Avec une progression spectaculaire de ses exportations totales de viandes en 2004, soit plus de 4 millions de tonnes (6 milliards de dollars), le Brésil renforce ses ambitions sur le plan international. Il est important de mieux connaître les enjeux, les perspectives de sa stratégie, mais également de mieux anticiper les risques de cette «vague déferlante». C’était le but d’une étude menée au Brésil, à laquelle participait Anne Bernard. Bernard Baudienville, le chef du service des produits animaux chez Ubifrance, a accepté de répondre à nos questions.
Quels étaient les objectifs de la mission ?
Cette mission de plusieurs semaines, dont 4 sur le terrain, était une étude de concurrence par rapport aux filières viandes du Brésil. Elle nous a permis d’avoir une idée plus précise sur la stratégie de ce pays, qui devient un concurrent de plus en plus offensif envers l’Union européenne et notamment la France. L’ensemble de l’analyse que nous avons établie est destiné à la fois aux entreprises et également aux pouvoirs publics. Cela leur permet d’avoir une vision plus claire des caractéristiques et des perspectives des filières viandes du Brésil.
Comment évoluent la qualité et la traçabilité dans ces filières ? Où en est l’utilisation des hormones ?
Actuellement, les critères de traçabilité dans les industries brésiliennes sont en route. Beaucoup sont déjà opérationnels dans de nombreuses structures, notamment au niveau de l’identification des animaux et du suivi des viandes. La qualité va dépendre généralement des exigences et cahiers des charges des distributeurs. Concernant les hormones, leur utilisation est une pratique systématique sur le continent nord-américain. En Amérique du Sud, elles ne sont généralement utilisées qu’au niveau des bandes d’engraissement. L’Union européenne interdit quant à elle que les produits importés contiennent des hormones. Un organisme certificateur indépendant fait régulièrement des contrôles pour vérifier si les cahiers des charges sont bien respectés.
Pourquoi le Brésil est plus offensif envers l’Union européenne qu’envers les États-Unis ?
Actuellement, il y a un blocage total de la part des États-Unis à l’importation des viandes provenant du Brésil, à cause des problèmes liés à la fièvre aphteuse. Ils imposent également un embargo sur les marchandises provenant d’animaux vaccinés contre cette maladie. L’Union européenne exerce à ce niveau-là un peu moins de protectionnisme. Par ailleurs, les États-Unis sont de gros demandeurs de viandes pour faire des saucisses ou steaks hachés dans les industries de transformation. L’Union européenne n’est pas placée sur le même marché, puisque nous importons essentiellement du Brésil des pièces nobles, telles que du filet ou du faux-filet.
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Quel est le différentiel de prix entre la viande bovine produite au Brésil et celle de l’Union européenne ?
Les différences sont très importantes. Par exemple, sur le marché de gros avant application des droits de douane, le prix du morceau de viande bovine désossée (muscle) du Brésil se situe autour de 4 euros/kilo. Chez nous, un morceau de filet affiche un prix de 18 à 20 euros/kg et un faux-filet entre 6 et 8 euros/kg (ndlr : prix du marché de Hambourg en septembre 2004). Après l’ajout des droits de douane, l’écart de prix peut néanmoins rester important. Ainsi, pour un produit à 4 euros/kg, un droit de 3,50 euros en moyenne s’applique généralement. Comme on peut le constater, cette barrière n’arrête pas tout.
L’Union européenne et la France sont-elles réellement menacées ?
Même s’ils ne sont pas toujours suffisants, les droits de douane existent et permettent de protéger dans une certaine mesure l’Union européenne. Concernant les négociations internationales, les pouvoirs publics français mesurent pleinement les risques que l’on peut rencontrer. Le secteur de la viande bovine n’a pas forcément plus d’inquiétudes à avoir face au Brésil. Sur les volailles, il y a davantage de craintes à avoir. Le Brésil a évacué la France des marchés internationaux et ses volumes à l’export ont considérablement diminué. Aujourd’hui, la France ne peut résister que grâce aux restitutions, mais celles-ci sont appelées à disparaître prochainement, suite à l’accord à l’OMC du 31 juillet 2004.