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CGAAER Bio-ressources : des voies prometteuses à prendre avec précaution

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Les nouveaux usages de la biomasse font le pari de concilier économie et écologie. Ils sont donc de plain-pied dans la bio-économie. Mais attention à poser quelques garde-fou pour leur assurer un avenir équilibré. Le CGAAER a voulu se pencher sur la question, lors d’un colloque.

«Mardi (18 décembre), on fixera un grand plan sur l’agro-écologie. J’entends bien que vous soyez, vous aussi, que nous soyons, ensemble, les acteurs de ce plan, avec une ambition collective », a affirmé Stéphane Le Foll, le 12 décembre. Il s’exprimait devant des professionnels des biomatériaux et de la bioénergie, à Paris, lors d’un colloque organisé par le CGAAER, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux sur le thème : « L’économie verte au service de la croissance ». Biochimie, bio-matériaux… « il y a un potentiel d’activité considérable », a reconnu le ministre de l’Agriculture, qui intègre donc ces secteurs de l’aval de la production agricole à son ambition « Produisons autrement » pour l’agriculture, et plus généralement dans la perspective de la loi d’avenir pour l’agriculture et la forêt.

La biomasse représente 5% du marché

Elles produisent des matériaux dérivant des plantes et des arbres, des molécules pour la chimie, des matériaux à vocation énergétique (granulés bois, biogaz, ..), ou des biocarburants : au cours de cette journée de rencontre, les filières de transformation de la biomasse ont rappelé leurs atouts pour répondre aux défis contemporains. Elles permettent de limiter le recours aux énergies fossiles ou aux matériaux non-renouvelables, tout en assurant une plus grande indépendance énergétique. Le bois, notamment, permet de stocker du carbone, tandis que les forêts rendent des services dits écosystémiques, tels que l’épuration de l’eau. Nées pour certaines dans les années 70, à la suite du choc pétrolier, ces filières ont aujourd’hui pris leur essor. Ainsi, la biomasse représente « environ 5% des approvisionnements des industries des matériaux, de la chimie et de l’énergie », selon le CGAAER.
À l’heure du réchauffement climatique, d’une nécessaire prise en compte plus importante de l’écologie dans les activités humaines, et alors que la pression sur les ressources augmente, les matériaux bio-sourcés veulent donc apparaître comme une voie à encourager. Voire à soutenir. En effet, elles manquent encore d’un modèle économique tout à fait viable. « Il faut taxer les énergies fossiles de manière extrêmement forte, par exemple à hauteur de 100$ le baril », avance Marc Roquette, administrateur du groupe Roquette Frères. Pour Sofiprotéol, il faut innover et accélérer les investissements.

Capter la valeur ajoutée

Mais attention, il faut aussi s’assurer que l’on capte la valeur ajoutée liée à ces filières, a rappelé Patrice Geoffron, directeur du centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières de l’université Paris-Dauphine. Une question pregnante, car le paysage est très concurrentiel à l’échelle mondiale comme à l’échelle européenne. « Nous comptons être des maillons indispensables de la bio-économie, a d’ailleurs signalé Jean-Marie Gabillaud, président de la section développement durable de Coop de France. Il est important que le territoire reste lié à ce développement, si on veut y garder la valeur ajoutée. »
Pour cela, des outils sont encore à inventer. Pour Patrice Geoffron, « l’ensemble des filières ne pourront être bien valorisées que si on prend en compte dans l’équation plusieurs facteurs ». Dont la valorisation des réduction d’émissions de gaz à effet de serre, dans le cadre du marché européen du carbone. Ce qui va notamment demander de rouvrir le débat sur la taxe carbone. Dans le cas du bois, « on assiste à une restructuration totale de l’économie des sous-produits du bois », signale Sylvie Alexandre, coordinatrice du rapport sur les usages non alimentaires de la biomasse au CGEDD (Conseil général de l’environnement et du développement durable)(voir encadré). « Le secteur, aujourd’hui, qui demande du bois (le bois énergie) est celui qui propose la plus faible valorisation. » Or, pour relever les défis actuels de la gestion forestière, « il faut faire de la valeur ajoutée », qui est aujourd’hui concentrée sur le bois d’œuvre. Et de conclure : « Il faut trouver un autre système de financement de la forêt et du bois. »

Un observatoire national

Sur le plan environnemental, plusieurs points de vigilance persistent, vis-à-vis de ces filières de produits bio-sourcés. En particulier sur la hiérarchisation des priorités. Le Grenelle a posé en priorité l’alimentation, avant l’utilisation de la biomasse pour les filières matériau et chimie du végétal, en gardant en dernier l’usage énergétique. Mais sur le terrain, il arrive bel et bien que les usages se concurrencent. C’est pourquoi FranceAgriMer est en train de réfléchir à la création d’un observatoire national de la mobilisation des ressources. L’objectif sera « d’éviter les conflits d’usages, de gérer la ressource à l’échelle régionale, de vérifier que la biomasse sur laquelle on table est disponible », a expliqué Fabien Bova, directeur général de l’établissement public.

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