La profession agricole réfléchit à l’injection de biogaz dans le réseau par les agriculteurs, souvent plus rentable que la cogénération, a indiqué le 4 novembre Jean-Marc Renaudeau, président de la Chambre d’agriculture des Deux-Sèvres, et référent « énergie et climat » à l’Assemblée permanente des chambres (APCA). L’injection dans le réseau pourrait être étendue aux petites unités de méthanisation, par le transport du biogaz dans des bonbonnes jusqu’aux stations d’injection.
Souvent plus rentable que la cogénération, l’injection du biogaz dans le réseau est une solution qu’examinent les chambres d’agriculture, mais pour cela il faut rendre l’injection accessible aux petites unités de méthanisation. Des pistes sont à l’étude.
La cogénération est une production conjointe d’électricité et de chaleur issues de la combustion. Valoriser l’électricité ne pose pas trop de difficultés : l’électricité est envoyée dans le réseau électrique. Pour valoriser la chaleur, l’agriculteur méthaniseur peut l’utiliser pour chauffer ses propres bâtiments, ou bien à un atelier d’élevage de veaux ou de séchage du foin. Il peut aussi être situé à côté d’une industrie qui a besoin de chaleur (une conserverie par exemple) ou d’un hôpital ou d’une maison de retraite. Mais la co-génération « n’est pas le débouché le plus porteur » : en été, la chaleur est en général inutile pour le chauffage des bâtiments, a relevé Jean-Marc Renaudeau. Or, un générateur électrique ne récupère qu’un tiers de l’énergie sous forme électrique, le reste étant de la chaleur. Ainsi, pendant tout une période de l’année, une grande part de l’énergie n’a pas de valeur économique. Les professionnels cherchent donc à creuser la question de l’injection du biogaz.
Jusque-là cette solution s’est heurtée aux coûts élevés du raccordement au réseau de gaz. Il faut non seulement rejoindre une canalisation approvisionnant une station, mais aussi purifier le biogaz, et au besoin l’enrichir, a précisé Nassim Hamiti, chargé de mission pour les agroéquipements à l’APCA. De plus, pour justifier un branchement, il faut produire de grandes quantités de biogaz.
Transporter le biogaz en bonbonnes vers des stations collectives d’injection
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Pour étendre l’accès de l’injection à un grand nombre de candidats, l’APCA envisage une formule qui consisterait pour les agriculteurs à comprimer le biogaz en bonbonnes, qui seraient ensuite transportées dans des stations collectives d’injection ou de carburant de bio-méthane pour les véhicules. Cette solution existe en Finlande, pays qui pratique aussi l’auto-consommation de biogaz à la ferme (pour les tracteurs et véhicules de ferme), a détaillé Jean-Marc Renaudeau. L’auto-consommation est une voie à laquelle songe également l’APCA.
Ces solutions aideraient la filière du biogaz, qui traverse des difficultés, a commenté Jean-Marc Renaudeau. « Les installations existantes ne vont pas bien. Elles sont confrontées à des problèmes de coûts croissants. Il ne faudrait pas qu’on entende dire que des installations ferment ». Les obstacles, ce sont les actions juridiques fréquentes de riverains « à chaque fois qu’un projet d’élevage est mis sur la table », l’augmentation de la cotisation foncière des entreprises (la CFE, qui remplace la taxe professionnelle) qui s’applique aux installations de biogaz depuis environ deux ans, a indiqué Jean-Marc Renaudeau. Un obstacle important est aussi la complexité administrative des études d’impact : « Il faut deux ans de procédure d’instruction en France, là où six mois suffisent chez nos voisins », a déploré le député Jean Grellier (Deux Sèvres, PS), lors des seizièmes « Rencontres parlementaires de l’énergie », le 4 novembre à Paris. Une partie des taxes foncières des installations dues au titre de la CFE est exonérée depuis 2015, mais les bâtiments de stockage des digestats et du biogaz restent taxés.
Publication de deux arrêtés tarifaires pour le biogaz et le solaire très attendus
Deux arrêtés tarifaires pour le biogaz et le solaire, très attendus par les professionnels du monde agricole, ont été publiés au Journal officiel du 1er novembre. Ils fixent les conditions d’achat de l’électricité produite par les installations de biogaz existantes ou en projet très avancé, et celles des installations solaires photovoltaïques de puissance inférieure à 100 kW. « Pour la filière biogaz, cette revalorisation devrait permettre de sauvegarder des sites en fonctionnement, dont certains sont en très grande difficulté. Cette nouvelle filière a besoin d’un soutien particulier des pouvoirs publics », a commenté le Syndicat des énergies renouvelables (Ser) le 2 novembre. Pour la filière photovoltaïque, la revalorisation, de 5,4 %, concerne les installations essentiellement agricoles, industrielles et tertiaires.