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IAA/Bilan et perspectives Avis de gros temps maintenu pour les industries alimentaires

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L’année écoulée a été mouvementée pour les industries agroalimentaires françaises, mais dans un environnement instable, elles « s’en sortent relativement bien et constituent un pôle de résistance dans l’industrie française ». Tel est le constat en demi-teinte qu’a établi l’Association nationale des industries alimentaires pour 2011, lors d’un point presse. « Toutefois, la tempête est loin d’être terminée et les vents contraires se renforcent », redoute son président, Jean-René Buisson. Le début d’année prouve à l’envi que les obstacles sont encore nombreux, mais la profession entend garder le cap et faire valoir ses atouts pour conforter sa place de premier secteur industriel national.

Dans un contexte de turbulences économiques, climatiques et géopolitiques extrêmes, le secteur alimentaire a su limiter les dégâts. Avec un chiffre d’affaires de 157,2 milliards d’euros, le secteur affiche une croissance de 6,8% en valeur, mais de seulement 1,5% en volume, hors inflation. Une performance meilleure que la faible croissance de 2010 avec 1,6% et le léger recul de 1,4% en 2009, mais surtout remarquable si on le replace dans le contexte industriel national qui n’a connu qu’une petite croissance de 1,7%. Le commerce extérieur a largement contribué à ce résultat, l’excédent commercial agroalimentaire progressant encore en 2011, pour s’établir à 6,8 milliards d’euros. Deux bémols toutefois à cette situation : ce solde bénéficiaire est largement à mettre au crédit des secteurs des boissons (9,7 milliards) et produits laitiers et glaces (3,2 milliards) et il masque une perte de parts de marché aux niveaux mondial et européen, la France ne se trouvant plus qu’au quatrième rang mondial, talonnée par le Brésil. L’autre sujet de satisfaction est à mettre au crédit de l’emploi. L’industrie alimentaire demeure le premier employeur industriel en France, avec plus de 500 000 salariés directs, loin devant la métallurgie et ses 408 000 actifs. Un chiffre qui s’érode depuis 2003, mais est stable depuis 2010 et se situe au niveau de 1998, alors que depuis cette année 1998, les effectifs de l’ensemble de l’industrie en France perdaient plus de 16%.

Les nuages sont nombreux
Les turbulences sectorielles et conjoncturelles auxquelles les 10 500 entreprises doivent faire face menacent de se poursuivre en 2012 et 2013, redoute l’Ania. « Le processus de baisse des cours des matières premières agricoles qui ont connu une hausse de 31% en 2011, ne semble pas engagé car elles demeurent des commodités largement spéculatives », observe Alexander Law, directeur économie et innovation de l’association. Il constate également une dégradation des carnets de commande, sauf peut-être en provenance de l’étranger. Dans ces conditions, une détérioration de la production n’est pas à exclure dans les mois à venir. L’évolution de la consommation des ménages n’incite en effet guère à l’optimisme. Le pouvoir d’achat de ceux-ci se dégrade depuis deux ans et si la consommation alimentaire, globalement, résiste, elle pâtit d’arbitrages défavorables. Elle doit céder la priorité aux dépenses pré-engagées et incompressibles qui représentent un tiers des budgets et ne cessent de progresser.

Pression accrue sur les marges
Les prix alimentaires ont cependant progressé moins vite que l’inflation : sur 10 ans, la courbe de la hausse des prix alimentaires a été en permanence au-dessous de celle de l’inflation globale, alors qu’ils subissaient largement les effets de l’amont et des taxes, constate Jean René Buisson. Les IAA se trouvent, durant toutes ces dernières années, « prises en étau entre l’amont et l’aval ». Mais alors que la courbe des prix alimentaires, entre 2007 et 2012 suivait fidèlement celle des prix agricoles à la production, celle des prix dans la grande distribution n’a cessé d’aller vers le haut, certes avec un palier entre 2009 et 2011, quand les prix à la production ont chuté, mais jamais vers le bas. Sur cette période de désinflation, la grande distribution s’est constituée, ce que Jean-René Buisson appelle de façon imagée, « un estomac ». Au détriment des marges bénéficiaires des industriels qui sont passées de 40% en 2000 à 32% en 2011. Un phénomène qui inquiète l’Ania car cette détérioration des marges frappe tout particulièrement les plus petites entreprises, pesant lourdement sur les trésoreries et, par voie de conséquence, sur les investissements. Sans compter l’impact sur les défaillances d’entreprises. L’Ania se dit prête à évoquer de nouveau le problème avec la grande distribution. Plus largement, l’association souhaite aborder la question de l’application de la loi de modernisation de d’économie (LME). Il n’est pas nécessaire de négocier une nouvelle loi, selon Jean-René Buisson, mais au moins de mettre en application ce qui est prévu dans celle qui existe et notamment le strict respect des conditions générales de vente. À cet égard, le président de l’Ania s’est montré très critique à l’encontre de Michel Edouard Leclerc qui « se considère toujours comme exonéré des lois existantes ».

Un avenir incertain
Le mois d’avril, notamment en raison des conditions climatiques, a été très mauvais et incite à une extrême prudence pour l’ensemble de l’année. Alexander Law pense que la hausse en valeur ne devrait pas excéder 1,5% pour l’ensemble de l’année 2012. L’évolution des prix des matières premières et celle des trésoreries des industriels demeurent une grande inconnue. Les industriels attendent également, une fois toutes les échéances électorales passées, que l’Elysée et Matignon précisent leurs grandes orientations. Les premières mesures, et notamment la création d’un ministère, alliant pour la première fois agriculture et agroalimentaire, sont accueillies favorablement. Jean-René Buisson y voit un signe positif de bien vouloir intégrer les industries dans la filière et espère que cette volonté « ne fera pas que s’afficher dans le titre, mais se traduira dans les faits ». Il espère pouvoir rencontrer Stéphane Le Foll de manière régulière, par delà leur première rencontre prévue pour le 4 juin. Pour lui, le ministre de l’Agriculture est bien « leur ministre référent » car les IAA transforment 90% de la production agricole française. Il n’entend pas pour autant être coupé des ministères en charge des questions industrielles mais il juge important d’avoir un ministre dédié qui puisse servir de relais et porter toutes les aspirations des IAA lors de la prise de décisions impliquant plusieurs ministères. Parmi les premiers chantiers que l’Ania souhaite voir mis sur la table, figurent le coût du travail et la réduction des charges sociales pour les plus bas salaires, ainsi que les taxes nutritionnelles, contre « lesquelles nous nous battrons dos au mur, car ce n’est pas aux pouvoirs publics de dicter si un produit est bon ou non pour la santé ». De telles décisions doivent en outre ressortir des autorités de Bruxelles pour que tous les pays aient les mêmes contraintes en termes d’allégations de santé. L’Ania rappelle à ce titre que le candidat François Hollande avait déclaré ne pas être favorable à de telles taxes.

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