Le groupe industriel et financier Avril a dévoilé le 28 octobre un recentrage de son usine Saipol à Sète (Hérault) autour du diester, réaffirmant sa confiance en l’avenir de la filière dans « un contexte réglementaire et de marché peu favorable ». Une nouvelle unité de biodiesel porte la capacité de production à 280 000 tonnes.
Quelque 28,5 millions d’euros sont injectés sur le site, spécialisé dans le diester et le tourteau de colza : 13 millions d’euros pour une nouvelle unité d’estérification, 15,5 millions d’euros pour une chaudière biomasse. « À travers ces investissements, nous souhaitons réaffirmer notre ancrage dans la région et notre confiance dans l’avenir d’une filière française du biodiesel », a déclaré Jean-Philippe Puig, gérant d’Avril.
Le secteur du colza diester vit sous la menace du projet à La Mède (Bouches-du-Rhône) d’une bioraffinerie Total alimentée par des huiles importées. « Les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités en élargissant la consommation nationale de biodiesel », a-t-il réclamé face à la presse, déçu de ne pas voir dans le Projet de loi de finances pour 2016 un taux d’incorporation obligatoire visant le Gazole non routier (GNR). « Alors que la filière sort tout juste d’une restructuration ayant conduit à la fermeture de plusieurs unités industrielles et que le contexte réglementaire national et européen nous est peu favorable, il est essentiel de préserver une filière qui représente 20 000 emplois en France » et un gros débouché pour les agriculteurs, a ajouté Jean-Philippe Puig. Numéro un du biodiesel en Europe, Avril affiche une production de 1,7 million de tonnes.
Une forte demande dans le bassin méditerranéen
L’usine sétoise représente désormais 280 000 tonnes de diester. Sa capacité de production augmente de 100 000 tonnes avec l’arrêt du raffinage de l’huile, une activité transférée sur l’unité de Bassens (Gironde). Saipol recentre cette année l’unité de Sète sur le biodiesel et ses coproduits, à savoir 340 000 tonnes de tourteaux et 28 000 tonnes de glycérine. Le tout étant obtenu à partir de 600 000 tonnes de graines de colza.
« La spécialisation de l’usine présente un grand intérêt, a expliqué Yves Delaine, président de la filiale et DG adjoint du groupe Avril. C’est compliqué de changer de graine (le site a historiquement transformé du colza, du tournesol, du soja, ndlr) et ça coûte. D’un point de vue stratégique, on se positionne vis-à-vis d’une demande nationale très importante dans le bassin méditerranéen, de l’ordre de 800 000 tonnes de biodiesel. »
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L’entreprise met en avant la situation privilégiée du site par rapport au bassin méditerranéen. Son activité est pleinement intégrée aux infrastructures multimodales de pointe sur le port de Sète. « Une des forces de l’usine est sa connexion aux réseaux portuaire et fluvial », a souligné Christophe Rouvière, son directeur. Un embranchement ferroviaire lui permet de transporter 4 500 tonnes de marchandise. L’unité Saipol est reliée au terminal portuaire de Centre grains, qui rassemble les sociétés agro-industrielles tout autour et permet une synergie du stockage et de la manutention des céréales, graines, tourteaux, huiles et biodiesel.
La performance énergétique des installations Saipol est par ailleurs améliorée grâce à la chaudière biomasse, achevée début octobre. Elle est alimentée par des coques de tournesol en provenance de l’usine de Bassens. D’après le groupe, cet investissement permettra de réduire de 90 % les émissions annuelles de gaz à effet de serre de l’usine et de 75 % les besoins en énergie.
JCD
Le colza diester sous la menace du projet Total de bioraffinerie avec des huiles importées