme. D’ores et déjà, « les synergies entre les deux groupes seront plus importantes que prévu» confie son directeur général, Pierre Deloffre.

Des synergies dans les deux sens

« Des synergies immédiates en termes d’achat et de sourcing vont se mettre en place », poursuit le dirigeant. Sur un marché nord-américain très basique, avec des gammes peu profondes, Bonduelle va pouvoir rapidement développer une offre plus élaborée, sur différents axes comme la nutrition-santé. Une gamme de « légumes vapeur » devrait ainsi être lancée dès le mois d’octobre prochain. De son côté, « Carrière pourra notamment apporter son expertise en termes d’économie d’énergie », ajoute Pierre Deloffre. Le groupe canadien prendra également sous son aile la filiale commerciale de Bonduelle au Etats-Unis, qui totalise environ 5 millions d’euros de facturations. Ses 7 usines (qui portent à 30 le nombre de sites industriels de Bonduelle) ayant sur le très long terme vocation à produire les marchandises importées d’Europe.

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La direction maintient ses objectifs de croissance

« Après deux années sans croissance externe, pénalisé par un environnement dégradé et des coûts de restructuration, Bonduelle va pouvoir renouer avec un bon niveau de profitabilité, juge Pierre Tegner, analyste à la Société générale. La pression sur les prix se stabilise, la chute des ventes s’est enrayée ». Et plus de 9 millions d’économies sur les 15 millions prévus par le plan « David et Goliath » Cf. Agra alimentation n°1925, du 13 avril 2006, p.20 seront atteints fin 2007. La direction de Bonduelle maintient ainsi ses objectifs pour l’exercice 2006/2007 : une croissance interne de plus de 4% et une rentabilité en progression de 7 à 10%. De bonnes nouvelles, conjuguées aux perspectives offertes par le rachat de Carrière, qui ont porté fin janvier le cours de l’action Bonduelle à des sommets jusqu’alors jamais atteints (99,55 euros le 31 janvier).

Un leadership mondial

« Situé sur un marché très capitalistique, Bonduelle a choisi la bonne stratégie sur le long terme en repoussant ses frontières, détaille Pierre Tegner. Ses concurrents se limitent maintenant à des acteurs régionaux ». Présent dans 75 pays à travers le monde, le groupe lillois entend jouer à fond la carte « pure-player » du légume sur un marché qu’il chiffre à 61 milliards d’euros en Europe de l’ouest, 6 milliards en Europe centrale et 85 milliards en Amérique du nord, « soit 6 % du total de l’alimentaire, boissons comprises », affirme Christophe Bonduelle. Un créneau en croissance de 2,2 % sur la période 2000-2005, là où l’alimentaire général ne progressait que de 0,7%. Le p.d.-g. entend « combler le retard de l’Europe sur les Etats-Unis en matière de food service »… et reste à l’affût de toute acquisition. L’Amérique du sud, où Bonduelle possède deux filiales commerciales, au Brésil et en Argentine, possède « un gros potentiel de développement, selon Pierre Deloffre. Une opportunité intéressante serait regardée de très près ». Sur le long terme, le développement d’outils industriels dans l’hémisphère sud ferait sens, puisque, selon Pierre Tegner, « la mise en place de flux d’approvisionnement nord-sud pourrait permettre au groupe de jouer sur la saisonnalité des cultures, réduisant ainsi ses besoins de stocks et son intensité capitalistique »… Un horizon encore lointain pour un groupe qui revendique dès aujourd’hui la place de « premier transformateur de légumes dans le monde ».