Abonné

Spiritueux/Acquisition Belvédère veut transformer son échec en victoire

- - 7 min

Après un suspense de plusieurs mois, c’est finalement le groupe de distribution CEDC qui a emporté les 61 % du capital de la distillerie d’Etat Polmos Bialystok (vodka Zubrowka). Belvédère, un moment pressenti, prépare son offensive, en Pologne et ailleurs, en misant notamment sur une « cagnotte de guerre » de plus de 68 M EUR, constituée en prévision de cette reprise. Entre autres projets, un lancement d’envergure aux Etats-Unis.

La partie est perdue pour Belvédère. Après des semaines de négociations, riches en rebondissements Cf. Agra alimentation N° 1888 du 16 juin 2005, p. 28, c’est finalement le groupe de distribution américain CEDC qui a emporté la partie. Au final, le distributeur aura déboursé 1,063 milliard de slotys, soit 260 M EUR, pour mettre la main sur 61 % de la distillerie d’Etat polonaise Polmos Bialystok, dans le cadre de sa privatisation. En vertu de l’accord, CEDC s’est engagé à investir dans Polmos Bialystok au moins 77,5 millions de zlotys (19,09 M EUR) sur cinq ans, et à offrir aux personnels de la distillerie des garanties d’emploi de dix ans. « CEDC a offert le meilleur prix, supérieur à celui de Sobieski Dystrybucja», a déclaré le ministre du Trésor polonais Jacek Socha. En effet, rappelons que CEDC était en concurrence pour cette transaction avec la société Sobieski Dystrybucja, filiale polonaise du groupe français de vins et spiritueux Belvédère, qui avait un moment été pressentie comme repreneur des 61 % du fabricant de la fameuse vodka Zubrowka, et dont l’offre se situait autour de 250 M EUR. Le groupe de distribution a finalement été préféré par les syndicats, du fait qu’il entretenait des relations de longue date avec Polmos Bialystok en tant que distributeurs de spiritueux et donc client de la distillerie.

Une valorisation à 430 M EUR

Le groupe français a notamment été confronté à une coalition des syndicats et du management de la distillerie d’Etat qui craignaient – à tort selon Belvédère – de voir s’opérer une restructuration avec des licenciements à la clé. Il est clair qu’en tant que numéro deux du marché de la vodka en Pologne avec plus de 20 % de part de marché (marque Absolwent et Eubrowka), Polmos Bialystok « regardait en chien de faïence » le leader, Belvédère, qui détient près du tiers du marché (marques Sobiesky et Zawisza). « On leur a bourré le mou », s’insurge Jacques Rouvroy, p.-d.g. de Belvédère, qui dénonce une collusion d’intérêt contre son groupe, alimenté par le groupe CEDC. Au final, le prix de cession des 61 % du capital de Polmos Bialystok valorise la distillerie à plus de 430 M EUR, pour un résultat net d’environ 10 M EUR. « Avec un retour sur investissement de plus de 26 ans, nous n’éprouvons pas de regrets », explique Jacques Rouvroy, un peu amer malgré tout. « Ça ne nous perturbe plus, vu le prix qui a finalement été payé, ajoute-t-il. On leur souhaite maintenant bonne chance ! ». Le son de cloche a donc quelque peu changé à la direction du groupe français de spiritueux qui avait un moment employé des termes aussi forts que « pouvoir corrompu », en envisageant de poursuivre la lutte devant les tribunaux.

