Alors que la liste des espèces nuisibles vient d’être renouvelée, la LPO appelle à suspendre les destructions d’animaux.
Un arrêté publié le 4 août au Journal officiel fixe la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod). Il renouvelle, pour une période de trois ans, la liste de neuf espèces d’animaux classées Esod de groupe 2 (espèces indigènes) : la belette, la fouine, la martre, le renard, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet. Il fixe les périodes et modalités de destruction, et précise les territoires qui sont concernés dans chaque département.
Réagissant à cette annonce, la LPO a annoncé déposer « un recours juridique » dans un communiqué le même jour. L’association de défense de la biodiversité regrette que l’arrêté publié est en tout point conforme à la version mise en consultation publique, entre le 15 juin et le 6 juillet, alors que plus de 70 % des avis exprimés étaient défavorables. La LPO critique également la méthode établissant la liste des Esod, qui résulte de déclarations de dégâts faites par les particuliers, agriculteurs ou chasseurs. Elle estime enfin que « l’efficacité de leur destruction (des Esod, NDLR) n’est pas démontrée ».
Travaux prévus dans la SNB
Faisant écho à ces critiques, l’écologue Nicolas Loeuille affirme, dans le journal Le Monde du 10 août, que le « concept d’espèce utile ou nuisible est scientifiquement dépassé » (article payant). Il explique que chaque espèce est prise dans « un tissu complexe d’interactions » produisant des effets certes directs, mais aussi « indirects, beaucoup plus difficiles à estimer » sur le réseau écologique. Il cite en exemple l’otarie, considérée néfaste pour la pêche d’anchois alors qu’elle peut être « l’alliée insoupçonnée » dans la mesure où elle consomme aussi les prédateurs et compétiteurs du petit poisson. « Comme ce tissu [d’interactions] varie de lieu en lieu et dans le temps, il n’est pas possible de décréter la nuisibilité, ni même l’utilité d’une espèce de manière générale », conclut l’écologue qui appelle à « mieux considérer la valeur intrinsèque de la nature ».
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Face à ce constat, la LPO suggère de « suspendre » la destruction des neuf espèces « afin d’étudier l’impact de l’absence de régulation sur les dégâts constatés », d’ici l’aboutissement des travaux prévus dans la stratégie nationale biodiversité (SNB). La mesure 3 de la SNB prévoit en effet « d’objectiver l’impact sur les écosystèmes » des Esod. Les premiers travaux sur les méso-carnivores (fouine, belette, martre) doivent aboutir en 2026. Une deuxième série de travaux sur les corvidés (pie, corbeau, geai, corneille) doit aboutir en 2029.
En 2022, la filière maïs estimait que les dégâts attribués aux corvidés (corneille noire, corbeau freux, choucas des tours) oscillent entre 25 et 45 millions d’euros par an, selon nos confrères de Réussir Grandes cultures.