Le patron opérationnel de Carrefour reste prudent sur ses perspectives de résultats pour cette année, préférant miser sur une accélération en 2008 dans un environnement toujours plus concurrentiel après un redressement jugé « encourageant » en 2006. Au lendemain de l’annonce de l’éviction du président du conseil de surveillance Luc Vandevelde et de l’entrée surprise au capital du groupe Arnault et du fonds Colony (près de 10%), le président du directoire José Luis Duran a pronostiqué une croissance du chiffre d’affaires certes supérieure à celle de 2006, mais avec une progression plus modeste du résultat opérationnel.
L’an dernier, le numéro un européen et numéro deux mondial de la distribution a dégagé un bénéfice net de 2,268 milliards d’euros, en hausse de 58%. Mais ce résultat tient compte notamment des cessions des activités en Corée. Hors cessions, le bénéfice ne progresse que de 3,3%, à 1,857 milliard d’euros. Le groupe, qui avait déjà publié son chiffre d’affaires 2006 (77,9 milliards d’euros à taux de changes courants), prévoit qu’il sera cette année « supérieur ou égal, à changes constants », avec un objectif de progression pour 2008 de 10%. « Il reste beaucoup à faire avant d’aboutir à une croissance à deux chiffres à la fois du chiffre d’affaires et du résultat opérationnel, qui doit être notre modèle », a soutenu Jose Luis Duran en présentant ces résultats devant la presse.
Priorité aux gains de part de marché
En 2006, les ventes hors taxes ont déjà augmenté de 6,4 % à changes constants, soit plus de deux points de mieux qu’en 2005. Dans l’Hexagone, elles ont progressé de 4,3 % à 37,2 milliards d’euros. La part de marché de Carrefour, qui avait diminué de 4 points de 2000 à 2003, a augmenté de 1,1% sur les deux derniers exercices (+0,5 % l’an dernier), ce marché contribuant pour plus de la moitié au résultat opérationnel du groupe. Néanmoins, l’effort fait sur les prix a quasiment fait stagner le résultat opérationnel en 2006 (+0,3 %) malgré la progression de 5 % de la marge des activités courantes, la diminution des coûts logistiques et l’amélioration sur les stocks. Conséquence, la marge opérationnelle sur chiffre d’affaires est tombée à 41%.
Poursuite de la pression sur les prix
Qualifiant ces résultats 2006 « d’encourageants », M. Duran a jugé que l’activité de Carrefour début 2007 était marquée « par un bon comportement de l’international » et « un environnement concurrentiel assez rude ».
Pas question toutefois de relâcher la pression, avec une accélération de la croissance de la surface de vente en 2007 (ouverture de 1,5 million de m2 dans le monde), avec un renforcement de la vente de produits non-alimentaires et une poursuite du développement international sur des marchés en croissance, comme la Russie et l’Inde.
Considérant l’environnement concurrentiel « très actif » et « assez rude », M. Duran a promis la poursuite de sa politique de guerre des prix pour soutenir les ventes et améliorer sa part de marché, au détriment des marges.
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« Nous ne lâcherons rien sur les prix », a-t-il dit. En conséquence, Carrefour prévient que la croissance du résultat net opérationnel en 2007 (avant éléments courants) « sera inférieure à celle des ventes ».
Pour 2008, « une progression de notre résultat opérationnel en ligne avec le chiffre d’affaires reste notre objectif», a-t-il assuré. « Nous privilégierons le chiffre d’affaires et les parts de marché au résultat », a souligné M. Duran, pour qui « la réalisation de ces objectifs passe par des acquisitions tactiques ».
Pas de remise en cause
Le président du directoire a aussi écarté les hypothèses de désengagement de la famille Halley, premier actionnaire du groupe avec 13% du capital. « La part de la famille Halley reste exactement la même qu’auparavant », a-t-il insisté.
Concernant les actifs immobiliers (6 millions de m2 en propre), M. Duran a précisé qu’ils étaient « valorisés dans une fourchette située entre 15 et 20 milliards d’euros ». « L’immobilier peut être un vecteur de création de valeur pour les actionnaires », a-t-il reconnu, même si la cession de ce trésor immobilier n’est pas à l’ordre du jour. Plusieurs analystes financiers pensaient que Groupe Arnault et Colony Capital pourraient pousser le groupe à céder son trésor immobilier dormant.
José Luis Duran a estimé que la révocation de Luc Vandevelde « n’est pas liée au plan opérationnel », mis en place depuis deux ans. Et à propos de l’entrée au capital de Groupe Arnault et de Colony Capital, il a donné ce diagnostic : « J’ai plutôt l’impression que c’est un investissement à long terme et stratégique », et il a fait état d’un « contact court mais amical » avec les nouveaux actionnaires. Il a estimé que cela ne remettait pas en cause le plan opérationnel du groupe.