Lancement de Sobiesky aux Etats-Unis

« C’est un échec qui est en train de se transformer en victoire », assure aujourd’hui Jacques Rouvroy, qui n’évoque plus d’éventuelles poursuites. Dans la perspective de cette acquisition, Belvédère avait en effet renforcé sa structure financière au cours des derniers mois. Ainsi, une émission réussie de 34 M EUR d’obligations, fin 2004, cumulée à une augmentation de capital de 34,4 M EUR, en avril dernier, ont permis au groupe de constituer une « cagnotte de guerre ». Après un remboursement d’emprunt à hauteur de 17 M EUR, il restera donc au groupe plus de 50 M EUR de cash pour préparer son offensive. « Nous allons regarder d’autres dossiers en Europe de l’Est», affirme, sans plus de détails, Jacques Rouvroy. Mais pour se donner les moyens de ses ambitions, le groupe regarde également à l’Ouest, outre-Atlantique, où le groupe mettra tous les moyens pour renforcer les ventes de sa vodka polonaise Sobiesky aux Etats-Unis. « Nous allons porter le prix de vente unitaire à 40 dollars, alors que la vodka la plus chère du marché est actuellement à 30 dollars la bouteille », explique Jacques Rouvroy, optimiste, qui croit au potentiel de ce produit et de l’esthétique de la bouteille.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

distribution
Suivi
Suivre

Belvédère et CEDC au coude à coude en Pologne

En Pologne, Sobiesky Dystrybujca pourra bénéficier d’un désendettement important et ainsi améliorer ses résultats. « On ne monte pas à 33 % de part de marché en Pologne sans accroître son besoin en fonds de roulement», explique en effet Jacques Rouvroy. Et d’ajouter que, vu la valorisation de Polmos Bialystok à plus de 430 M EUR, pour environ 21 % de part de marché, le point de part de marché s’élève autour de 20 M EUR en Pologne. « Avec nos 32 % de part de marché, nous devrions valoir 500 M EUR en Bourse, or nous ne valons pour le moment que 200 M EUR », calcule-t-il. Le potentiel de revalorisation du cours est donc important pour Belvédère, et Jacques Rouvroy a bien l’intention de s’y atteler dans les mois à venir. Sachant qu’en Pologne, tout a été privatisé, « la messe est dite ». « Nous restons le leader avec 33 % de part de marché et nous comptons atteindre 40 % par croissance organique », prédit, confiant, Jacques Rouvroy. Une chose est sûre, il devra maintenant compter avec CEDC qui, en faisant l’acquisition de Polmos Bialystok deux semaines après la reprise de Bols Cf. Agra alimentation N° 1890 du 30 juin 2005, p. 33, du français Rémy Cointreau, se retrouve à présent au coude à coude avec Belvédère en contrôlant également près du tiers du marché.

CL Financial monte en capital dans Belvédère

Seul petit bémol à ces bonnes perspectives, la double levée de capitaux de Belvédère a conduit à réduire la part des familles fondatrices – Rouvroy et Trylinski – dans le capital, qui est passée de 40 % environ à 32,3 %, tandis que celle du groupe CL Financial a atteint 21,3 %. Au début du mois de juillet, ce dernier a d’ailleurs annoncé son intention de monter à hauteur de 32 % dans le capital de Belvédère, par achat de titres sur le marché au cours des prochains mois. Une annonce qui confirme la confiance des investisseurs dans le groupe. « Pour le groupe CL Financial qui nourrit de grandes ambitions dans le secteur des vins et des spiritueux, le groupe Belvédère (…) ouvre à nos marques les portes des marchés de l’Europe de l’Est et nous permet de disposer d’une gamme complète de vodka pour les marchés occidentaux où nous sommes en train de constituer un puissant réseau de distribution », explique CL Financial dans un communiqué.

A présent, la bataille est ouverte en Pologne pour la conquête des parts de marché. Déjà, certains distributeurs s’inquiètent de voir la distribution et la production détenues par une même main, en l’occurrence celle du plus grand distributeur en Pologne : CEDC, dont la part de marché dans certaines régions du pays varie de 30 à 50 %. Le distributeur américain – accusé de démarches malhonnêtes par certains de ses concurrents – serait en mesure, en effet, de dicter ses conditions à tout le marché et notamment de refuser de vendre les produits phares de Polmos Bialystok à certains grossistes. La bataille promet d’être âpre…