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Campagne 2011/2012 Blé : des débouchés ouverts suite à la baisse de la production

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Une production française de blé tendre en 2011 estimée à 33,4Mt par FranceAgriMer, dont 20Mt de blé meunier, permet à la France d’offrir 14,38Mt à l’export, soit 6,38Mt vers l’Union européenne et environ 8Mt vers pays tiers. Si l’offre céréalière est meilleure que prévu, suite à l’amélioration du climat, après un printemps et un début d’été secs, elle reste au-dessous des niveaux des dernières années. « Une chance » face au retour de la mer Noire sur le marché mondial du blé. En effet, l’offre de céréales russes ferme mécaniquement des débouchés comme l’Egypte pour les productions françaises. Il aurait ainsi été difficile pour la France d’exporter des quantités de blé tendre équivalentes à celles de l’année dernière. La campagne 2011/2012 s’annonce donc atypique, mais ouverte pour les productions françaises.

«Si nous sommes en concurrence avec la mer Noire sur certaines destinations, heureusement que ces pays sont là pour satisfaire des importateurs comme l’Égypte, la Tunisie ou la Lybie cette année », souligne François Luguenot, responsable des analyses de marché chez InVivo. Cependant, « au rythme des exportations de la Russie, la France pourrait revoir le jour sur le marché mondial des céréales avant la fin de l'hiver, après l'effet de dégagement des productions russes », analyse Julien Thierry, consultant sur les marchés des céréales et oléagineux chez Agritel. Sur le marché intérieur, outre les utilisations meunières, une meilleure compétitivité des blés fourragers comparativement au maïs devrait faire progresser leurs incorporations en alimentation animale.

Des exportations vers pays tiers déjà estimées

« Le disponible exportable de blé tendre français à destination des pays tiers est estimé en baisse sur 2011/2012 à 8,4Mt », indique Clément Gauthier, analyste matière première chez Horizon Soft Commodities. Les scénarios développés par l'analyste montrent qu'en 2011/2012, 3,6Mt de blé tendre français pourraient être vendues à l'Algérie, 1,8Mt au Maroc, entre 400 000 et 500000t vers l'Égypte, 1,5 à 1,7Mt vers l'Afrique subsaharienne et presque 1Mt sur des destinations comme Cuba, la Libye, le Yémen ou la Syrie. Ainsi, « les chargements vers l'Algérie ont démarré en trombe avec 350 000t en juillet, et 450 000t en août », souligne Cédric Weber, responsable du pôle analyse de marché chez Offre et demande agricole. En revanche, le débouché égyptien est pour le moment suspendu, malgré quelques livraisons en tout début de campagne. En effet, le retour de la Russie ne permet plus aux blés français d'être compétitifs. « En France, la tonne de blé est 30$ plus chère qu'en Russie », signale Cédric Weber. Mais, selon lui, en direction du Maghreb, « la demande en blé meunier français sera encore bien présente ». En effet, au Maroc, si les volumes sont au rendez-vous, les pluies en fin de cycle sur le blé ont dégradé la qualité. Cependant, « une récolte correcte en Algérie cette année et l'achat d'importantes quantités de blé tendre sur 2010/2011 pour les stocker afin de maintenir la paix devrait réduire la demande du pays cette année », souligne Julien Thierry. Ainsi, selon lui, si l'Algérie a importé 4,2Mt de blé tendre français lors de la campagne 2010/2011, ces quantités devraient s'établir aux alentours des 3,5Mt sur 2011/2012.

Une compétitivité accrue du blé en alimentation animale

Sur le marché intérieur de l'alimentation animale, on attend une baisse des utilisations d'orge et de maïs au profit du blé, qui est plus compétitif pour le moment. Ainsi, Clément Gauthier indique qu'en France, les utilisations de maïs en alimentation animale pourraient se replier autour des 3Mt en 2011/2012, contre 3,4Mt en 2010/2011. En orge, ces utilisations passeraient de 2Mt en 2010/2011 à 1,3Mt en en 2011/2012. Pour le blé tendre les utilisations en alimentation animale devraient ainsi progresser aux alentours des 5,5Mt en 2011/2012, contre 4,25Mt lors de la dernière campagne. Enfin, concernant l’autoconsommation de blé tendre, FranceAgriMer l’a estimée à 3,6Mt pour 2011/2012 sous la rubrique « autoconsommation et stock à la ferme », soit une hausse de 33,3% par rapport aux 2,7Mt de 2010/2011. Mais, selon François Luguenot, « les prix du blé tendre sont actuellement chers ce qui n'incite pas à l'autoconsommation dans les élevages». Selon lui, il est aujourd'hui plus intéressant pour les exploitations de polyculture-élevage de vendre leurs productions pour racheter de l'aliment, compte tenu des prix des céréales observés sur les marchés.

Les productions françaises auront du mal à passer sur l'Égypte

« Outre le retour de la Russie sur le marché avec des prix discountés, la modification du cahier des charges des blés importés par l'Égypte va freiner dans les prochaines années les débouchés français sur cette destination », explique Jean-Pierre Langlois-Berthelot, président de France Export céréales. Si cette année cela ne pose pas de problème compte tenu de disponibilités serrées en blé exportable français, cela pourrait pénaliser la balance commerciale agricole française dans les prochaines années. En effet, « l'office d'achat public égyptien, le Gasc, a modifié le cahier des charges d'importation de blé en relevant d'un demi point les taux de protéines exigés », indique Jean-Pierre Langlois-Berthelot. Ainsi, la limite fixée à 11% de protéines pour les blés français est passée à 11,5% et à 12% pour les origines russes, dont l'ancienne limite était fixée à 11,5%. «C'est une situation grave pour les exportations françaises à terme, les pouvoirs publics doivent faire jouer les leviers diplomatiques pour que l'Égypte revoit son cahier des charges », déclare le président de France Export céréales. Selon lui, cette nouvelle règle ne colle pas avec les intérêts du Gasc qui consistent à diversifier au maximum ses sources d’approvisionnement. De plus, cette norme renchérirait les prix des importations de blé en Egypte, ce qui pourrait mettre le pays dans une situation difficile à terme avec des prix tendanciellement haussiers. En réalité, l’adoption de cette norme répondrait à la demande des transformateurs publics de pain subventionné car ces taux de protéines faciliteraient les processus de fabrication.

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