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Biocarburants : le gouvernement argentin hausse les prix

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La hausse des tarifs du biodiesel de soja et de l’éthanol de maïs vendus sur le marché argentin doit permettre à la filière de retrouver de la rentabilité. Elle survient après un long cycle noir.

Dans un contexte d’inflation des matières premières agricoles, le gouvernement argentin a annoncé, le 25 avril, le relèvement de 42 % du prix de vente sur le marché domestique du bio-éthanol de maïs et de 25 % celui du biodiesel de soja. À partir de ce mois de mai, les raffineurs verseront aux fabricants de bio-éthanol de maïs 96 pesos (0,87 euro [1]) par litre, contre 73 pesos (0,66 euro) en mars. Ils paieront 104 pesos (0,94 euro) à partir d’août. Les taux d’incorporation restent inchangés à 12 % pour l’éthanol ajouté à l’essence, et à 5 % pour le biodiesel dans le gazole. L’an passé, le taux avait été rabaissé dans le gazole, de 10 % à 5 %. Selon les professionnels, ces plafonds n’étaient pas atteints par la filière. Cet objectif de la loi argentine de promotion des biocarburants, en vigueur depuis 2006, était resté un vœu pieu. Actuellement, l’offre de biodiesel écoulé sur le marché argentin représenterait 2 % de l’offre de gazole à la pompe. « C’est le plus bas niveau historique », selon l’expert Claudio Molina.

L’Argentine est le principal exportateur d’huile de soja dans le monde. Cependant, ni la disponibilité de cette matière première, ni la loi des agro-carburants n’ont suffi pour faire décoller la filière biocarburant. Les exportations argentines de biodiesel sont d’ailleurs en chute constante depuis 2017. « De 2,8 millions de tonnes cette année-là, elles ont dégringolé à 600 000 t en 2020. Entre-temps, nous avons perdu le marché états-unien, et nous fournissons actuellement la moitié de notre contingent d’exportation vers l’UE de 1,2 Mt issu d’un accord entre privés », renseigne une source du milieu.

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PME de biocarburants

Le problème de fond est que le biodiesel de soja coûte toujours bien plus cher à obtenir que le gazole fossile, et puis, cette jeune filière a été soumise à de nombreux aléas économiques, si fréquents en Argentine, et réglementaires avec des tarifs encore fixés à court terme, sans compter que le marché intérieur est réservé aux PME, excluant de facto les deux, trois unités les plus performantes. L’enthousiasme et la dynamique qui a vu naître le secteur des agro-carburants ont ainsi été cassés.

Tout récemment, les PME productrices de biodiesel ont mis leurs usines en sous-régime, voire à l’arrêt, face à la hausse du cours de l’huile de soja. « Avec le nouveau cadre tarifaire des biocarburants, nous retrouvons un seuil de rentabilité minimum », reconnaît Juan Ignacio Bojanich, de la société Bojagro, dont l’usine de 5 000 t/j de biodiesel de capacité, située à Ramallo, était à l’arrêt jusqu’au mois dernier. « Les grandes sociétés de négoce en grains qui produisent du biodiesel en Argentine ont elles aussi souffert, mais elles ont largement compensé ce manque à gagner par leurs ventes d’huile de soja. Pas nous ».

« Nous retrouvons un seuil de rentabilité minimum »