Le programme BioHub, visant à l'industrialisation de bioproduits, vient de se terminer, avec deux réalisations d’usines, ont indiqué récemment l’amidonnier Roquette et BPIFrance, la Banque publique d'investissement. Christophe Rupp Dahlem, vice-président de R&D chimie du végétal Roquette, détaille trois raisons d’être confiant pour la poursuite de l’industrialisation : le végétal génère des molécules d’intérêt, il réduit l’empreinte environnementale. Le nouveau "Programme d'Investissement d'Avenir" (PIA 3) cite nommément la transformation agricole dans ses ambitions.
Le programme BioHub a été porté par une conjoncture de prix du pétrole élevé. La retombée des cours du baril va-t-elle compromettre la réédition du programme ou l’éclosion de programmes équivalents ?
L’impact des cours de la matière première qu’est le pétrole, dans un sens comme dans l’autre, n’est pas vraiment déterminant, parce que nous avons développé des bioproduits à valeur ajoutée. La part de la matière première est donc faible dans la composition du prix du produit fini. Les bioproduits trouvent leur marché non pas seulement parce qu’ils sont biosourcés, mais parce qu’ils apportent des propriétés intéressantes. L’isosorbide permet la fabrication de matériaux d’une grande pureté, présentant des qualités de transparence.
D’autres programmes d’industrialisation que BioHub sont en cours : un projet d’usine d’isobutène dans la Marne par Global Bioénergies en partenariat avec Cristal Union ; le développement du polyhydroxalkanoate (PHA), un biopolymère pour la production de bioplastique, par la firme Avantium aux Pays-Bas, en partenariat avec Tereos.
À l’avenir, quel pourra être le moteur de l’innovation ?
Au-delà de l’économie de pétrole, l’atout des biotechnologies, c’est leur capacité à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elles sont moins énergivores dans les procédés industriels : 30% de moins que les procédés à base fossile. Les solutions biosourcées, comme les matériaux d’isolation, les peintures et les solvants d’origine végétale ont l’avantage de réduire l’empreinte environnementale. Par ailleurs, les lessives aux enzymes permettent de laver le linge à 30 degrés, ce qui réduit les dépenses énergétiques des utilisateurs. Les enzymes sont produits à partir de micro-organismes, sur des substrats organiques, comme le glucose.
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Le troisième « programme d’investissements d’avenir » (PIA 3), annoncé le 17 septembre à l’Université Paris-Saclay par le président de la République, laisse-t-il espérer des soutiens comparables à ceux dont a bénéficié le programme BioHub ?
Oui, parce que le PIA 3 est très fléché agroalimentaire explicitement. Le PIA 2, qui n’avait pas l’ambition particulière d’encourager la chimie du végétal, a finalement conduit à des projets de R&D dans ce domaine, au titre des biotechnologies et du défi énergétique à relever. A fortiori, le nouveau programme d’investissements d’avenir, qui nomme l’agroalimentaire, laisse augurer davantage de programmes d’innovation dans la bioéconomie.
Les réalisations du programme BioHub
Le programme BioHub, démarré en 2006, avec l’amidonnier Roquette comme chef de file, vient de prendre fin. À son bilan, la construction d’une usine d’isosorbide, un plastique transparent, solide comme du verre, mais incassable. Ce produit, issu de l’amidon après plusieurs étapes successives de transformation, sert par exemple à la fabrication de hublots de machines à laver ou de biberons sans bisphénol-A. L’usine, implantée à Lestrem (Nord), sur le site de Roquette, fabrique 20 000 tonnes d’isosorbide par an. L’autre unité fabrique de l’acide succinique biosourcé, une molécule qui sert à fabriquer des polymères (par exemple pour les semelles de chaussures de sport), des résines, et produits alimentaires et pharmaceutiques. Elle est installée à Cassano en Italie, et utilise l’amidon fabriqué par Roquette. Elle produit 10 000 tonnes l’acide succinique par an. Dans ce programme BioHub, Roquette s’est entouré de plusieurs partenaires privés et publics : Arkema (France), DSM (Pays-Bas), BASF (Allemagne), Solvay (France), Tergal Fibres (France), Metabolic Explorer (France), INSA Lyon et Rouen, l’Institut des molécules et de la matière condensée de Lille, le Rice University (États-Unis).