Le millésime 2015 aura été celui des grands contrastes entre productions, conduisant les statisticiens à évaluer les revenus agricoles en hausse, ce qui a déclenché les foudres des syndicats agricoles (1). Cette hausse, très relative, a surtout été permise par la réduction des charges de production (aliments du bétail, énergie notamment) et par une hausse des subventions d’exploitation.
Blé : de belles récoltes dans un marché lourd
La France a connu une belle récolte de blé tendre : 41 millions de tonnes soit un nouveau record, en hausse de 9 % par rapport à l’année précédente et de 14 % par rapport à la moyenne 2010-2014. Tandis que les surfaces ont augmenté, la météo fut bonne, entraînant des rendements élevés, en particulier en Nord-Pas-de-Calais et Picardie. La qualité fut plutôt bonne hormis le taux de protéine qui ne progresse plus. Las, la production mondiale a été dans la même situation, avec un volume important, de 726 millions de tonnes. Du coup, les prix stagnent, notamment en France. La valeur de la production (+9 % selon les statisticiens) n’a augmenté que grâce au volume. Sur le plan international, l’ampleur attendue du phénomène E Nino pourrait faire craindre des pertes de production en Asie et Amérique du Sud, soutenant du coup la capacité d’exporter de l’Europe.
La récolte de blé dur a également augmenté, de 22 % par rapport à l’année précédente. Mais elle reste inférieure à la moyenne 2010-2014. Grâce à une demande assez élevée, les prix du blé dur se maintiennent à un niveau correct.
Quant à la production d’orge, elle est en hausse de 6 % mais les prix stagnent.
Maïs : les grands écarts
La récolte de maïs a fortement baissé (-28 %) en 2015. Le manque de pluie et les chaleurs de l’été ont pénalisé les rendements. La baisse est surtout forte pour le maïs non irrigué. Elle n’est que de 4 % pour le maïs irrigué. Une situation qui a conduit à de grandes disparités entre régions et même entre exploitations. Les surfaces semées avaient elles-mêmes fortement diminué. Du coup, les stocks ont eu tendance à baisser ce qui a soutenu les prix. Mais la hausse de ceux-ci ne parvient pas à compenser la baisse des volumes produits. Au total, la valeur de la production a baissé de 16 % selon les statisticiens, mais avec de forts écarts.
Oléagineux : la récolte est en baisse
Les rendements et surfaces d’oléagineux sont en baisse en 2015, ce qui conduit à une réduction de la production de 4,5 % pour le colza mais surtout de 21 % pour le tournesol. Les déficits pluviométriques ont eu un impact important. Cependant, les prix ont été soutenus, permettant à la valeur de la production de s’accroître de près de 5 %.
Quant aux protéagineux, le volume de production augmente légèrement (1,8 %) grâce à une augmentation des surfaces et malgré une baisse de rendements. Ces rendements baissent pour les fèveroles mais augmentent légèrement pour les pois protéagineux. Las, le prix diminue pour la troisième année consécutive, de même que les subventions à la production.
Betteraves : bonne richesse en sucre mais pas en prix
Les prix des betteraves sucrières ne remontent pas encore de manière significative cette année (3 %). Alors même que le volume produit est en baisse de 13 %. Les surfaces plantées ont été réduites tandis que le rendement en sucre reste bon. L’ensemble du marché, tant au niveau mondial qu’en France, est resté scotché autour de prix faibles.
Fruits : moins de fruits avec de meilleurs prix
Le marché a pleinement joué son rôle dans les secteurs de fruits et légumes. Pour les fruits, les volumes produits ont diminué tandis que les prix augmentaient. En dehors du melon et de la fraise, la récolte des principaux fruits d’été est en baisse. Sécheresse, intempéries en juin, l’abricot et la pêche ont vu leur production reculer. La récolte de cerises a été en baisse aussi. En revanche, la récolte de fraises augmente, en raison des surfaces surtout car les rendements ont baissé. La récolte de melons, plus précoce, a plutôt profité du climat mais les marchés se sont engorgés, conduisant à des prix en baisse. La production de fruits d’automne, pommes et poires, a plutôt augmenté. En moyenne, grâce à la hausse des prix, la valeur de la production de prix a progressé de 6,8 %.
Légumes : des récoltes en baisse
Dans l’ensemble, comme pour les fruits, la production de légumes a baissé mais les prix se sont bien tenus. C’est le cas pour le chou-fleur et la laitue et dans une moindre mesure les courgettes, grâce à de bons rendements. Les volumes produits de tomates sont également stables et leurs prix progressent. Une bonne demande de saison a permis de les soutenir. Pour l’ensemble des légumes, alors que le volume produit est en réduction de 3,5 % la hausse des prix (7 %) a permis une sensible progression de la valeur (3,3 %).
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Pommes de terre : le creux de la vague
Le secteur des pommes de terre est habitué à des très hauts et des très bas. En 2015, la récolte se replie de 17 %. En cause, la sécheresse, principalement qui a pénalisé les rendements. Mais les prix augmentent de près de 100 % ce qui permet à la production d’atteindre une hausse de 66 % de sa valeur. De plus, la valeur de la production émanant des principaux pays concurrents serait en baisse d’un montant presqu’équivalent à celui de la France.
