A peine une semaine seulement après l'annonce de la cession de son pôle biscuits à Kraft, Danone vient de lancer une OPA amicale sur Numico. Son offre s'élève à 55 euros par action, valorisant le groupe néerlandais de nutrition infantile et clinique à 12,3 milliards d'euros. Danone se positionnera ainsi en numéro un européen de la nutrition infantile, avec un pôle de 3,05 milliards d'euros comprenant sa marque Blédina. La nutrition infantile et clinique devient le troisième métier du groupe, en cohérence avec son idée de constituer un «groupe santé». Avec cette acquisition, Danone se place en concurrence frontale face à Nestlé, leader mondial dans ce domaine. Une contre-offre reste toujours possible de la part de PepsiCo, deuxième nom au cœur des rumeurs, quoique peu probable au vue du prix offert par Danone.
Il n'a pas fallu beaucoup de temps à Franck Riboud, pdg de Danone, pour répondre à ses détracteurs sur la fragilité de son groupe après l'annonce, la semaine dernière, de la cession de son pôle biscuits à Kraft. Recentré sur ses deux métiers que sont les eaux et les produits laitiers, Danone lance une OPA amicale sur le groupe néerlandais de nutrition infantile et clinique, Numico, au prix de 55 euros par action, représentant une prime de 44 % par rapport à la moyenne de son cours sur les trois derniers mois. « Le conseil de surveillance et le directoire de Numico ont décidé à l'unanimité de recommander cette offre à leurs actionnaires » indique Danone. En négociations « depuis trois semaines » avec Numico, Franck Riboud tient à souligner que « cette opération n'est pas défensive (face à une éventuelle OPA sur son groupe) mais stratégique » et se plaît à rappeler qu'il a quadruplé la valeur de l'entreprise depuis son arrivée à la direction il y a dix ans.
Alors que le géant français va engranger 5,3 milliards d'euros de la vente de sa filiale LU, il va débourser quelque 12,3 milliards d'euros pour s'offrir le numéro un européen de la nutrition infantile. Le financement de cet achat se fera uniquement par endettement diminué de la somme obtenue par la vente de son pôle biscuits. « A la fin de l'année, la dette totale de Danone sera uniquement de 6 à 7 milliards d'euros », a précisé Antoine Giscard d'Estaing. Un accord définitif sur l'offre proposée sera signé par les deux groupes dans les prochaines semaines. « La réalisation de l'opération est subordonnée au fait qu'au moins 66,66 % des actions Numico seront apportées à l'offre qui devrait s'ouvrir au cours du mois d'août 2007 », indique le groupe français.
« Trop cher » pour certains
S'il perd moins de deux milliards d'euros de chiffre d'affaires avec LU, Danone récupèrerait avec cette acquisition un montant, quasiment équivalent, de 2,644 milliards d'euros. Si certains analystes considèrent que « Danone paye cher », Franck Riboud juge que « le prix offert reflète la qualité exceptionnelle de Numico et sa position parmi les leaders mondiaux de la nutrition santé », rappelant que son père, Antoine Riboud, avait abordé Numico il y a vingt ans.
Alors que Numico a subi quelques années difficiles avec des pertes avoisinant 1,6 milliard d'euros en 2002, le néerlandais a remonté la pente à partir de 2005 en appliquant une stratégie de recentrage sur ses deux métiers actuels. Entre 1999 et 2000, le groupe avait réalisé des acquisitions coup sur coup dans différents métiers, stratégie qui l'avait coulé. L'année dernière, le groupe a ainsi réalisé un chiffre d'affaires de 2,644 milliards d'euros, en progression de 32 % (+11,9 % à périmètre comparable), pour un bénéfice net de 202 millions d'euros, contre 201 millions en 2005, et un résultat opérationnel de 429 millions d'euros, en progression de 19 %. Aujourd'hui, Numico affiche une marge de 18,5 %, supérieure à la moyenne de celle de Danone qui s'établit à 13,6 %. Après avoir acquis l'italien Mellin en 2005, Numico s'était offert l'australien Golden Circle et le japonais EAC Nutrition Cf Agra alimentation n° 1911 du 05/01/2006 page 28, prenant ainsi des positions dominantes en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Japon. Le groupe néerlandais reste le numéro un européen de la nutrition infantile avec des marques telles que Milupa ou Nutricia. Dans la nutrition clinique, le groupe se présente également comme l'un des leaders du marché en Europe, occidentale et orientale, et dispose d'une position prépondérante au Brésil, en Chine, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Les implantations de Numico correspondent aux principaux relais de croissance de Danone qui compte mutualiser les investissements et le savoir-faire. Le groupe français estime à 60 millions d'euros les synergies de coûts possibles et à 130 millions celles en terme de chiffre d'affaires.
