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Mortalité des abeilles Beaucoup de moyens, mais peu de résultats (pour l’instant)

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Top secret. Les résultats les plus récents sur les mortalités d’abeilles ne peuvent pas être dévoilés. Telle était l’une des conclusions de la journée pourtant spécialement organisée par l’Anses sur le thème : « Santé des abeilles : état des connaissances et perspectives de recherche », le 21 novembre. Le colloque a permis de faire un tour d’horizons des sujets de préoccupation.

Étonnant, mais vrai. La journée nationale organisée par l’Anses pour faire le point sur la santé des abeilles a été très avare en chiffres sur le phénomène de mortalité ! Elle a néanmoins permis de détailler les moyens mis en œuvre pour acquérir des connaissances. D’abord, côté européen, un réseau de surveillance se met en place (Epilobee), pour un suivi épidémiologique de la perte des colonies d’abeilles en Europe se met en place. Il s’agit de la première étude qui repose sur un échantillonnage représentatif de l’état des abeilles, qui a permis de créer une base de données, qui comptera, fin 2013 pas moins de 90 000 lignes, réparties en 30 tables et une douzaine de formulaires. Mais… il faut attendre le feu vert de la Commission européenne, commanditaire et payeur, pour « communiquer » les résultats. Probablement en mars 2014.
C’est aussi au mois de février ou de mars qu’est reportée la sortie du deuxième rapport de l’Efsa qui vise à évaluer les « lacunes dans nos connaissances » en matière de recherche. Pour l’instant, l’Efsa a collecté 200 études auprès des États membres, qu’elle classe soigneusement par catégories, selon leur sujet, et selon qu’elles s’intéressent aux abeilles domestiques, aux abeilles sauvages ou aux bourdons et selon leur niveau de coordination (national, régional,etc).
Quant aux résultats de l’auto-saisine de l’Anses sur les co-exposition des facteurs de stress pour les abeilles, il faudra aussi les attendre jusque 2014. Ils dresseront un état des lieux sanitaire de la filière apicole en France, étudieront les interactions entre les différents facteurs et la pertinence des méthodes d’évaluation des pesticides, pour formuler des préconisations et recommandations.
 
Mortalité en baisse selon l’Itsap
L’Institut technique de l’abeille et de l’apiculture (Itsap), a tout de même « lâché » des chiffres, toutefois partiels. En 2008, le taux de perte globale des colonies était de 30%, selon les enquêtes régionales de certaines Ada (associations de développement apicole). Un chiffre qui est passé à 25 % en 2010 selon cet observatoire non exhaustif. L’Itsap estime que ce taux de perte diminue en continu depuis cinq ans. En Europe, les taux de perte varient de 50% à une dizaine de pourcents selon les années et les pays, d’après le réseau européen Coloss. Enfin, les pertes de colonies « en saison » (par opposition aux pertes qui ont lieu entre le début de l’hiver et le printemps) sont difficiles à évaluer, mais le projet Resapi de l’Acta (instituts techniques agricoles) est parvenu à l’estimer à 13,5 % sur la base d’un échantillonnage restreint et non représentatif.
 
Co-expositions : une préoccupation récente
« Après quinze ans de recherche sur les pertes et les troubles (problèmes de comportement, sans mortalité) des colonies, ce qui a retenu notre attention, les facteurs de stress sur lequel sont apparus le plus d’information, ce sont l’alimentation, les agents infectieux, et l’exposition aux polluants environnementaux », a signalé Julien Vallon, de l’Itsap. Des connaissances sont désormais acquises sur chacun de ces trois facteurs. Mais l’une des préoccupations montantes dans le milieu scientifique et technique est « la question de l’influence concomitante de ces facteurs de stress », a posé Julien Vallon, de l’Itsap. Autrement dit l’effet des co-expositions. Julien Vallon a évoqué « une dizaine d’études » sur les synergies possibles de ces facteurs qui affectent les abeilles. L’une d’entre elles montre que la clothianidine (insecticide néonicotinoïde) à dose subléthale (donc non mortelle au sens classique) « affecte l’immunité des abeilles et favorise la réplication des virus au sein de son organisme ». Un autre article conclut que « la qualité des pollens influence la sensibilité des abeilles au parasite Nosema ceranae ». Notamment, le abeilles qui ont accès à une certaine diversité de fleurs, donc à des pollens variés, sont moins sensibles à Nosema. Enfin, des travaux de l’Inra d’Avignon ont montré que l’exposition conjointe des abeilles au parasite Nosema et aux néonicotinoïdes a un effet synergique.
 
Faibles doses répétées
Autre sujet montant, l’effet des produits chimiques à faible dose. Luc Belzunce, chercheur à l’Inra d’Avignon, a présenté ses travaux qui montrent que l’effet à de faibles doses de certaines substances chimiques peut être supérieur à l’effet à des doses plus importantes que l’on apporte aux abeilles cobayes. Ses travaux récemment publiés ont notamment conclu que des apports fractionnés et répétés dans le temps de très faibles doses de certains insecticides ont des effets plus importants que des doses plus grandes apportées en une seule fois. « Cela remet en cause les principes classiques de toxicologie, mais aussi les méthodes d’évaluation du risque », a-t-il conclu. Il faudrait, selon lui, pouvoir évaluer le risque au niveau d’exposition environnemental, c’est-à-dire à la hauteur (parfois très faible) à laquelle les abeilles sont exposées via leur environnement. La tâche est colossale, sachant que les molécules qu’il a testées présentent, à faible dose, des profils très différents de toxicité en fonction de la dose.

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