Vins : grand écart entre appellations et vins courants
Dans le domaine viticole, en 2015, il était préférable de produire du vin standard que des vins d’appellation. Du moins en ce qui concerne les tendances. Si le volume global de vin produit est en légère baisse, c’est le cas des vins d’appellation (-2,7 %) alors que les vins de table et de pays voient leurs volumes augmenter (2 %). En particulier, la production de vin destiné au champagne est en régression de 7 %, une évolution qui n’est pas compensée par la hausse des prix (1,1 %). Les récoltes permettant de produire les autres vins d’appellation se réduisent mais dans une moindre mesure que le champagne. En ce qui concerne les exportations, pour la deuxième année, elles se replient en volume mais progressent en valeur, jusqu’à atteindre le record de 8 milliards d’euros sur la campagne 2014/2015.
Gros bovins : une production en hausse due aux vaches laitières
Le nombre d’abattages de bovins a repris en 2015 après deux années de baisse. Principale cause, les abattages de vaches laitières de réformes, élevés en raison de la baisse du prix du lait. Les abattages de vaches allaitantes ont aussi un peu augmenté. En revanche, le nombre de jeunes bovins mâles abattus a légèrement baissé. Quant aux exportations de bovins finis, elles ont repris après plusieurs années de niveaux bas. Cette situation a engendré une baisse des cours des bovins à compter du mois d’août, situation plus difficile, aggravée encore par l’apparition de foyers de FCO mi-septembre. Les exportations d’animaux vivants ont été perturbées à compter de cette période alors que sur les neuf premiers mois elles avaient progressé de 14 %. Selon les statisticiens, sur les six premiers mois de l’année, la baisse des prix des viandes bovines a été supérieure à la baisse des prix de l’alimentation animale. Néanmoins, sur l’année, la valeur de la production aurait augmenté de 2 %.
Porcs : l’année noire
L’année 2015 aura été une année noire pour les producteurs de porcs. La poursuite de l’embargo russe imposé officiellement pour des raisons sanitaires (peste porcine africaine en Pologne et dans les pays baltes) continue de plomber le marcher européen. Alors même que la production augmente, de 1 % en France. Du coup, les prix baissent en moyenne de 7 % avec des écarts plus grands encore selon les mois. En été, en France, grosse saison de consommation en principe, celle-ci baisse de près de 9 %. La tentative de maintenir le prix du cadran à 1,4 euro le kilo échoue et ne fait que déstabiliser les abattoirs. Le marché du porc breton (MPB) est en panne. Au total, sur l’année, les statisticiens évaluent à 6 % la perte de valeur de la production française.
Ovins et caprins : la consommation en baisse
La baisse de la consommation de viande ovine s’est plutôt répercutée sur les importations que sur la production nationale, d’après le ministère de l’Agriculture. Cette production aurait légèrement progressé en têtes et de façon plus importante en poids. Une équation qui a permis aux cours de se maintenir, tout juste, la seule hausse de la demande, dopée par la fête de l’Aïd ayant eu lieu en septembre. Concernant le commerce extérieur, la hausse des importations provenant du Royaume Uni ou de Nouvelle Zélande n’a pas compensé la baisse des achats venant d’Irlande, d’Allemagne ou d’Espagne. Au total, l’Insee estime que la valeur de la production de viande ovine a stagné en 2015.
Volailles : le redressement mitigé
Le marché des volailles aurait pu constituer une bonne nouvelle sur 2015. La consommation a été plutôt soutenue et les exportations sont reparties, notamment grâce à un euro resté peu élevé et des marchés mondiaux dynamiques. Malheureusement, le prix de marché poursuit son reflux entamé depuis 2014, selon le ministère de l’Agriculture. Il aurait baissé en moyenne de 3 % avec une hausse de la production de 2 %. L’apparition de foyers de grippe aviaire en novembre ne préjuge rien de bon pour les mois à venir. La production de dinde continue de se replier après un arrêt en 2014 où elle avait profité du retrait des abattages de poulets. Quant aux œufs, la production continue d’augmenter ainsi que le prix, conduisant à une hausse de la valeur produite de 5 % selon les statisticiens.
Lait de vache : le difficile tournant de la fin des quotas
L’année correcte de 2014 semble bien oubliée. La production française de lait est restée stable, à un niveau élevé, dans un univers européen qui a su davantage profiter de la sortie des quotas, à partir d’avril. La production européenne a été abondante de même que la production mondiale. La demande adressée à la France s’est donc ralentie et les prix s’en sont ressentis. Les indicateurs affichent une baisse d’au moins 10 % ce qui est considérable pour une production stable. Face à cela, la filière ne parvient toujours pas à s’organiser, tant pour réguler la production que pour mettre en place des contrats ayant une certaine efficacité et protégeant l’éleveur.
(1) Lire Agra Presse du 3525-3526 rubrique Evénement