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Prospective Bio : la Coface pointe les risques d’un financement par le marché

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L’assureur crédit Coface estime que l’évolution du marché des produits alimentaires biologiques présente un risque de vulnérabilité si le secteur ne parvient pas à remplacer les subsides publics par une rémunération par les clients. Sauf à changer d’échelle et à accroître ses rendements.

Attention : risque de séisme dans le secteur de la production et de la distribution de produits biologiques. Selon une étude de la Coface dévoilée le 12 décembre, « la filière bio en France pourrait être contrainte de renier ses fondements originels pour changer d’échelle ». De fortes mutations pourraient modifier profondément le paysage économique de ce secteur de taille encore modeste, mais à la croissance spectaculaire comparée au marché des produits alimentaires conventionnels. Le secteur bénéficie d’une consommation en forte hausse qui devrait atteindre les 8 milliards d’euros de ventes en France en 2017 (+14 % par rapport à 2016), si la dynamique enclenchée au cours du premier semestre se poursuit jusqu’à la fin de l’année.

Toutefois, cette forte hausse pose la question de l’autosuffisance de la France en produits biologiques. Ainsi en 2016, et pour la première fois depuis 2009, la production française n’est pas parvenue à répondre aux attentes du marché hexagonal, ce qui s’est traduit par une hausse des importations qui atteignent désormais 29 % des ventes de produits biologiques, contre 25 % en 2015. « Les importations de produits en théorie disponibles en France – donc hors produits exotiques – ont représenté 57 % du total des flux entrants, soit 19 % de la consommation totale », note l’étude rédigée par l’économiste Bruno de Moura Fernandes.

Consolidations en vue dans la distribution ?

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Si les producteurs français veulent parvenir à fournir le marché national, ils devront étendre les exploitations et innover, notamment par la robotisation, pour accroître leurs rendements. La croissance de la consommation pourrait aussi apporter des changements profonds dans la distribution. « Il est […] difficile d’écarter la possibilité d’une forte percée des principaux groupes français de la grande distribution à moyen terme », notent les auteurs, ce qui déboucherait sur une concentration qui prendrait deux formes différentes : une augmentation significative de la part de marché des GMS grâce à leurs stratégies expansionnistes et un rapprochement des réseaux historiques spécialisés. On assisterait alors à un scénario proche de celui en vigueur dans la grande distribution traditionnelle, marqué par un déséquilibre entre des producteurs de petite taille et un nombre restreint de centrales d’achat.

La question de la rémunération par le marché, et donc de la rentabilité des entreprises, a déjà commencé à se poser pour la filière qui va devoir compenser la réduction des aides publiques. « La rémunération par le marché nécessite que la filière soit mature et solide sous peine de devenir particulièrement vulnérable aux fluctuations du marché. » Si les prix payés par le consommateur venaient à augmenter, il n’est pas sûr qu’ils soient toujours aussi fidèles aux produits biologiques. Selon une étude de l’Ifop d’octobre 2017, seuls 33 % des Français sont prêts à payer 10 % plus cher des produits alimentaires garantissant une meilleure rémunération aux agriculteurs. « Un scénario de hausse conjuguée des prix des produits locaux et des importations de produits bio à moindre coût est probable », prévient la Coface. Le secteur biologique perdrait alors sa spécificité et verrait l’émergence de produits différenciés. La filière « s’éloignerait des principes originels de circuits courts, de production locale et de faible empreinte carbone », conclut la Coface.