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Pôle IAR (chimie du végétal) Bioraffinerie : le choix du développement près des bassins de production

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Oui au développement des bioraffineries, mais en harmonie avec le monde agricole. Ce choix du développement près et avec les bassins de production a été clairement affirmé par le président du pôle de compétitivité Industries et Agro Ressources (IAR), Daniel Thomas, lors de la première rencontre internationale organisée par le pôle les 15 et 16 novembre au château de Chantilly.

Après un après-midi passé au milieu de deux prix Nobel de Chimie, des dirigeants de grands groupes industriels mondiaux venus d’Inde, du Japon, de Chine, du Brésil, des États-Unis, etc, le 15 novembre, le président du pôle IAR, Daniel Thomas, a affirmé lors d’une conférence de presse que la vocation des bioraffineries françaises est de se développer « en harmonie avec le monde agricole ».

Daniel Thomas : « Nous militons pour que le monde agricole soit associé »

« On ne doit pas considérer l’agriculteur comme un fournisseur de matières premières indifférenciées. Nous militons pour que le monde agricole soit associé très tôt au développement des bioraffineries », a-t-il déclaré. Daniel Thomas a opposé cet « ancrage territorial » des bioraffineries, au modèle qui consiste à implanter ces usines émergentes dans des ports, prêtes à recevoir des matières premières venant des différents continents de la planète.
Aux côtés de Daniel Thomas, le préfet de la région Picardie, Michel Delpuech, a campé le décor, citant l’exemple du projet Pivert (Picardie innovations végétales enseignement recherche et technologie), porté par le pôle IAR et le groupe Sofiprotéol : « Cette bioraffinerie sera alimentée par une matière première locale, à portée de main, et non pas par une matière première venue de l’autre bout du monde pour être transformée dans un port ». Pivert est un centre de recherches, situé à Compiègne, axé sur la transformation de la biomasse oléagineuse : lin, colza, tournesol. Son pendant en région Champagne-Ardenne est la plate-forme BRI (Bioraffinerie recherche innovation), situé sur le plateau agro-industriel de Bazancourt-Pomacle. BRI comporte une sucrerie, une amidonnerie, une usine de production d’éthanol, une unité de production d’actifs cosmétiques et le tout nouveau pilote d’éthanol de seconde génération Futurol.

Les atouts du modèle français

Dans ce nouveau domaine qu’est la raffinerie du végétal, qui est déjà concurrentiel, et notamment marqué par une compétition entre l’Europe, les États-Unis, talonnés par la Chine et le Brésil, quelles sont les chances du modèle français ? Le président du pôle IAR a cité l’exemple du Brésil, qui, du fait de l’avantage considérable de la canne à sucre dont il dispose en termes de productivité à l’hectare, a moins avancé dans la recherche que la France dans l’éthanol de seconde génération. Dominique Dutartre, vice-président du pôle IAR, a ajouté que le rendement sucrier de la betterave s’est élevé très vite, en comparaison de celui de la canne : il y a 10 ans, le rendement sucrier de la canne était trois fois plus élevé que celui de la betterave. Désormais il est supérieur de 70% seulement. L’originalité du modèle français est qu’il n’est pas axé sur une monoculture, mais sur la diversité des cultures : céréales, betteraves, oléoprotéagineux, herbacées comme le miscanthus, arbres, algues, a précisé Dominique Dutartre.
L’atout français consistera, plus que par des productions à bas coûts, dans la mise au point d’une industrie dans laquelle les co-produits deviennent des matières premières, a complété Jean-Paul Bachy, président de la région Champagne-Ardenne. Ainsi, le son du blé permet de fabriquer des tensio-actifs pour la détergence et les cosmétiques, la paille permettra de fabriquer de l’alcool, du papier, des colles, des nutriments pour l’alimentation animale.