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Viande bovine Avec Charal, Bigard conforte son leadership

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Les mouvements se poursuivent dans le secteur de la viande bovine, marché où le taux de concentration est encore loin d’atteindre celui de l’industrie laitière, notamment. Dernier mouvement en date : Bigard devient l’actionnaire majoritaire de la société Charal. D’ici la fin de l’année, Alliance et Bigard vont faire évoluer leurs participations au sein de la financière Vital, propriétaire de Charal. Alliance apportera les 51 % de participations qu’il détient dans Charal au groupe familial breton, qui possède déjà 49 % du capital. Les actifs industriels Défial, filiale d’Alliance, font également partie de l’accord. En échange, le groupe montera au capital de Bigard. Cette modification dans le montage financier d’origine donne à Bigard une place dominante sur le marché avec un ensemble qui atteint 2,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Après le rapprochement significatif dans le domaine des veaux de boucherie entre Socopa et Even, les industriels de la viande continuent leur stratégie de concentration, cette fois-ci sur le marché de la viande de bœuf. Bigard a récemment annoncé la prise de contrôle à 100% de la société Charal via la compagnie financière Vital. Le montage financier d’origine va ainsi évoluer.

Depuis 1997, le groupe Alliance et Bigard sont propriétaires de la compagnie financière Vital à hauteur respectivement de 51 et 49%. D’ici à la fin de l’année 2007, Bigard deviendra l’actionnaire à 100% de la société Charal, se positionnant ainsi comme le leader du secteur, passant devant le groupe coopératif Socopa qui totalisait un chiffre d’affaires de 1,94 milliard d’euros en 2006. Alliance va apporter au groupe familial breton sa participation de 51% ainsi que ses actifs industriels, soit cinq outils spécialisés dont trois abattoirs appartenant jusqu’à présent à sa filiale Défial. En échange, Alliance augmente sa participation dans le groupe Bigard tout en conservant ses activités hors viande (produits élaborés, oignons déshydratés, condiments minéraux). Le groupe Alliance possède neuf sociétés dont l’entreprise Interpral qu’il a acquise en janvier dernier pour renforcer son pôle négoce des produits de la mer. Citons également La Dieppoise, spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de produits de la mer et produits asiatiques surgelés, Alliance Elaborés dont les produits sont commercialisés sous les marques Gewy et Savourel ou encore Nutrilac, spécialisée dans la production de blocs minéraux et alimentaires pour bovins notamment. Jean-Paul Bigard continuera d’assurer la présidence du groupe Bigard tandis que Jean-Pierre Heusèle présidera le conseil de surveillance en remplacement du fondateur Lucien Bigard.

Ce rapprochement a davantage surpris le monde de la viande par le désengagement d’Alliance que par l’intégration de Charal au sein du groupe Bigard. « Charal était détenue à parts égales entre les deux groupes, laissant présager que Charal rejoindrait un jour ou l’autre Bigard. Par contre, la décision prise par Jean-Pierre Heusèle(président du conseil de surveillance d’Alliance ndlr) de céder sa majorité au groupe Bigard reste plus surprenante », souligne Yves Berger, directeur de l’Office de l’Elevage, ajoutant « l’effet de surprise passé, ce mouvement ne peut être qu’une bonne chose pour la profession. Ce dénouement peut permettre d’accélérer la restructuration du secteur ».

Obtenir une taille critique

En récupérant la participation d’Alliance, Bigard conforte sa place de leader de la viande de bœuf. Le nouvel ensemble représentera un chiffre d’affaires de 2,8 milliards d’euros et un effectif global de 10 500 salariés. Les directions des deux groupes se laissent jusqu’au 1er janvier 2008 pour mettre en place la nouvelle organisation et les synergies possibles.

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Créé en 1968, le groupe Socovia rebaptisé Bigard en 1974 a réalisé un chiffre d’affaires de 1,3 milliard d’euros, l’année dernière. Depuis son origine, le groupe s’est développé aussi bien en croissance interne qu’en croissance externe. La dernière opération en date fut l’acquisition, en novembre 2006, de trois abattoirs de la société Arcadie Centre-Est lui assurant ainsi une couverture quasiment nationale et lui offrant une meilleure maîtrise de son approvisionnement Cf Agra alimentation n°1949 du 09/11/2006 page 5. En outre, il avait annoncé un investissement de 20 millions d’euros afin de construire une nouvelle unité de production à Feignies, dans le Nord. Cette usine devrait être opérationnelle en 2008 et permettrait de produire 28 000 tonnes de viande bovine par an. A l’heure actuelle, le groupe possède sept abattoirs, quatre usines de produits élaborés et dix-sept centres de distribution. Les quatre leaders de la filière bovine ne détiennent à l’heure actuelle que 58 % du marché, ce qui reste faible par rapport à d’autres secteurs comme celui particulièrement des produits laitiers. L’intérêt de ces opérations reste d’obtenir une taille critique permettant notamment de faciliter les négociations avec la grande distribution, surtout que certains grands acteurs possèdent leur propre filiale industrielle.

Restructuration

Parmi celles-ci, on peut citer la Société vitréenne d’abattage (SVA Jean Rozé) qui appartient au groupement d’indépendants ITM Entreprises (Intermarché) et qui a réalisé un chiffre d’affaires de 675 millions d’euros en 2005. Propriété des centres Leclerc depuis 1978, la société Kermené a représenté, en 2005, un chiffre d’affaires de 526,5 millions d’euros. Le Top 10 des industriels de la viande bovine fait également apparaître la société Tendriade Collet, propriété du groupe Lactalis, qui, avec un chiffre d’affaires de 217,7 millions d’euros, vient de se faire ravir la place de leader du marché du veau de boucherie par la nouvelle alliance entre Socopa et Even.

La concurrence vient également des groupes européens, la France accusant un retard de consolidation. « Dans l’échiquier mondial, les groupes français ne pèsent pas lourd face à des groupes dynamiques européens notamment allemands ou hollandais comme le groupe Vion », indique Yves Berger. Implanté à Son en Breugel (Pays-Bas), Vion réalise un chiffre d’affaires de 7,4 milliards d’euros et emploie 15 150 salariés. Le groupe produit notamment de la viande de porc, de bovin et d’agneau. Très actif en Allemagne, le groupe hollandais est également présent en Italie, en Suède, en Australie, en Grèce, en Espagne, en Russie, en Pologne, en Hongrie, au Danemark et au Royaume-Uni.

Consommation atone et production en berne

La concentration du secteur semble inéluctable dans un environnement économique « compliqué » pour la filière où les importants investissements industriels ou marketing nécessaires pour rester compétitif ne peuvent être assumés que par des grands groupes. D’après la dernière étude réalisée par le SCEES, la production bovine a poursuivi, en 2006, la baisse amorcée depuis 2003 avec une diminution de 3,7 % en volume. Quant à la consommation de viande, elle est engagée dans une tendance à la baisse depuis les 1990. Selon l’Office de l’élevage, le volume de l’ensemble des achats de viande (volaille compris) par les ménages français continue de diminuer tandis que les prix moyens ne cessent d’augmenter. Entre 2005 et 2006, la consommation de viande en volume a reculé de 1,7 % et a progressé de 0,3% en valeur. « La filière viande bovine doit faire face à trois problématiques principales : l’internationalisation des échanges, un manque de viande, tandis que la consommation reste atone. La solution pour les entreprises reste d’être dynamiques et de se diversifier », souligne Yves Berger. Chacun jouant son rôle de leader ou d’acteur dominant pour dynamiser le secteur.