Avec son plan d’action pour l’agriculture biologique présenté le 25 mars qui va chercher à stimuler la croissance de la demande tout en soutenant le développement de la production, la Commission européenne espère atteindre son objectif de 25 % de surfaces cultivées en bio d’ici 2030. Mais les moyens qui lui seront consacrés dépendent grandement des États membres, en particulier de leurs futurs plans stratégiques de la Pac.
La Commission européenne a présenté le 25 mars son plan d’action 2021-2027 pour le développement de l’agriculture biologique en vue d’atteindre l’objectif de 25 % de surfaces cultivées en bio dans l’UE d’ici 2030 (contre environ 8,5 % aujourd’hui) (1). Ce plan en 23 actions repose particulièrement sur la stimulation de la demande. C’est d’ailleurs le premier de ses trois axes. Parmi les actions prévues : promouvoir le logo européen, encourager une plus grande utilisation des produits biologiques dans les cantines publiques au moyen des marchés publics, augmenter la distribution de produits biologiques dans le cadre du programme de l’UE de distribution de fruits et légumes et de lait dans les écoles, prévenir les fraudes et améliorer la traçabilité des produits. Dans son programme de promotion pour 2021, la Commission européenne a déjà fortement augmenté la part des fonds destinés au bio qui représentent environ 18 % sur une enveloppe de 183 millions € (2).
Plans stratégiques de la Pac
Mais ce plan vise aussi la production. C’est l’objet de son deuxième axe : « Stimuler la conversion et renforcer l’ensemble de la chaîne de valeur. » Pour cela, les producteurs devront mieux être soutenus dans le cadre des futurs plans stratégiques de la Pac, notamment par les éco-régimes du premier pilier. À l’heure actuelle, seulement 1,8 % des fonds de la Pac (7,5 milliards d’euros) sont consacrés au soutien de l’agriculture biologique. La Commission européenne qui validera ces plans stratégiques ne pourra néanmoins pas contraindre les États membres à fixer des objectifs chiffrés. Les États membres devront quand même préparer des plans d’action nationaux pour le bio en définissant des mesures qui ne se limitent pas à l’agriculture ou à ce qui est proposé dans le cadre de la Pac avec des objectifs clairs et vérifiables. La Commission souhaite notamment que soit favorisé le développement des chaînes de transformation et de distribution locales. Elle va également étendre l’analyse des observatoires du marché de l’UE aux produits biologiques.
Une opportunité pour les petits producteurs
Actuellement, il existe de très fortes disparités dans l’UE, entre l’Autriche dont 26 % de la surface est cultivée en bio et l’Irlande, Malte ou la Bulgarie où ces surfaces ne dépassent pas les 3 %. « Dans mon pays la Pologne, l’agriculture biologique ne couvre que 3 % des surfaces et ne représente que 0,5 % du marché », rappelle le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski. Au Danemark les consommateurs dépensent en moyenne 344 euros par habitant et par an dans les produits biologiques quand en Pologne ce chiffre ne dépasse pas les 4 €. « Bien sûr l’agriculture bio est plus extensive et moins productive, a admis Janusz Wojciechowski en conférence de presse. Mais c’est aussi une opportunité pour les petits producteurs qui n’ont souvent pas d’alternative : se convertir au bio et survivre, ou disparaître ».
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Dernier volet du plan : la recherche et l’innovation. La Commission compte consacrer au moins 30 % du budget destiné aux actions de recherche et d’innovation dans le domaine de l’agriculture, de la sylviculture et dans les zones rurales dans le cadre d’Horizon Europe à des thèmes spécifiques ou propres au secteur biologique. Des fonds seront réservés au développement de ressources génétiques et d’intrants (phytosanitaires, vitamines…) adaptées à la production bio qui en manque.
Un plan salué par les organisations du secteur
Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) se félicitent du plan d’action pour l’agriculture biologique présenté par la Commission européenne qui, comme elles le demandaient, fait le choix d’une « approche orientée sur le marché, qui sera le meilleur moyen de garantir une croissance saine pour ce secteur » afin de garantir la rentabilité des producteurs. Le Copa-Cogeca salue également la décision d’étendre l’analyse des observatoires du marché de l’UE aux produits issus de l’agriculture biologique. Autre élément important aux yeux de l’organisation professionnelle : le renforcement des intrants notamment pour la nutrition animale en agriculture biologique. « Depuis plusieurs années, les agriculteurs souffrent d’une pénurie de vitamines B. Le Covid-19, avec le ralentissement des relations commerciales qu’il a entraîné, a prouvé à quel point il est important que les agriculteurs aient accès aux intrants à des prix raisonnables », souligne le Copa-Cogeca qui estime également « crucial que les agriculteurs du secteur biologique aient accès à un éventail de produits efficaces afin de protéger leurs cultures ». L’association pour le développement de l’agriculture bio IFOAM soutient aussi l’approche visant « à équilibrer l’augmentation de la production et de la demande ». Ce plan, souligne-t-elle, « fournit des outils aux États membres pour exploiter pleinement le potentiel de l’agriculture biologique. Il est temps de récompenser correctement les agriculteurs biologiques ainsi que les agriculteurs conventionnels en transition pour les avantages qu’ils apportent à la nature et à la société, et de financer correctement les systèmes de conseil agricole ».