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Loïc Guines, président de l’Agence bio Bio : « Trouver des moyens supplémentaires est indispensable »

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Lors de la présentation de ses chiffres annuels, l’Agence bio a de nouveau demandé une plus juste répartition des contributions volontaires obligatoires (CVe, anciennes CVO) interprofessionnelles. Des déclarations qui ont « agacé » les interprofessions, avec lesquelles le groupement d’intérêt public espère maintenir le dialogue, explique son président Loïc Guines, par ailleurs élu de Chambres d’agriculture France (ex-APCA). Car leur implication, comme celle du ministère, sera essentielle pour relancer la consommation de bio, plaide-t-il.

Vous avez jugé lors de la présentation des chiffres annuels que la répartition des contributions volontaires étendues n’était pas « entendable » face à la contribution des producteurs bio. Quelle a été la réaction des interprofessions ?

Les mots ont agacé, parce qu’ils ont sans doute été trop forts. Il faut reconnaître que les choses avancent dans les interprofessions sur le bio, sur la communication comme sur la connaissance des filières, et il ne faudrait pas casser cette dynamique. Mais nous sommes dans un moment de contraction pour la consommation bio, comme pour le reste du marché alimentaire d’ailleurs. Il faut donc des moyens pour communiquer.

Lors des vingt ans de l’agence, Julien Denormandie nous a accordé un budget de communication de 200 000 euros, complétés ensuite par 200 000 euros, pour créer un effet de levier auprès des interprofessions. Nous avons commencé à construire une dynamique au printemps dernier, et huit interprofessions ont bien voulu s’engager avec nous pour composer l’équipe de France du Bio. Une mobilisation qui a abouti à la campagne grand public lancée au printemps. Le Cniel et Interfel, deux interprofessions chez qui le bio est particulièrement développé, ont même alloué des budgets de l’ordre de 200 000 euros supplémentaires, afin de les dédier à leur communication de la bio.

Le Cniel, justement, collecterait chaque année près de 40 millions d’euros de CVO, dont 2 millions venant des producteurs bio selon la Fnab. N’est-ce pas injuste pour ces producteurs que le budget de sa commission bio atteigne seulement 400 000 euros ?

La Fnab est un syndicat, mais nous sommes un groupement d’intérêt public. Et nous savons qu’aucune discussion brutale n’aboutira à quoi que ce soit. Ce que je demande, c’est que nous puissions nous remettre tous autour de la table pour agir ensemble et pérenniser un budget plus conséquent. Pour une campagne de communication régulière digne de ce nom, nous aurions besoin de 3 à 4 millions d’euros chaque année.

Il faut maintenant regarder comment avancer dans cette direction entre le ministère, les appels à projets européens, les interprofessions, en incluant aussi l’ensemble de la distribution. Car il n’y a pas que les CVO, de nombreux autres fonds et cotisations existent. La question est donc de construire un pot commun avec l’ensemble des acteurs. C’est au gouvernement, et au ministre qu’il reviendra en dernier lieu d’arbitrer des moyens dimensionnés aux besoins du secteur bio.

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Les deux filières qui ont participé à votre campagne Bioréflexe sont deux filières dans lesquelles le bio est bien développé. N’est-ce pas paradoxal ? L’effort de communication ne devrait-il pas venir des filières dans lesquelles le bio pèse peu, afin de développer les surfaces ?

Certaines interprofessions, comme les fruits et légumes ou le lait, se sentent peut-être plus préoccupées que d’autres, parce que leurs marchés sont plus tendus aujourd’hui. Sur les céréales nous avons bien atteint l’autosuffisance en bio, le problème de déficit reste celui des légumineuses. Mais chacun doit réfléchir et évoluer à sa vitesse. Certains agriculteurs sont bio depuis vingt ans, d’autres depuis hier. Il faut emmener tout le monde, même si ça peut prendre quelques années. Tout dépendra aussi de la volonté du ministre de développer la bio pour atteindre les objectifs nationaux.

L’agence pourrait-elle devenir une vraie interprofession, comme certains l’avaient envisagé à sa création ?

Ce n’est pas aujourd’hui l’objet des discussions. Il faut faire attention : pour l’heure, avançons de manière méthodique, avec les outils et structures qui existent. L’histoire fera son œuvre, l’agriculture est vouée à évoluer, et au fil du temps on organisera les choses. Le cadre n’évoluera d’ailleurs que si l’État juge un jour que l’agence doit se configurer autrement. C’est bien lui, et le législateur, qui ont la main.

L’enjeu principal reste d’encourager la consommation de bio. Nous avons déjà demandé un rendez-vous auprès de Marc Fesneau et nous l’interrogerons sur la pérennisation et l’augmentation de nos moyens. Si l’objectif est d’atteindre 18 % de surface en bio en garantissant des débouchés aux producteurs, trouver des budgets supplémentaires pour la communication est indispensable.

« Aucune discussion brutale n’aboutira à quoi que ce soit »

Ce que l’on sait de la répartition des CVO vers le bio

« On ne peut pas entendre qu’une partie aussi faible des CVO soit dédiée à la communication de la bio », a déclaré Loic Guignes, président de l’agence bio et référent bio des chambres d’agriculture à l’occasion d’une conférence de presse le 10 juin. Actuellement, environ 350 000 euros de CVO reviendraient annuellement à l’agence (dont le budget est de 3M€) de la part de l’ensemble des interprofessions. Or, les seuls laitiers bio auraient versé 2 M€ de CVO en 2021 selon la Fnab (producteurs bio). À ces enveloppes s’ajoutent les budgets dédiés aux commissions bio internes aux interprofessions, pouvant atteindre 300 000 euros au Cniel voire 400 000 € chez Interbev, mais qui concernent des produits spécifiques. L’enveloppe resterait au total mince par rapport à la collecte de CVO, qui s’est élevée en 2019 à 39,5 millions d’euros pour le Cniel et 39 M€ pour Intercéréales, ou encore à 34,9 M€ pour Interbev en 2020, et à 23,2 M€ pour Interfel en 2018 (données diffusées par les interprofessions).