Présentant ses résultats pour le premier trimestre de son exercice 2007, Numico a confirmé des perspectives de croissance de ses ventes se situant entre 10 et 12 % pour l'ensemble de l'année. Il avait, toutefois, indiqué s'attendre à une nouvelle hausse des prix des produits laitiers, espérant la compenser par une augmentation du prix de ses produits mais également par une réduction des coûts.
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Un pôle de 3,05 Mds EUR
Quoiqu'il en soit, déjà propriétaire de la marque Blédina, Danone constitue ainsi son troisième métier dans la nutrition infantile et clinique. Avec les ventes de Numico, ce pôle va représenter un chiffre d'affaires de 3,05 milliards d'euros. « La combinaison des deux sociétés va nous permettre de créer une entreprise absolument unique dans le domaine de l'alimentation, sans doute celle qui aura le positionnement santé le plus clair et le plus puissant. Grâce à ce projet, nous dessinons les contours d'un nouveau Danone, avec un profil et un potentiel de croissance renforcé pour les années à venir » s'enthousiasme Franck Riboud. De son côté, Jan Bennink, un ancien directeur du pôle produits laitiers de Danone et actuellement pdg de Numico, se dit « confiant que le rapprochement avec Danone et le positionnement de Numico dans le nouvel ensemble assureront la poursuite de la dynamique de croissance de Numico. Cette transaction est une excellente opportunité pour toutes nos parties prenantes, notamment nos actionnaires et nos salariés ». Celui qui, à l'époque, avait lancé Actimel quittera ses fonctions l'issue de cette opération, « sans savoir pour le moment ce qu'il fera ». Jan Bennink a ainsi mis fin aux rumeurs quant à sa possible nomination chez Unilever. Numico conservera son siège social à Schiphol, aux Pays-Bas. Il possède 18 usines de production dans treize pays et emploie 12 888 personnes dans le monde.
A la recherche de « pépites »
Quant à Blédina, la marque sera intégrée au nouveau pôle nutrition infantile et clinique de Danone. Marc Benoît remplacera prochainement l'actuel directeur de Blédina mais ne sera pas en charge du pôle. Franck Riboud n'a pas voulu dévoiler le nom du responsable qui en prendra la direction, même s'il semble que ce soit un ancien du management de Numico. Si Blédina occupe 48 % du marché dans l'Hexagone, la marque n'a pas de positions fortes à l'export. Elle va ainsi pouvoir bénéficier des implantations géographiques de Numico et de son réseau de distribution pour se développer à l'international. Les synergies se feront également au niveau de la recherche. « Nos complémentarités en terme de recherche, Danone s'intéressant aux probiotiques et aux ferments et Numico aux prébiotiques, vont nous permettre de trouver des pépites que ce soit dans la nutrition infantile ou dans la nutrition médicale » se réjouit Franck Riboud. Le groupe néerlandais consacre environ 3 % de son chiffre d'affaires à la recherche.
Très occupés par la cession de LU (voir article en rubrique entreprises), les syndicats restent plutôt satisfaits de cette nouvelle. « Si Blédina réalise déjà une marge de 15% en Europe occidentale, cette opération nous donnera l'opportunité de nous développer à l'international. Nous allons retirer d'énormes bénéfices avec l'intégration de Numico et cela va donner plus de poids au pôle au sein de Danone » explique Fabien Frédou, délégué syndical FGA-CFDT chez Blédina.
N° 2 derrière Nestlé
Avec cette opération, Danone parvient en deuxième position mondiale dans le domaine de la nutrition infantile et clinique derrière Nestlé qui enregistre des ventes de 5,5 milliards d'euros, grâce notamment à sa récente acquisition de la marque américaine Gerber et à celle du pôle de nutrition médicale de Novartis Cf Agra alimentation n° 1971 du 26/04/2007 page 25 et Agra alimentation n° 1955 du 21/12/2006 page 29. Le marché de l'alimentation infantile montre une croissance annuelle mondiale d'environ 7 % depuis 2000. En 2005, le marché mondial est estimé à plus de 15 milliards d'euros, selon la société de conseil Alcimed. Les Etats-Unis, la Chine et le Royaume-Uni représentent les trois plus importants pays consommateurs de baby food. A titre de comparaison, le marché américain était estimé à 2,75 milliards d'euros en 2005 et celui de la France à environ 970 millions d'euros en 2006. Les prévisions de croissance du marché mondial entre 2005 et 2010 sont estimées à 21 %.
Outre ces récents mouvements au sein du groupe, Danone vient d'inaugurer en Indonésie une nouvelle usine afin de produire et de commercialiser son « blockbuster » Activia. « Cela est tout aussi important d'un point de vue stratégique que cette acquisition. Nous démarrons de zéro dans ce pays. Nous sommes en train de créer un nouveau moteur de croissance pour le groupe. Nous construisons l'entreprise la plus remarquable de l'agroalimentaire » se targue Franck Riboud.