La CGB (betteraviers) a demandé le 11 décembre une contractualisation « plus réactive » au marché, qui s’appuierait sur la création d’organisations de producteurs. Il s’agit de donner aux planteurs une visibilité sur le prix avant de semer.
« Nous voulons être les champions du monde de la réactivité au marché », a lancé le président Eric Lainé, lors d'une conférence de presse le 11 décembre, prônant des indicateurs pour bâtir des contrats « plus justes ». Aujourd’hui, certains contrats ne définissent ni prix, ni règle de partage de la valeur entre planteur et fabricant, selon la CGB.
Grâce à un acte délégué demandé par la CGB en 2015 et adopté par Bruxelles en 2016, les représentants des planteurs ont eu le droit, depuis 2017, de négocier avec leur fabricant au sein de commissions de répartition de la valeur. La CGB estime désormais qu'il faut aller plus loin: ces commissions constituent un cadre « totalement inopérant » quand le sucrier veut imposer ses conditions, selon le syndicat. D’où une demande aux pouvoirs publics de pouvoir créer des organisations de producteurs (OP), qui redonneraient à ceux-ci du pouvoir de négociation, selon la CGB. Cette possibilité de créer des OP doit être ouverte par décret.
Le syndicat propose cette contractualisation rénovée au sein de l’interprofession. Elle défend la mise à disposition d’indicateurs de marché pour qu’ensuite un ratio de partage du prix du sucre soit établi dans chaque entreprise. L’idée est de permettre aux planteurs d’avoir de la visibilité sur le prix de la betterave au moment de l’achat des semences. Pour l’heure, « les discussions sont bloquées » au sein de l’interprofession, a indiqué le DG Pierre Rayé.
Des prix au plus bas
Les betteraviers ont connu une mauvaise année 2018, voyant leur récolte subir une baisse brutale à cause de la météo et des maladies, sur fond de déprime des cours du sucre après la fin des quotas européens. La production 2018-19 est estimée à 40 Mt de betteraves, contre 46 M l'année dernière, certes marquée par des rendements exceptionnels, a indiqué la CGB. « Cette année, on estime le rendement moyen à 83 t/ha (à 16°), contre 89 tonnes en moyenne quinquennale et 96 tonnes l'an dernier », a indiqué Eric Lainé. « Nous traversons une crise majeure. Nous n'avons jamais connu de prix aussi bas », a-t-il souligné. Converti en sortie sucrerie, son niveau dans l’UE est chiffré à 307 €/t en octobre sur la zone France, à comparer au prix référence de 404 €/t du temps des quotas.
« En matière de rendements, c'est pas bon, en matière de prix, ce n'est pas bon » non plus, a insisté M. Lainé, évoquant les craintes des planteurs pour la récolte de l'an prochain, notamment du fait de l’interdiction des néonicotinoïdes pour lesquels n’existent « à ce jour, pas d’alternatives ». « Nous continuons de demander une dérogation », a indiqué M. Lainé. La CGB craint de fortes « distorsions de concurrence » avec des voisins européens comme la Pologne ou la Belgique, dont les producteurs ont été autorisés à poursuivre l’utilisation de l’insecticide. « Ce qui nous inquiète, évidemment, c'est que d'autres produits pourraient à leur tour faire l'objet d'une interdiction », a indiqué M. Lainé, pensant notamment aux herbicides.
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Baisse inédite du revenu betteravier
« Alors que le revenu betteravier constituait une sécurité, pour la première fois, la betterave va dégrader le revenu des agriculteurs, avec une perte de 400 à 500 euros par hectare » au niveau de la marge nette, a déploré le président de la CGB. Le syndicat anticipe des prix de la betterave en 2018 « inférieurs » à ceux de 2017. Ils sont chiffrés pour l’an dernier à 24,5€/t (contre 29,1 €/t en 2016), dont 22,8 €/t à 16° hors pulpe (-18 % sur un an). Une moyenne qui cache des disparités selon les planteurs : entre les mieux payés et les moins bien rémunérés, l’écart avoisine 5€/t (environ 450 €/ha), d’après les chiffres communiqués.
« On est en droit d'espérer que le plus bas est derrière nous », a toutefois déclaré Timothé Masson, expert marchés de la CGB. Sur la campagne 2018-19, certains analystes anticipent un surplus de l’offre mondiale en sucre, mais d’autres remettent en cause cette hypothèse, a-t-il indiqué. Pour 2019-20, les experts anticipent un « déficit probable », susceptible de faire remonter les cours. Le bilan européen 2018-19 apparaît lui relativement tendu, avec des stocks de fin de campagne inférieurs à 2 Mt de sucre.
Créer des OP pour redonner du pouvoir de négociation aux planteurs
Le bioéthanol tire son épingle du jeu
S’il est un carburant qui a « le vent en poupe », c’est le bioéthanol, considère-t-on à la CGB. L’E10 a vu ses parts de marché grimper à 42,3 % entre janvier et octobre (contre 38,8 % un an plus tôt). De son côté, l’E85 affiche une croissance en volume de 49 % sur la même période. La CGB espère que le projet de loi de finances soutiendra le développement du bioéthanol dans les essences. Et de réclamer une « augmentation significative » du taux d’incorporation (à 8,1 % en 2019 et 8,6 % en 2020), la prise en compte spécifique de l’éthanol produit à partir de résidus à hauteur de 0,4 % en 2019 et 0,9 % en 2020.