Satisfaire la directive européenne sur l’eau en 2015 ne sera pas une mince affaire pour la France. Une gestion collective avec une concertation des acteurs est à mettre en place. Et les agriculteurs risquent de devoir faire encore plus d’efforts.
La France parviendra-t-elle à disposer en 2015 d’une eau de haute qualité, comme le demande la directive cadre européenne sur l’eau ? Rien n’est moins sûr. C’est ce qu’ont montré les deuxièmes rencontres parlementaires sur l’eau organisées à Paris, le 14 février. « Il faut mobiliser de l’intelligence collective sur les territoires », a souligné Jacques Dedieu, président du Corpen. De nombreux acteurs se partagent la gestion de l’eau. Les uns et les autres ne se connaissent pas toujours, et sur un même bassin, ils peuvent s’opposer ou même avoir des activités contradictoires. « On a affaire à un joyeux millefeuille », a résumé André Flajolet, député du Pas de Calais. Dans ce mélange, le monde agricole a bien du mal à apparaître sous un jour positif.
L’agriculture en accusation
D’où viennent 80 % des nitrates que l’on retrouve dans les eaux du bassin Loire-Bretagne, par exemple ? de l’agriculture. Or qui fournit moins de 2 % de la redevance ? Les agriculteurs. « Cette illustration montre bien que le principe pollueur-payeur ne marche pas », a observé Bernard Rousseau, président d’honneur de France nature environnement. Se servant de la forte hausse de la teneur en nitrates dans la nappe de Beauce entre 1980 et 2005 ou de la réduction des surfaces en herbe entre 1996 et 2006, l’intervenant n’a pas manqué d’éléments pour illustrer son propos. Indéniablement, l’agriculture est tenue pour responsable d’une large part des problèmes de pollution de l’eau.
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Allier production et environnement
Pour Marc Benoît, chercheur à l’Inra, « le changement des pratiques culturales n’est pas suffisant », pas de doute. Mais il faut aussi prendre en compte l’impact du changement climatique : le pilotage de l’azote est plus compliqué car le climat devient aléatoire, et le réchauffement a tendance à augmenter l’activité bactériologique. « Les livraisons continues de nitrates sont donc supérieures pour un sol donné », a indiqué le chercheur. En phytos, les réponses ne sont pas plus évidentes. Pour le spécialiste, « contrairement aux nitrates, les concentrations recherchées sont très très faibles, de l’ordre de 0,1 microgramme par litre ». Pour garantir ce type de normes, seule « une gamme très serrée de pratiques » è siècle » est disponible, plus proche de l’agriculture biologique que de la production intensive. Pas simple. « Trouver les moyens de produire plus avec moins d’intrants, c’est cela le défi du XXI e » , a conclu Bruno Sido, sénateur de la Haute-Marne. C’est en tout cas un dilemne majeur dans le cadre de la préservation de la qualité de l’eau.