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Avril met le cap sur les protéines végétales et l’Afrique

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Le groupe Avril, acteur industriel et financier des filières françaises des huiles et protéines végétales, a présenté le 17 février son plan stratégique à cinq ans. Principaux leviers, la compétitivité, l’international, l’innovation pour développer de nouveaux métiers et débouchés. Le cap est notamment mis sur les protéines et l’Afrique.

Avril anticipe une surproduction d’huile dans le monde d’ici à 2030, mais une pénurie de tourteau protéiné, sous l’effet de la hausse de la consommation de viande dans les pays émergents, qui accroît les besoins d’alimentation du bétail. « C’est un axe clé de notre plan stratégique Avril 2020 : tout en continuant à valoriser l’huile, dans l’alimentation humaine, les biocarburants, l’oléochimie, on va mieux valoriser la protéine végétale », a déclaré le directeur général délégué Michel Boucly. Le groupe vise des concentrés de protéines à base de colza et de tournesol, dans un marché dominé par le soja. En ligne de mire, l’aquaculture et le pet food. « Le monde occidental consomme moins de viande, a-t-il poursuivi. D’où un besoin de protéines végétales de substitution. Pourquoi le colza, le tournesol n’en bénéficieraient pas ? » Un programme de recherche est déjà engagé. Avril veut explorer la piste en nouant des alliances, des partenariats.
« Nous devons accélérer ce qui a été enclenché : le développement à l’international, mais aussi l’inflexion vers des produits plus techniques qui nous permettront d’être présents sur des marchés à forte valeur ajoutée », a déclaré le gérant Jean-Philippe Puig.

L’innovation, moteur du développement

Avril mise sur l’innovation pour développer de nouveaux métiers et débouchés. Le groupe souhaite notamment mieux valoriser la fraction protéique des graines et renforcer la part des produits de spécialité à forte valeur ajoutée (lire l’encadré). Il s’engage aussi à continuer à soutenir la recherche en investissant dans l’amont agricole au travers de la société de financement et de développement Sofiprotéol.
Plusieurs réalisations sont citées en exemple, comme la création de MiXscience (expertise en nutrition et productions animales), le développement par Sanders du centre de recherches en nutrition animale et conduite d’élevage de Sourches (Sarthe), la mue d’Oleon (oléochimie) vers les produits de spécialité.
« L’orientation vers des produits de spécialité permet de réduire notre exposition à la volatilité des marchés de commodités », a ajouté Jean-Philippe Puig.

Chercher la croissance à l’international

Le groupe compte à l’avenir « aller chercher la croissance à l’international », d’abord sur le continent africain en s’appuyant sur les investissements réalisés dans les filières huiles d’olive et tournesol au Maroc, arachide au Sénégal, mais aussi en développant les exportations vers l’Asie.
« Avril 2020 s’inscrit dans une dynamique prospective qui doit nous permettre de conquérir de nouveaux débouchés pour nos filières à l’échelle mondiale, a expliqué Michel Boucly. L’Afrique recèle un réel potentiel de développement et Avril est bien placé pour contribuer à y structurer des filières oléagineuses performantes et durables. »
Pour accélérer son développement international, le groupe mise aussi sur les métiers de spécialité à vocation mondiale : oléochimie, biosécurité, spécialités nutritionnelles animales.

Etre « fort et compétitif » sur ses marchés nationaux

Le nouveau plan stratégique repose sur un autre axe : conforter le leadership en France. Il s’agit d’œuvrer au développement des filières grâce aux investissements de Sofiprotéol. L’idée est aussi d’accroître la compétitivité des outils industriels en capitalisant sur "l’excellence opérationnelle" initiée en 2013.
Avril 2020 s’inscrit dans la continuité du précédent exercice stratégique Cap 2018, lancé il y a trois ans. Plusieurs avancées sont mises en avant, de la consolidation des filières animales en France au développement des multiples domaines d’activité du groupe (transformation végétale, huiles et condiments, oléochimie, nutrition animale, biosécurité et spécialités nutritionnelles, transformation animale, Avril développement), en passant par le recentrage de l’activité biodiesel.
Elles ont été soutenues par des investissements records de 550 millions d’euros entre 2013 et 2015. 426 millions d’euros ont ainsi été investis principalement dans la modernisation et le développement de l’outil industriel. Sofiprotéol a investi de son côté 124 millions d’euros en trois ans pour accompagner sur le long terme la consolidation des entreprises des filières agricoles et agroalimentaires françaises.
Avril se targue d’une maîtrise opérationnelle accrue. Alors qu’en 2012 le groupe s’engageait à réaliser 100 millions d’euros d’économies à horizon 2018, le programme EOS (Excellence opérationnelle et stratégique) est en avance avec 50 % déjà réalisés, soit 48 millions d’euros de gagnés.
Avril 2020 fixe un objectif d’Ebitda (marge opérationnelle) à 400 millions d’euros d’ici cinq ans, deux fois plus qu’2015 (lire l’encadré).

