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OGM/Polémique Blocage entre l’Efsa et Gilles-Eric Séralini

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Alors que l’Efsa a rejeté en bloc l’étude de Gilles-Eric Séralini et que ce dernier se refuse dans l’immédiat à fournir plus d’éléments à l’agence, Corinne Lepage demande la démission de la directrice de l’Efsa, considérant que l’agence montre une nouvelle fois un mécanisme pollué par les conflits d’intérêts. Quelle sera la position des autorités françaises, auxquelles le chercheur a présenté ses travaux ces derniers jours ? Depuis la sortie de l’étude, les arguments des uns et des autres sont repris en boucle et on attribue bien des avis à la « communauté scientifique ». Agra alimentation revient sur le pré-avis de l’Efsa et sur les réponses de Gilles-Eric Séralini.

L’Efsa a publié le 4 octobre son examen initial sur l’étude sur les OGM, conduite par Gilles-Eric Séralini. L’agence européenne rejette son travail en bloc, qualifiant l’étude « d’une qualité scientifique insuffisante » et considère qu’il n’est pas nécessaire de réexaminer l’évaluation précédente réalisée sur le maïs NK603, ni de tenir compte de l’étude dans l’évaluation actuelle sur le glyphosate. Elle annonce également la publication d’une seconde analyse, plus détaillée, pour fin octobre.
Si François Houllier, p.-d.g. de l’Inra a déploré que l’on ait fait peur au gens sur la base d’une étude qui ne s’avère pas solide selon les autorités compétentes, il reconnaît aussi que la question de la pertinence de la durée des tests doit être posée. Mais regrette la campagne médiatique lancée pour faire passer le message. Une quarantaine de scientifiques travaillant à l’Inra, au CNRS et à l’Inserm ont par ailleurs réagi dans le journal Marianne, dénonçant les limites méthodologiques de l’étude et le coup médiatique. Parmi les autres réactions, celle des semenciers, qui, par la voix du Gnis, se range à l’avis formulé par l’Efsa. De même l’association française des biotechnologies végétales ou encore l’institut fédéral allemand d’évaluation des risques se montrent critiques sur la fiabilité de l’étude et approuvent l’avis de l’Efsa.
 
Corinne Lepage réclame la démission de Catherine Geslain-Lanéelle
D’autres ont été beaucoup moins favorablement impressionnés par le pré-avis de l’Efsa. 130 ONG ont envoyé le 4 octobre un appel au Premier ministre, aux ministres de la recherche, de la Santé, de l’Agriculture et de l’Environnement, pour demander « la suspension provisoire des autorisations du maïs NK603 et du Roundup ». La députée européenne Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement, a également fait entendre ses arguments et demande la démission de Catherine Geslain-Lanéelle, directrice exécutive de l’Efsa. « L’agence ne semble rien faire d’autre que copier-coller les arguments des détracteurs de Gilles-Eric Séralini. Et ceci sans même se rendre compte que les avis qu’elle-même a fournis l’ont été sur des critères qui se sont révélés bien moins exigeants que sur l’étude en question », a ainsi écrit Corinne Lepage dans le Nouvel Observateur. « La remise en cause par l’agence de l’étude de Gilles Eric Séralini devrait conduire, si cela était suivi dans l’avis, à remettre en cause toutes les autres études et corollairement à publier toutes les données brutes de toutes les études», ajoute-t-elle. Le fait que l’examinateur de l’étude soit l’un des rédacteurs de l’avis soumis au panel OGM en 2003 relève selon elle du « non-sens » et du « conflit idéologique ». « L’Efsa prouve les lacunes liées à l’évaluation de risques sanitaires alors que les européens ont besoin de confiance et de transparence. La mission de l’Efsa est d’assurer la sécurité des Européens et non de couvrir des évaluations insuffisantes», s’insurge Corinne Lepage.
 
Examen approfondi en France
Gilles-Eric Séralini et les co-auteurs de l’étude ont pour leur part présenté leurs travaux au Parlement, à l’Anses et au HCB (Haut conseil des biotechnologies) le 9 octobre. « Nous pouvons répondre scientifiquement à toutes les critiques qui nous ont été faites et nous préparons une réponse écrite », a expliqué Gilles-Eric Séralini à Agra alimentation. Elle devrait être prête ces jours-ci. « Il est avéré que les personnes qui ont émis l’avis sont celles qui ont autorisé la mise sur le marché du maïs NK603 et du Roundup, sur la base d’études qui présentent des manquements graves et ne s’intéressent pas aux effet de ces produits à long terme, alors même que Monsanto avait repéré 50 effets significatifs à trois mois. Il déplore aussi que l’Efsa travaille sur l’évaluation du glyphosate seul, alors qu’il est beaucoup plus dangereux avec les adjuvants utilisés dans le Roundup », a par ailleurs ajouté le chercheur.
 
Les critiques de l’Efsa
L’Efsa a formulé un certain nombre de critiques et de questions, la plupart ayant déjà fait l’objet d’une réponse de la part de Gilles-Eric Séralini.
– Sur la souche de rats utilisée
L’Efsa considère que les auteurs de l’étude ne prennent pas en compte la fréquence des tumeurs observée chez la souche utilisée, réputée pour sa propension à de tels troubles. Gilles-Eric Séralini répond que cette souche est largement utilisée, notamment pour l’homologation des OGM, et en particulier par Monsanto pour le maïs NK603. Il dit aussi qu’il faut prendre en compte le différentiel par rapport au groupe témoin et que son travail montre des perturbations hormonales induites par l’alimentation OGM et le Roundup.
– Sur la taille du groupe témoin et le nombre de rats testés
L’Efsa considère qu’avec 10 rats par sexe, il est trop restreint. Gilles-Eric Séralini répond que c’est une pratique courante, même si on peut toujours faire mieux. Il précise que son étude relève de la toxicologie et pas de la cancérogénèse où les groupes utilisés sont plus importants. C’est pour lui une première étape qui doit maintenant déboucher sur une étude de cancérogénèse.
– Sur la méthodologie
L’Efsa estime que Gilles-Eric Séralini n’a pas suivi les méthodes normalisées élaborées par l’OCDE, ce que ce dernier conteste.
– Sur la composition de la nourriture donnée aux rats, et sur l’éventuelle présence de mycotoxines
Gilles-Eric Séralini répond que toute la nourriture, y compris la présence de mycotoxines, a été précisément contrôlée, mais que tous ces détails ne peuvent figurer dans l’article princeps. L’Efsa demande un accès à ces précisions, demande qu’il a jusqu’à présent refusée de satisfaire.
– Sur la méthode statistique
Gilles-Eric Séralini explique que les méthodes statistiques classiques n’ont pas été jugées satisfaisantes par les organismes d’expertise pour des groupes de dix rats pour démontrer une toxicité et affirme avoir utilisé une des méthodes plus modernes actuellement pour traiter un grand nombre de variables.
 
Les recommandations de Gilles-Eric Séralini
Enfin, l’Efsa reproche à Gilles-Eric Séralini de ne pas avoir communiqué ses objectifs de recherche, et que l’article ne rapporte pas l’ensemble de ce qui est mesuré dans l’étude.
Rappelons que ce dernier demande que les protocoles d’autorisation de mise sur le marché soient revus. Il réclame que les tests de 90 jours soient prolongés à deux ans pour tous les OGM, mais aussi de tester les pesticides à faibles doses et en formulations. Enfin, il souhaite que les tests réglementaires soient publics, indépendants des firmes et soumis à l’expertise contradictoire.

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