Après la mise en liquidation judiciaire de la laiterie Nazart, le tribunal de commerce de Rennes vient d’accepter l’offre de reprise du matériel de collecte par Blanche Hermine, une coopérative ad hoc créée par les 400 producteurs de lait qui alimentaient la société de Fougères. Si cette nouvelle structure a pris le relais de la collecte le 1er janvier, la partie semble encore loin d’être gagnée. L’acheminement du lait aux cinq industriels qui ont accepté de s’approvisionner auprès de Blanche Hermine va faire plus que doubler le kilométrage effectué du temps de Nazart et exploser les coûts de transport. D’autre part, ces transformateurs valorisant le lait au prix beurre poudre, un manque à gagner est à prévoir pour les producteurs de lait.
La collecte du lait de Nazart sera donc reprise par les producteurs. Le 23 décembre, le tribunal de commerce de Rennes a accepté l’offre de reprise du matériel de collecte par Blanche Hermine. Coopérative créée ad hoc cf. Agra alimentation n°1909, du 15 décembre 2005, p. 30, cette structure regroupe les quelque 400 producteurs concernés qui vendaient 100% de leur lait à la société de Fougères et pour lesquels la poursuite de l’activité était une question de survie. Après avoir rejeté deux premières offres (à 100 000 puis à 150 000 euros) de Blanche Hermine, le tribunal a enfin accepté de céder l’ensemble des tanks de lait et du matériel de transport de Nazart, mis en liquidation judiciaire le 16 décembre. Dès le 1er janvier, la nouvelle organisation a ainsi pris en charge la collecte des 90 millions de litres de lait répartis en Ile-et-Vilaine et sur une frange de la Mayenne.
Des frais de transport doublés
Les producteurs ont pallié au plus urgent. Une solution est donc trouvée, mais l’affaire est encore loin d’être classée. L’acheminement du lait aux cinq industriels qui ont accepté de s’approvisionner auprès de Blanche Hermine (Lactalis, LNA, CLE – Bongrain –, Triballat et La Malouine) va faire plus que doubler le kilométrage effectué du temps de Nazart. Pour la nouvelle coopérative, ne pas dépasser les coûts de collecte payés par les transformateurs s’annonce d’ores et déjà très difficile. Guy Duguépéroux, président de Blanche Hermine, mise sur une réorganisation logistique pour résoudre ce problème. « Il faut retrouver un site dans les environs de Fougères pour regrouper le lait avant de l’acheminer aux transformateurs grâce à des gros porteurs». C’est une « solution idéale, vers laquelle il faut tendre », car de toute façon, « le site d’origine ne peut plus être utilisé car situé en centre-ville» selon le dirigeant, qui espère bien compter sur le soutien des collectivités locales pour développer une nouvelle plate-forme. Mais d’un autre côté, certains producteurs estiment que la pérennité de la collecte passe par une première transformation sur l’ancien site de Fougères afin de réduire les quantités à acheminer aux industriels.
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Fonds de solidarité
D’autre part, les transformateurs valorisent le lait collecté au prix beurre-poudre, entraînant un manque à gagner pour les producteurs qui voient leur prix de vente baisser de quarante à cinquante euros. Pour rendre le système viable, cette chute de revenu devrait être compensée par un « fonds de solidarité » promis par l’interprofession pour la mi-février. Une organisation sous assistance respiratoire, qui laisse les producteurs dans l’expectative. « Cela repose sur le bon vouloir des producteurs des autres bassins de production, et pourrait inspirer beaucoup d’autres personnes en difficulté comme nous, ailleurs dans l’Hexagone. Or, la bonne volonté des gens a des limites… », analyse Bertrand Simon, producteur à Gosné et sceptique quant à la pérennité du projet. « J’y crois, mais tant que ce fonds n’est pas sur pied, je reste prudent… », ajoute-t-il. Comme l’explique la FDSEA d’Ile et Vilaine, « de toute façon, le projet est encore loin d’être abouti, et une réflexion devra être menée dans les mois à venir ».