La réglementation européenne sur le bien-être animal s'oriente vers davantage d'obligations de résultats, prévient l'organisatrice de la conférence internationale sur l'évaluation du bien-être animal (Wafl), Isabelle Veissier.
LA réglementation communautaire en matière de bien-être animal se dirige « vers un mix entre des moyens minimums requis et des objectifs de résultats sur animaux », analyse Isabelle Veissier, directrice de recherche à l'Inra et organisatrice de la conférence internationale sur l'évaluation du bien-être animal (Wafl), qui s'est tenue à Clermont-Ferrand du 3 au 4 septembre. Actuellement la réglementation est basée sur des obligations de moyens, comme la surface minimale par poulet, ou les aliments solides pour les veaux de boucherie. « Il y a un mouvement vers les obligations de résultat, estime la chercheuse. On le voit dans les textes communautaires actuellement en discussion ». Que ce soit le plan d'action bien-être animal 2015-2020 de l'Union européenne, ou le code terrestre de l'OIE (Organisation mondiale de la santé animale), les législateurs veulent plus d'indicateurs de résultats, prévient Isabelle Teissier.
Une application qui évalue le bien-être
Mais pour exiger des résultats, il faut pouvoir les mesurer facilement. Cela tombe bien. La recherche sur le bien-être animal, qui dispose aujourd'hui d'une pléthore d'indicateurs, se tourne de l'automatisation des mesures. La conférence a été marquée par la présentation par des chercheurs européens d'une application pour smartphones, i-WatchTurkey. Grâce à cette application, un agriculteur peut établir très rapidement une mesure du bien-être d'une bande de dindes, en filmant leurs mouvements à l'aide de son smartphone. Dans une bande qui compte par exemple beaucoup d'animaux boiteux, la distribution des individus est significativement différente. Assez pour être repérée par la caméra d'un smartphone. « La méthode a l'avantage d'être facilement acceptable et simple à utiliser pour les agriculteurs », explique l'une des chercheuses, Inmaculada Estevez. En production bovine, l'Inra de Clermont travaille sur des balises, aujourd'hui utilisées pour détecter les chaleurs, qui pourraient demain permettre d'évaluer en temps réel le bien-être animal. « Nous étudions la façon dont les boiteries ou les maladies infectieuses influent sur l'activité des animaux, explique Isabelle Veissier. L'objectif est par exemple de pouvoir prédire quelques jours à l'avance l'arrivée d'une maladie infectieuse ».
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LA chercheuse finlandaise, Taija Kaarlenkaski a présenté une histoire originale du concept de bien-être animal, à l'occasion de la conférence internationale sur l'évaluation du bien-être animal (Wafl), qui s'est tenue à Clermont-Ferrand du 3 au 4 septembre. Pour elle, le bienêtre animal a une histoire longue d'au moins un siècle, qui plonge notamment ses racines dans le milieu agricole finlandais. Certes, le concept de bien-être animal, issu du terme anglais wellfare, s'est fortement développé durant les trente dernières années. Mais la chercheuse a découvert plusieurs mentions du terme bien-être, en finnois, dans des guides d'élevage bovin de la fin du XIXe - début du XXe siècle. Elle cite notamment l'auteur finlandais Nylander Hannes, qui écrit en 1907 : « Le bien-être des vaches ne dépend pas seulement de l'alimentation, il dépend aussi du logement, de la lumière, de l'activité physique, du repos ». Elle nuance néanmoins : « La motivation était alors la productivité de l'animal ».
Une mesure dans l'œil des bovins
De nouveaux indicateurs de bien-être émergeant des travaux de recherche ont été présentés le 3 septembre. La température de l'œil chez les vaches laitières, la variabilité du rythme cardiaque (HRV) chez les veaux laitiers ou l'indicateur facial chez les bovins viennent compléter un éventail déjà étoffé d'indicateurs. Au cours de leurs essais sur l'indicateur HRV, des chercheurs de Newcastle ont d'ailleurs fait une découverte amusante. Plus vite un veau est séparé de sa mère après la naissance, moins il serait sujet au stress durant les trois premiers jours passés avec d'autres veaux. Autrement dit, les vaches aussi doivent apprendre « à couper le cordon ».