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Chiffres Bio : les grandes cultures à la traîne

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Les grandes cultures biologiques ne cessent de progresser en volume, depuis 2007. Elles restent pourtant très minoritaires en France, alors que la demande augmente. Les acteurs de la bio se sont réunis pour faire le tour de cette question, à Reims, le 19 juin.

Une hausse de 10 % entre 2010 et 2011, une croissance équivalente attendue entre 2011 et 2012. La production de grandes cultures biologiques progresse en continu depuis 2007 et atteint 192 000 ha en 2011. C’est pourtant l’une des filières les plus en retard dans le paysage du bio, puisqu’elle ne représente que 1,6% des surfaces françaises dédiées aux grandes cultures, alors que la bio toutes filières confondues représente 3,5 % des surfaces arables de l’Hexagone, déjà loin des 6% visés pour 2012 par le Grenelle de l’environnement.
La France ne répond donc pas à sa propre demande en produits issus des grandes cultures, alors qu’ils sont à la fois à la base de l’alimentation humaine, et un facteur essentiel des filières d’élevages biologiques. Le déficit représente quelque 10 000 hectares supplémentaires qui mériteraient être cultivés en bio, selon les chiffres de la Commission Bio Intercéréales, pour équilibrer offre et demande : 7 000 ha de blé, au moins 16 000 ha de soja, ou encore 2 000 ha de féverole. Réunis lors d’une journée dédiée aux grandes cultures biologiques, le 19 juin à Reims, les acteurs impliqués dans ces filières ont analysé les raisons de ce retard relatif et les leviers disponibles pour amplifier le mouvement.

Besoin de rotation et de débouchés
Tout d’abord, le passage à l’agriculture biologique est techniquement délicat. Le désherbage et la fertilisation demandent un pilotage très subtil, expliquaient Christophe Gonet, producteur dans l’Aube, et Vincent Gauvain, producteur dans la Marne. L’allongement des rotations en est l’une des composantes. Les agriculteurs qui témoignaient à Reims avaient opté pour des rotations pouvant dépasser une dizaine d’années, et associant 6 à 9 cultures sur cette période. Le passage à la bio et à ses techniques souffre d’un manque de recherche, ont répété les intervenants, insistant sur le besoin de variétés éprouvées ou sur l’innovation dans le matériel agricole.

Les coopératives entre concurrence et collaboration
Cultiver davantage de plantes requiert aussi de trouver ou de construire des débouchés et des filières. Mais l’équilibre est délicat, puisqu’à l’échelle territoriale, les approvisionnements doivent être suffisants et suffisamment structurés pour rendre possible l’organisation des filières. Samuel Catherinet, directeur de Biovéal, qui rassemble les coopératives EMC2 et Vivescia, illustre ce dilemme de l’œuf et de la poule : « Le faible développement du bio en Champagne Ardenne jusqu’en 2009 était peut-être également lié au fait qu’il n’y avait pas d’acteur fort et important, localement, pour être moteur de ce mode de production sur le territoire, pour les filières biologiques. J’espère que notre arrivée sur ce segment va inciter aux conversions », assurait-il.
Hérité du développement de ces dernières années, l’approvisionnement en bio semble en effet se répartir aujourd’hui entre, d’un côté, des coopératives historiquement créées par et pour des producteurs bio, telles que la Cocebi ou Cercabio, et de l’autre, des coopératives habituées à l’agriculture « conventionnelle » et parfois de taille importante, qui s’ouvrent au bio. Les premières ont pour elles la conviction et un portage politique fort de ce mode de production, les secondes, des moyens et organisations plus conséquents ainsi qu’un effet de levier possible pour la bio. Entre ces deux « types » de coopératives, la concurrence pour les adhérents est bien réelle, reconnaissaient leurs représentants, qui savent pourtant travailler ensemble quand il le faut. « Nous avons mis en place il y a trois ans, un partenariat avec des coopératives conventionnelles plutôt que de se concurrencer», racontait Claude Choux, président de la coopérative bio de Lorraine Probiolor. « Nous avons monté un projet commun de création d’une usine de fabrication d’aliments pour animaux sur le quart nord-est de la France. » L’unité devrait ouvrir en octobre 2012.
Développer les grandes cultures biologiques demande aussi de trouver une cohérence entre productions de céréales et de protéagineux pour l’alimentation du bétail. Un enjeu qui, comme nombre d’autres problématiques soulevées le 19 juin à Reims semblent bien comprises du nouveau ministre de l’Agriculture.

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