La production de blé OGM en Argentine a subitement été arrêtée par son créateur, la société Bioceres. Elle se rétracte aussi de la vente de ses semences, mais affirme avoir noué des partenariats avec d’autres entreprises sous forme de licences.
C’était une première mondiale : depuis 2023, du blé OGM était cultivé et consommé en Argentine par la société Bioceres, sur une surface plus 50 000 hectares. Il s’agissait de variétés de blé porteuses d’un trait génétique de tournesol baptisé HB4, censé les rendre tolérantes à la sécheresse.
Mais lors de la présentation des derniers résultats financiers de Bioceres, le 11 février, son p.-d.g., Federico Trucco, a déclaré qu’elle abandonnait ses activités de sélection conventionnelle en Argentine et en Australie et concédait des licences sur sa technologie dite HB4. « Elle continuera donc à collaborer avec les semenciers pour développer des variétés, mais leur laissera le travail de sélection », précise Jessica Cox, de Bioceres.
Ancien directeur et toujours actionnaire de Bioceres, Germán Weiss, explique que « la décision a été prise par ses dirigeants actuels, la mort dans l’âme ». Croisé au salon Expoagro, à San Nicolás le 11 mars, il explique que les actionnaires ont demandé de « ne plus insister sur la vente de grains de blé OGM hors d’Argentine, car le marché n’en veut pas ». D’autre part, souligne-t-il, l’entreprise n’a pas réussi à « incorporer la séquence génétique HB4 sur des variétés de blé à rendement potentiel aussi élevé que les leaders du marché. On n’a jamais vraiment pu démontrer l’apport de cette biotechnologie au niveau tolérance au stress hydrique. Car le germosplasme des variétés testées partait avec un certain handicap ».
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Déboires à la Bourse de New-York
Du côté de la demande, aucune société importatrice de blé au monde ne s’est montrée intéressée par de telles récoltes, malgré les autorisations d’importation obtenues au Brésil et en Australie. Par ailleurs, le risque de détection de grains de blé OGM dans des lots exportés vers des pays l’interdisant pesait lourdement sur toute la filière argentine du blé. Armando Casalins, le directeur de la chambre arbitrale de la Bourse de céréales de Buenos Aires, nous a confirmé les craintes des exportateurs de blé face au risque de détection de blé OGM dans un lot conventionnel.
Ces derniers mois, à la Bourse à New-York, l’action de Bioceres a perdu la moitié de sa valeur. Cependant, la production de blé OGM n’est pas complètement arrêtée en Argentine. Bioceres se désengage elle-même de la commercialisation, mais affirme avoir noué des partenariats avec d’autres multiplicateurs/semenciers, sous forme de licence. Ainsi, les agriculteurs argentins qui le souhaitent peuvent continuer de cultiver du blé OGM. « L’an dernier, deux cents fermiers l’ont fait et cette année n’importe qui pourra le faire », assure Gabino Rebagliati, le porte-parole de Bioceres.