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Fertilisation Bientôt une production d’engrais minéral à partir de résidus organiques

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Un nouveau type d’industrie d’engrais comparables aux engrais minéraux, mais d’origine renouvelable, pourrait naître à partir des effluents d’élevage et déchets des industries agroalimentaires. Akaeno, société d’ingénierie, est prête à démarrer dès cette année la construction d’usines d’engrais minéraux, mais renouvelables, extraits de résidus de méthanisation, a annoncé le 8 mars sa présidente, Isabelle Motte.

«Les éleveurs des régions à forte concentration d’élevage ont un problème : ils n’ont plus de marge de manœuvre pour épandre davantage de lisier, fumier et fientes sur leurs sols, même sous la forme de résidus de méthanisation », a indiqué le 8 mars Isabelle Motte, présidente d’une société d’ingénierie spécialisée dans la mise au point de procédés de méthanisation, Akaeno. Pour répondre à ce défi de l’élevage, Akaeno est prête à extraire l’azote, le phosphore et la potasse des déchets et les transformer en engrais pour les expédier vers les régions de cultures. La société compte démarrer dès le second semestre 2011 la construction d’usines de production d’engrais.

Quatre projets prêts
On peut couper l’Hexagone du Nord-Ouest au Sud-Est. Les régions à forte concentration d’élevage et d’industries agroalimentaires génératrices de déchets organiques sont à gauche de cette ligne : Normandie, Bretagne, Pays de la Loire, Aquitaine. C’est dans ces régions que plusieurs projets d’unités de production d’engrais, adossées à des unités de méthanisation, sont prêts.
Quatre projets d’usines de fabrication sont prêts sur le plan industriel (approvisionnements en déchets, achats d’engrais par les régions de culture) et financier sont sur le point d’être déposés sur le plan administratif, avec une réponse attendue avant l’été. Pour ces quatre projets, situés en Bretagne et Pays de la Loire, les travaux de construction commenceraient à l’automne de cette année, pour un fonctionnement démarrant un an plus tard. Une dizaine d’autres projets sont dans la liste d’attente, pour être déposés à l’automne, a précisé Isabelle Motte. En 2012, la cadence de projets atteindrait un dépôt tous les mois, a assuré la présidente d’Akaeno.
Le cahier des charges de ces usines impose une taille optimale : une taille suffisante pour que l’opération soit viable économiquement, mais pas trop grande, afin de garder des fournisseurs de proximité et d’éviter un passage trop fréquent de camions ainsi que d’autres nuisances. La capacité de chaque unité devra donc correspondre à une puissance électrique située entre un et deux mégawatts sortant de la co-génération.
Les interlocuteurs agricoles d’Akaeno sont des groupements d’éleveurs et des coopératives, ainsi que des coopératives de collecte d’appro dans les régions de cultures.

Le procédé
Le procédé se répartit en deux phases : d’une part, une phase de méthanisation classique des déchets organiques d’élevages (fientes, lisiers, fumiers) et d’industries agroalimentaires (abattoirs, conserveries de légumes, ou poissons, laiteries, casseries d’œufs, etc.), qui réduit les volumes des déchets et n’en laisse qu’un résidus, appelé digestat, riche en éléments fertilisants. D’autre part, une phase d’extraction de ces éléments, azote, phosphore et potasse, pour les transformer en engrais destinés aux régions déficitaires, c’est-à-dire les régions céréalières, de maraîchage, d’arboriculture. Les agronomes et ingénieurs chimistes d’Akaeno ont conçu une technologie d’extraction, baptisée Enoferti, qui a fait l’objet d’un dépôt de brevet à l’Institut national de la propriété industrielle.
Cette technologie, qui combine plusieurs procédés spécifiques, « permet de fabriquer à partir des résidus ultimes ou digestats de méthanisation sur une échelle industrielle des engrais minéraux tels que le phosphate diammonique, des engrais minéraux binaires PK et des engrais minéraux azotés », explique Caroline de Montlebert, ingénieure agronome chez Akaeno. Ces engrais « répondent aux besoins spécifiques des sols agricoles ». Ils sont normés « et s’avèrent en tous points identiques aux engrais chimiques », à la différence près qu’ils sont renouvelables.

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