«Si tout le monde fait un effort, on doit pouvoir sauver l’élevage. Mais là, on est au bord de la rupture », lâche Alain Gille, président de la fédération régionale des producteurs de lait Nord – Pas-de-Calais – Ardenne, le 12 avril, dans le cortège de manifestants qui parcourent la ville de Beauvais. Sur les 240 tracteurs que dénombrent les organisateurs, les pancartes placardées donnent le ton : « Avant, je vivais de mon travail. Mais ça, c’était avant », « La grande distribution nous trait », ou encore « Hollande, le partage des marges, c’est maintenant ». Les revendications sont en phase avec le ton donné par la fédération nationale. Mais les chiffres de la situation locale font parler : « Dans l’Oise, les exploitations d’élevage ont perdu en moyenne 30 000 euros en 2011-2012 par rapport à une année normale », avance Alain Gille. Et 100 élevages ont mis la clé sous la porte. Le risque, c’est la « végétalisation » : ici, les trois quarts des exploitations sont en polyculture élevage, et pourraient donc à terme abandonner l’atelier animal pour se consacrer uniquement aux productions végétales, plus rémunératrices. Mais pour le quart restant, l’élevage est la seule activité possible. Conséquence, les aînés craignent pour les vocations : cette année, « seules 2 installations se sont faites en élevage, contre 15 à 20 en temps normal », compte Jean-Louis Meyniel, président de l’association des éleveurs de l’Oise. « Je me suis installé au 1er janvier de cette année », raconte David Lelong, 22 ans. S’il est « passionné », il reste lucide : « C’est très dur : on travaille beaucoup et on gagne peu. Il faut toujours être dans les papiers, c’est démotivant. Et si les normes évoluaient et qu’il fallait tout refaire, je ne pourrais pas. ». En effet, c’est aussi pour dénoncer la bureaucratie et la réglementation – nitrates en tête – que les agriculteurs ont sonné le rassemblement, ce 12 avril. Les dernières mesures annoncées par le gouvernement en faveur de l’élevage ne convainquent pas. Lorsque le cortège arrive devant la préfecture pour remettre au représentant de l’Etat le cahier de doléances FNSEA/JA, Luc Smessaert, président de la FRSEA Picardie avertit : si les propositions nationales ne sont pas à la hauteur, le 23 juin, c’est à Paris que convergeront toutes les fédérations.
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