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Accélérer le développement à l’international et l’inflexion vers des produits plus techniques

Signature de deux accords sur la protéine du colza

Avril a présenté le 17 février son plan stratégique à cinq ans, concrétisé notamment par un accord avec une start-up israélienne sur la valorisation des protéines de colza, un autre avec Dow AgroSciences pour le développement de colza enrichi en protéines. Via sa société de financement et de développement Sofiprotéol, une licence exclusive vient d’être signée avec l’américain sur l’utilisation d’une technologie non OGM développée au Canada. Cet accord, dans le cadre de la gestion du fonds interprofessionnel Faso, vise à obtenir un tourteau à plus de 40 % de protéines (contre 33 % actuellement). Avril se lance aussi dans la chimie de la protéine, via une coentreprise avec BioPolymer Technologies (BPT) portant sur la fabrication d’un additif pour colle à base de colza broyé, très recherché dans l’industrie des panneaux de bois composite. L’usine produisant cet additif à très haute valeur ajoutée devrait ouvrir en France d’ici cinq ans, après le démarrage d’un pilote à Compiègne dans les douze mois à venir. Un débouché pour 25 000 tonnes de tourteaux est visé à l’échelle mondiale, soit « des dizaines de millions d’euros », selon Avril.

Les ventes et la rentabilité plombées par les prix en 2015

Avril, numéro un français des huiles de table et des œufs, a annoncé le 17 février avoir vu son chiffre d’affaires et sa rentabilité plombés l’an dernier par la chute des prix du pétrole et des matières premières agricoles. Le chiffre d’affaires a reculé de 5 % en 2015 par rapport à 2014, à 6,1 milliards d’euros, une baisse « purement liée au prix des matières premières, pétrole et matières premières agricoles », a expliqué lors d’une conférence de presse le gérant Jean-Philippe Puig. Outre les huiles Lesieur et Puget, et les œufs Matines, Avril commercialise du diester, biocarburant à base de colza. « Comme on vend du biodiesel, on est assujetti au marché du pétrole », l’écroulement du prix de l’or noir est donc « très dommageable à la rentabilité de nos activités diester », a-t-il souligné. L’Ebitda, qui mesure la rentabilité opérationnelle, a reculé de 18 % à 203 millions d’euros. Cette rentabilité « un peu décevante » s’explique aussi par la faiblesse de la récolte de colza en France, qui a fait grimper son prix. « Il est compliqué de remplir nos outils (industriels) quand il n’y a pas assez de matières premières sur le sol français. On achète (le colza) donc ça nous coûte plus cher. On est pénalisés sur nos résultats de trituration », a rappelé Jean-Philippe Puig. Le cœur de l’activité d’Avril est constitué de la trituration du colza, procédé industriel qui permet d’extraire l’huile de la graine et le tourteau, qui sert à nourrir le bétail. Les ventes du groupe ont aussi pâti de la crise de l’élevage. « On voit très bien le nombre de têtes (de bétail) qui diminue », avec comme conséquence une baisse des ventes en alimentation animale, a-t-il souligné.

Dates clés

1983 : création de Sofiprotéol
1984 : reprise de quatre usines de trituration
1990 : lancement de la marque de biodiesel Diester
1996 : création de Novance (produits dérivés des huiles végétales pour des applications non alimentaires)
2003 : rachat de Lesieur
2004 : acquisition de Puget
2007 : acquisition de Glon Sanders, leader de la nutrition animale
2008 : acquisition du groupe belge Oleon, leader européen de l’oléochimie
2010 : reprise d’Expur (trituration) en Roumanie
2011 : acquisition du marocain Lesieur Cristal
2013 : création de Copéol, coentreprise avec Castel pour le développement des filières oléagineuses africaines
2014 : acquisition des œufs Matines
création de MiXscience et Theseo, deux sociétés innovantes dans la biosécurité et les spécialités nutritionnelles animales
2015 : acquisition du britannique Kerfoot (huiles végétales et spécialités)
acquisition à La Réunion de SPHB (Société de Production des Huiles de Bourbon)