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Acquisition Avec Ready Pac, Bonduelle américanise son activité

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À l’occasion de la publication de ses comptes semestriels, Bonduelle a dévoilé les détails financiers du rachat de l’américain Ready Pac annoncé une semaine plus tôt. Avec cette acquisition payée 409 millions de dollars, le leader du légume frais, surgelé et en conserve réalisera la majorité de son activité aux États-Unis et double sa présence dans le frais.

Bonduelle a fait très fort avec l’acquisition de Ready Pac aux États-Unis pour 409 millions de dollars (environ 387,2M€). Non seulement, il ne la surpaye pas, mais en plus, il renforce ses positions sur un marché en croissance. Une opération d’ailleurs qualifiée par Christophe Bonduelle, le p.-d.g., "de presque sur mesure par rapport aux activités de Bonduelle". Avec Ready Pac, les États-Unis deviendront "clairement et de loin", s’est d’ailleurs félicité le dirigeant, le premier pays d’activité de l’entreprise familiale française, face à des marchés européens atones ou difficiles. Les États-Unis représenteront 35 % de ses ventes (contre 14 % en 2015/2016), la France 24 % (contre 31 %) et l’Union européenne 47 % (contre 63 %). (TABLO 1)

Une acquisition aux nombreux atouts

Entreprise familiale créée en 1969, Ready Pac était détenue par un fonds depuis une dizaine d’années. Chose rare, le vendeur n’a pas souhaité révéler son identité. Ready Pac, qui compte environ 3500 collaborateurs, affiche un chiffre d’affaires de 715 millions de dollars environ. Avec une part de marché de 85 %, la société est leader sur le marché des "bowls", "une catégorie qui affiche une croissance de 30 % par an", a précisé Christophe Bonduelle. Cette activité de salade en bol individuel représente 45 % de son activité. Essentiellement vendue sous ses marques propres, elle a permis de multiplier les ventes de la société par 3 depuis 2012 à 322 millions de dollars. Une évolution essentiellement alimentée par une forte innovation, les nouveaux produits représentant 18 % des ventes des deux dernières années. Ready Pac propose une quarantaine de recettes uniques, quand son principal concurrent n’en compte que 9. Chose importante également, "toutes les lignes de production de l’entreprise sont certifiées par l’USDA pour l’usage d’ingrédients protéinés", indique Bonduelle, un degré de certification exigé dans les activités traiteur et non dans la quatrième gamme. Une différence qui explique que les concurrents de Ready Pac soient plutôt positionnés sur les salades en kits, des produits qui n’exigent pas d’agrément particulier. Autre élément très favorable mis en avant par Bonduelle : Ready Pac compte quatre sites de production, dont un en Californie. "Contrairement aux trois autres situés à l’est des États-Unis, qui sont assez proches de ce que nous connaissons en Europe, le site californien a un business model très différent ". La possibilité d’une production tout au long de l’année a de quoi faire rêver le français, dont les productions en Europe ont été mises à mal par de gros problèmes climatiques.

Une valorisation très raisonnable

Le rachat de Ready Pac a été conclu sur la base d’une valeur d’entreprise de 409 millions de dollars, représentant un multiple de 10,8 fois l’Ebitda ajusté estimé pour 2016/2017. Ce multiple est très nettement inférieur à ceux relevés par Bonduelle lors des rachats sur le segment snacking et alimentation saine réalisés aux États-Unis depuis 2012, où la moyenne se situe à 17,3 fois l’Ebitda et 2,54 fois le chiffre d’affaires (0,5 fois pour Ready Pac). Ce rachat, intégralement financé sur la dette, préservera le profil investment grade du groupe, avec un levier sur Ebitda estimé en 2016/2017 inférieur à 3,5 fois (contre 1,9 fois estimé hors acquisition de Ready Pac au 30 juin 2017), dans la limite fixée par Bonduelle. Les dirigeants prévoient "une légère augmentation du taux de financement, mais jamais au-delà de 5 %". Les dirigeants comptent boucler l’opération au cours du troisième ou quatrième trimestre de l’exercice en cours. Toute l’équipe dirigeante de Ready Pac reste en place. Bonduelle a déjà évalué les nombreux enjeux qu’il peut tirer de cette opération. L’amélioration de la marge opérationnelle de Ready Pac en est un. Le groupe prévoit ainsi de doubler la marge d’Ebitda à cinq ans, autour de 8 %, essentiellement "par l’amélioration du mix produit et l’efficacité industrielle" avec notamment "une amélioration de la cadence des lignes de bowls, où il existe beaucoup de capacités". Christophe Bonduelle compte également "augmenter très significativement les investissements marketing" actuellement autour de 0,5 %.

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L’arrivée de Ready Pac dans le périmètre de consolidation de Bonduelle entraîne la constitution d’une 5e business unit (BU) (TABLO 2), Bonduelle Fresh America (BFA), dédiée aux produits frais aux Amériques, aux côtés de Bonduelle Americas (BALL), pour les légumes en conserve et surgelés, et des trois BU précédemment existantes : Bonduelle EurAsia markets (BEAM), Bonduelle Europe Long Life (BELL) et Bonduelle Fresh Europe (BFE).

Un profil boursier plus attractif

Natixis a confirmé sa recommandation à l’achat sur Bonduelle après l’annonce des détails financiers du rachat de Ready Pac pour plusieurs raisons. Parmi ces raisons, l’analyste Pierre Tegner estime qu'"en tablant sur une progression graduelle de la marge opérationnelle vers 6 % dans 5 ans contre 3 % actuellement, l’impact bénéfique de cette acquisition (sur le bénéfice par action, le mix géographique et le ROIC (retour sur capitaux investis, ndlr)) peut véritablement faire sortir le titre Bonduelle de son statut de rente solide mais inerte qui fige le multiple de capitalisation à 12x (l’objectif de résultat opérationnel courant ne varie presque pas depuis 2005 !)" Ainsi selon le spécialiste de la valeur, "le ROIC de l’acquisition peut atteindre 9 % (contre ROIC de Bonduelle à 7 %) et l’impact relutif sur le BPA dilué courant peut être supérieur à 20 %". L’analyste explique également que "Ready Pac est une belle opportunité de modifier non seulement le profil de croissance du groupe, mais aussi et surtout son profil de risque avec un rééquilibrage entre le poids de l’Europe et de l’Amérique du Nord mais aussi entre le Frais (peu capitalistique) et le Surgelé ou la Conserve fortement capitalistiques (saisonnalité, plus faibles rotations et stocks élevés)".

Pas de pause dans les acquisitions

Christophe Bonduelle, qui promet une opération immédiatement relutive et un désendettement rapide, estime que le rachat de Ready Pac n’empêchera pas de continuer à regarder d’autres acquisitions potentielles. "Il n’est pas impossible d’imaginer une autre acquisition dans les 12/18 mois à venir, a-t-il même indiqué. Pas de cette importance peut-être, mais pourquoi pas une acquisition au sein d’une autre business unit, sachant que chacune est indépendante". En tout cas, le numéro un du groupe a promis une annonce "pour…. 2027". Un rendez-vous en forme de clin d’oeil, le groupe ayant relevé des développements importants les années en 7 au cours des 20 dernières années et même au-delà, puisque la marque a été créée en 1947.