La baisse de la cotation allemande (-9 cents/kg) met la filière porcine, déjà en crise, sous tension ! Pour l'Inaporc, il s'agit probablement d'un « coup » de l'Allemagne, visant à déstabiliser la production française, et qui ne correspond pas à la réalité du marché. La cotation bretonne s'est maintenue à +0,2 cent/kg le lendemain, grâce aux achats de JPA (Intermarché). Les éleveurs accusent déjà les salaisonniers de profiter des prix bas allemands.
Pour le président d'Inaporc Guillaume Roué, il s'agit probablement d'un « coup », d'une « attaque en règle des Allemands sur le territoire français ! » Il faut dire que les concurrents d'outre-Rhin voudraient déstabiliser la filière française qu'ils ne s'y prendraient pas autrement. Le 24 juin, la cotation allemande, qui fait office de cours directeur pour une partie du marché européen, a décroché à la baisse, de 9 cents le kilo (après avoir une baisse de 4 cent/kg la semaine dernière). « Etonnant en pleine période estivale », juge Guillaume Roué. Le lendemain, le marché du porc breton (MPB) s'est tout de même bien tenu, et a clôturé sa séance sur une légère hausse de la cotation (+0,2 cent, à 1,347 €/kg), après une hausse la semaine précédente (+3,1€/kg). Dans ces conditions, seuls les achats de JPA (Intermarché) ont été conformes à ses engagements d'appliquer des hausse de 5 cents chaque semaine. Les autres transactions, dont Kermené (E. Leclerc) se sont conclues dans une fourchette de plus ou moins 1,5 cent par rapport au cours moyen. Qu'elle soit artificielle ou non, la baisse de la cotation allemande est très suivie : « Elle a des conséquences sur tous les marchés de l'UE : baisse en Belgique, aux Pays-Bas, en Pologne, en Autriche, au Danemark », expliquait le MPB, le 25 juin dans sa note de marché. Et elle va créer des tensions en France ; le décrochage de la cotation allemande intervient à un moment clé, car il empêche momentanément la cotation bretonne d'atteindre le coût de production français (environ 1,50€/kg), alors qu'elle s'en approchait depuis deux semaines (+4 cents/kg et +3 cent/kg). Il crée par ailleurs un écart entre les cours européens et le cour français, jusqu'ici soutenu par les prix volontaristes de Kermené, JPA et Cooperl. Ce qui va, plus il se creusera, tenter les acheteurs, salaisonniers en particulier, de s'approvisionner à l'étranger.
Déstabilisation
Une telle différence de trajectoire entre les porcs français et allemand ne devrait pas durer, estiment les professionnels, compte tenu des échanges importants entre les deux pays. « Soit les Allemands ont fait un coup, soit c'est effectivement la réalité du marché, ce dont je doute à cette époque de l'année. Et alors on s'alignera », explique Guillaume Roué. La perspective d'une forte baisse des cours en plein été serait terrible pour les producteurs français, qui attendent traditionnellement l'été comme un bol d'air. Elle pourrait aussi remettre en cause la stratégie de sortie de crise du ministère de l'Agriculture : « Cela remettra en cause l'accord entre le ministère et les distributeurs, puisque les distributeurs ne pourraient plus appliquer les hausses promises. On reviendra alors à l'idée de créer un fonds pour mettre en valeur la production porcine », explique Guillaume Roué. Ce fonds de soutien à la production porcine, auquel devrait abonder toute la filière y compris la grande distribution, était une demande de longue date de la Fédération nationale porcine (FNP), soutenue notamment par Michel-Edouard Leclerc. Elle a été mise entre parenthèse lorsque les distributeurs ont accepté de passer des hausses de prix, comme l'ont rappelé par communiqué Carrefour et Super U. « Ils ne paieront pas deux fois, via le fonds et via les prix », explique Guillaume Roué.
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Les salaisonniers demandent des hausses
En attendant une hypothétique baisse des prix, les industriels auraient du mal à faire passer les hausses aux distributeurs. C'est du moins ce que dénonce la Fédération des industriels de la charcuterie (Fict) qui a demandé, dans un communiqué le 24 juin, à la grande distribution « de répercuter immédiatement les hausses des prix des pièces de découpe de porc », et en particulier du jambon (+8%) au cours des deux dernières semaines. Une plainte illégitime, selon la FRSEA et les JA Bretagne qui ont réagi par communiqué : « Pourquoi réclamer des hausses du fait de la hausse de prix au marché au cadran français alors que la Fict s'approvisionne massivement en viande étrangère et refuse toujours d'utiliser systématiquement le logo Le porc français ? ». Les représentants du marché du porc breton (MPB) de Plérin ont émis la même critique que la FRSEA, dans une note de marché, dénonçant l'attitude des salaisonniers pour qui « le prix allemand, annoncé en forte baisse depuis une semaine, devient très attractif », et qui « n'ont, semble-t-il, que faire des difficultés de la filière porcine et ont repris leurs achats en masse en Allemagne ou en Espagne ». Pour Guillaume Roué, « la demande de hausse des salaisonniers est légitime, mais doit correspondre à leurs achats de produits français ». Il reste du chemin à parcourir pour faire travailler toute la filière porcine dans le même sens. L'assemblée générale d'Inaporc, le 1er juillet, promet d'être mouvementée.
Selon les dernières statistiques du ministère de l'Agriculture chinois, le nombre de truies dans le pays a baissé de 15% (-7,5 millions, à 40,4 millions) entre mars 2014 et 2015, rapporte la veille économique du Centre de développement du porc au Québec (CDPQ), dans une note parue le 23 juin. La taille du troupeau porc a baissé de 3% sur la même période (-12 millions de têtes). La Chine détient environ la moitié de la production mondiale de porc, « donc tout changement à celle-ci a un gros impact sur les marchés mondiaux », rappellent les Québecois qui prédisent que «la diminution du cheptel chinois profitera aux exportateurs de porc nord-américains et européens dans les années à venir ».