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Élevage Ayrault tente de rassurer l’élevage français

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Alors que les professionnels mettent en évidence l’ensemble des difficultés de l’élevage, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault est venu au Space, le salon de l’élevage de Rennes, pour tenter de rassurer les éleveurs. Une rencontre rapide, trop rapide pour les éleveurs et salariés des filières avicoles, très touchés par les difficultés du poulet export. Dans une atmosphère tendue, le chef de gouvernement annonçait notamment des aides d’urgence pour les entreprises de la filière et promettait que les mesures de simplification, notamment liées à l’environnement, seraient amplifiées.

Une visite au Space n’est pas forcément une balade de santé pour les hommes politiques. Jean-Marc Ayrault l’a appris à ses dépens, vendredi 12 septembre. Avant même d’arriver sur le salon des productions animales de Rennes, le Premier ministre s’est confronté aux problèmes de l’élevage, rencontrant les représentants de l’interprofession avicole, en plein désarroi après la décision européenne d’arrêter les restitutions à l’export, et les syndicats des salariés des abattoirs Gad, menacés de fermeture.
Arrivé sur le salon, il n’aura fait qu’une visite expresse d’une petite trentaine de minutes, chahuté par les sifflets des visiteurs. Un « accueil qui n’est pas citoyen ni républicain », regrette Xavier Beulin, président de la FNSEA, présent dans le cortège. Cette atmosphère hostile a écourté la visite du chef de gouvernement, déjà prévue pour être brève. Il a ainsi snobé le gros millier de salariés et d’éleveurs de la filière volaille qui l’attendaient au centre du salon pour manifester silencieusement leur inquiétude, accompagnés d’élus locaux en écharpe tricolore. « Une bourde monumentale », pour Michel Prugues, président de la Confédération française de l’aviculture, qui en dépit de l’erreur politique du Premier ministre, était plutôt satisfait du contenu de ses réponses.
 
« Ne pas se montrer naïf »
Depuis mi-juillet, les représentants de la volaille dénoncent la décision de supprimer les restitutions à l’exportation en Europe alors que les concurrents sur les marchés mondiaux continuent de soutenir leur production ou d’utiliser des manœuvres monétaires qui favorisent leurs exportations. « Le Brésil a fait une dévaluation compétitive, ce qui gêne énormément nos exportations», dénonçait Gilles Huttepain, président de la Fédération des industries avicoles (FIA), lors d’une conférence de presse au Space la veille de la venue du ministre. Il suggère aux pouvoirs publics « de ne pas se montrer naïf » dans la « guerre économique ». Michel Prugue, qui insiste sur « les nombreux atouts » de l’aviculture française, demande « une stratégie nationale » de développement de la filière, avec une aide à la restructuration d’entreprises et à la rénovation des bâtiments d’élevage, la levée des contraintes administratives, et de « faire appel à tout soutien d’urgence permettant aux maillons intermédiaires de résister dans l’attente des effets du plan structurel».
 
Un recours à Bruxelles
Le Premier ministre semble les avoir entendus. « Le gouvernement fera un recours au fond contre la décision de la Commission d’arrêter les restitutions», a répété Jean-Marc Ayrault. Il s’est également engagé « à ce qu’un soutien d’urgence soit mis en place, dans le respect des règles communautaires, pour les accouveurs et les organisations de producteurs touchés par les conséquences de la fin des restitutions ». Estimant que « le plan d’avenir défini en avril était plus que jamais nécessaire », il a annoncé que « la Banque publique d’investissement et FranceAgriMer allaient mobiliser leurs moyens pour aider au renforcement de la compétitivité des outils industriels d’abattage et de transformation ». Il incite les régions à orienter les fonds du Fadear pour la modernisation des bâtiments d’élevages, et a annoncé qu’il y aurait d’autres étapes du « choc de simplification », après la modification de règles des installations classées.
À destination de la filière porcine, Jean-Marc Ayrault a affirmé que « l’Etat n’abandonne personne » et « fera tout pour sauver l’emploi ».
 
Vers une simplification des normes
Sur le plan des l’allègement de la règlementation administrative sur les règles environnementales, les demandes qu’ont formulé les différentes filières tout au long du Space ont été reprises par le Premier ministre. « Un régime d’enregistrement sera créé, qui prendra la place du régime actuel d’autorisation». Il a promis qu’il n’y aurait pas de « sur-transposition des dispositions communautaires » que dénoncent sans cesse les éleveurs. Il a également affirmé que l’évolution de la réglementation des zones d’excédent structurel (ZES) serait « effective dans les prochains programmes d’actions régionaux » pour « permettre aux élevages de se développer tout en préservant la qualité des eaux ».
 
Améliorer les relations commerciales
Sur le plan économique, le Premier ministre a affirmé que sa priorité était d’« obtenir un meilleur équilibre au sein des filières », notamment grâce à la loi de modernisation de l’économie, pour « rénover les relations avec les industriels et les transformateurs et lutter contre les abus ». Notamment pour le prix du lait, envoyant un message à Lactalis, qui est accusé par les producteurs de ne pas respecter les contrats : « Quand un engagement a été pris, tout le monde doit s’y tenir ».
« Les engagements sont bons, il faut que les actes suivent », a réagi Xavier Beulin à la fin du discours. « Mais il n’a apporté aucune réponse sur l’écotaxe, alors que toutes les organisations demandent sa suspension », a-t-il toutefois regretté.
Le Premier ministre s’est peu épanché sur la PAC, se contentant de déclarer qu’elle serait orientée « au bénéfice de l’élevage et de l’emploi », et que « les décisions prises en matière de couplage et de convergence seront prises à l’aune de leur soutenabilité pour les filières, notamment en élevage laitier ». Les décisions définitives pourraient être présentées par François Hollande au Sommet de l’élevage, à Clermont-Ferrand, début octobre, même si de nombreuses questions restent encore en suspens.
 
Une dernière victoire pour Jean-Michel Lemétayer
Grand absent de ce Space, son fondateur Jean-Michel Lemétayer (décédé brutalement cet été) y a tout de même remporté une bataille. Après que de nombreux hommages lui aient été rendus tout au long du salon, Jean-Marc Ayrault a annoncé que la défiscalisation des dons en nature des agriculteurs aux associations caritatives serait « effective l’hiver prochain ». C’était une des revendications de Jean-Michel Lemétayer en tant que président de Solaal, une association regroupant les agriculteurs, l’agroalimentaire et les associations caritatives.

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