Le 13 juillet au Parlement européen puis le 18 juillet, lors du Conseil Agricole, les opposants à la réforme de l’OCM sucre se sont faits entendre. Ils ont dénoncé l’ampleur de la baisse des prix – 39 % par rapport au prix d’intervention actuel – et la suppression de tout mécanisme de gestion des crises. L’état du rapport de force parmi les ministres de l’Agriculture a montré l’existence d’une minorité de blocage à même de s’opposer à la réforme ou tout au moins à son ampleur.
Dans les rues de Bruxelles comme dans la salle du Conseil des ministres de l’Agriculture de l’Union européenne, les opposants à la réforme de l’organisation du marché du sucre se sont livrés, le 18 juillet, à une attaque en règle contre les propositions de la Commission de Bruxelles. Au moins sept ministres de l’Agriculture, poussés par plusieurs milliers de manifestants, betteraviers et salariés de l’industrie sucrière, ont déclaré que cette réforme est inacceptable en l’état. Il s’agit de l’Espagne, de la Finlande, de la Grèce, de l’Irlande, de l’Italie, de la Pologne et du Portugal, un groupe suffisant pour constituer une minorité de blocage.
7 pays farouchement opposés à la réforme
Ces pays, qui n’abritent qu’une ou deux usines de sucre, ont le soutien de plusieurs autres Etats qui émettent de sérieuses réserves quant à la validité des propositions de la Commission. C’est le cas de la Belgique, de l’Autriche, de Chypre, de la Hongrie, de la Lituanie, de la Slovénie et de la Slovaquie. Toutefois, ce groupe de pays pourrait se rallier au projet avec une baisse de prix moindre que celle envisagée par Mariann Fischer Boel (39 % contre 33 % prévus par F. Fischler, son prédécesseur).
Mais la commissaire a aussi des soutiens. La République tchèque, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, Malte et le Royaume-Uni abondent dans son sens, jugeant cette réforme nécessaire. D’ailleurs, le ministre de l’Agriculture français, Dominique Bussereau, n’avait pas fait le déplacement à Bruxelles pour défendre les betteraviers de l’Hexagone pourtant présents parmi les manifestants. D’autres pays veulent même aller au-delà des préconisations de l’exécutif européen. La Suède, le Danemark et l’Estonie suggèrent une réduction des prix plus drastique ainsi qu’une mise en cause du système des quotas, réclamée par les industries utilisatrices de sucre.
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« L’industrie va perdre 50% de son CA »
Le clivage entre les tenants d’un soutien à l’amont de la filière sucre ou à l’aval (les utilisateurs, par le biais de baisse de prix), avait déjà été exprimé lors d’une audition au Parlement européen, le 18 juillet. A cette occasion, Jean-Louis Barjol, le représentant des fabricants de sucre (CEFS), a dénoncé l’effort considérable et injustifié qu’impliquerait la réforme proposée par Bruxelles. « Elle correspond à une baisse des quotas de 35%, c’est-à-dire 6 millions de tonnes ou en d’autres termes la fermeture de 80 à 100 usines, selon la taille », met en garde M. Barjol. Il résume : « Au total, l’industrie va perdre 50 % de son chiffre d’affaires ». Sa principale requête est de pouvoir poursuivre les exportations de sucre sans restitution sur des marchés rémunérateurs de proximité.
« Trop radicale »
De leur côté, les représentants des industries utilisatrices de sucre – Alain Beaumont pour les soft drinks et David Zimmer pour les confiseurs, chocolatiers et biscutiers – ont souligné l’urgence d’une réforme : « Les entreprises qui interviennent sur un marché concurrentiel doivent pouvoir acheter la matière première à un prix compétitif », insistent-ils.
Ils ont été peu entendus par les députés, plus sensibles aux attentes des agriculteurs. La plupart des élus, au premier rang desquels Jean-Claude Fruteau, le rapporteur parlementaire pour cette réforme, dénoncent les manques d’une réforme qu’ils estiment « incomplète » et « trop radicale ».