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Aveux et angoisses feutrées dans les multinationales

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Intervenant devant l’organisation mondiale du sucre (ISO) à Londres la semaine dernière le vice-président de Kellogg’s, M. Hirst a mis prudemment les pieds dans le plat sur ce sujet des matières premières. Le fabricant de corn flakes est évidemment un utilisateur important de céréales, de sucre et de matières grasses, et ne cache pas son inquiétude : tous ces ingrédients sont incontournables pour son activité et leurs prix, désormais, seront désormais orientés à la hausse, le dirigeant en est convaincu. S’ils le sont à cause d’accidents climatiques cette année, ils le seront en fait durablement à cause du développement considérable des bio-carburants. Et le représentant du groupe américain d’ observer non sans ironie que l’Europe est passée d’un système de protection de l’agriculture à un système de protection de l’énergie dans lequel les industriels de l’alimentaire n’ont en tout cas rien à gagner …

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Même observation à la Confédération européenne des industries alimentaires (CIAA), qui en commentant dès avril dernier la nouvelle stratégie proposée par la Commission en faveur des bio-énergies, redoutait une mise en concurrence entre débouchés alimentaires et non alimentaires : comme clients de l’agriculture, indiquait la Confédération, les IAA sont très concernées par l’utilisation de la biomasse et souhaitent que l’UE ait une production et des stocks suffisants pour la sauvegarde de leur approvisionnement. Or la CIAA soulignait que ses entreprises (les margariniers au premier chef) ont déjà subi des hausses sur l’huile de colza dont les prix sont de plus de 40% supérieurs à leur niveau des années 1996-2000 à cause d’une progression de la demande qui a atteint 26%. La raison en est double : le développement du diester/biodiesel et l’abandon de l’huile de soja à cause de la crainte des OGM. Parallèlement, la CIAA s’inquiétait déjà (avant même de connaître les mauvaises récoltes de cette année) de devoir faire face d’ici 2010 à un relèvement des prix des céréales de 6 à 10% et des huiles végétales de 5 à 15%. Et demandait une politique énergétique suffisamment diversifiée et bien cadrée, avec une évolution des standards actuels afin de ne pas utiliser seulement du colza mais aussi d’autres oléagineux voire même des graisses animales. Sans oublier de plus grands efforts de R&D –et une attention particulière au dossier des OGM - notamment sur les nouveaux co-produits qui pourraient être utilisés en alimentation animale.