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Blocages de raffineries : le coup de pression de la FNSEA et des JA

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En plein examen du projet de loi issu des États généraux de l’alimentation, la FNSEA et les JA ont choisi de bloquer, trois jours durant, des sites pétroliers. Les syndicats protestaient contre les « importations distorsives » et voulaient réinstaurer un rapport de force plus favorable avec un gouvernement qui ne serait pas assez à leur écoute sur ce thème, estiment-ils. Motif de satisfaction inattendu, l’opinion publique a été plutôt favorable au mouvement, estime le syndicalisme majoritaire.

À l’issue d’une seconde réunion avec le ministre de l’Agriculture jusque tard dans la nuit – celle de l’après-midi ayant échoué –, les représentants nationaux des JA et de la FNSEA ont finalement annoncé, dans la matinée du 13 juin, la « suspension » des blocages de sites pétroliers. « Nous avons montré notre capacité à mobiliser les troupes pour faire bouger les lignes, même si tout n’est pas satisfaisant », a résumé Jérémy Decercle, avant d’annoncer la fin d’une mobilisation qui aura réuni plus de 3 000 agriculteurs, selon les syndicats

La mobilisation, prévue initialement sur 13 sites, en aura finalement concerné 18 – plusieurs antennes locales ayant pris l’initiative de nouvelles actions, et ce malgré la levée très rapide du blocage de la très symbolique bioraffinerie de La Mède, faute de troupes suffisantes. Ce regain de mobilisation tient peut-être un peu à la première réaction publique de Stéphane Travert, qui au premier jour du mouvement a déclaré que ces blocages étaient « illégaux ». « Ça a fâché les paysans », assure Damien Greffin, président de la FRSEA Ile-de-France, particulièrement mobilisée. « C’est hypocrite. Nous avions prévenu les préfets longtemps à l’avance. »

« L’opinion publique a adhéré au fait de dénoncer les importations d’huile de palme »

La présidente de la FNSEA s’est notamment félicitée que le mouvement ait obtenu le soutien de l’opinion publique – une situation assez rare pour le syndicalisme majoritaire ces dernières années, en particulier sur les thèmes touchant les grandes cultures : « L’opinion publique a adhéré au fait de dénoncer les importations d’huile de palme », résume Christiane Lambert. « Nous avons fait toucher du doigt l’idée qu’il faut organiser les choses différemment, de sorte que ce qui est interdit chez nous le soit aussi pour les produits que nous importons », étaye Jérémy Decerle.

Quelles que soient les avancées concrètes, il s’agit là d’une bataille gagnée aux yeux des deux syndicats : « L’objectif, c’était de démontrer notre capacité à mener un rapport de force avec le gouvernement, de lui faire faire un pas, et nous avons montré que nous avions l’opinion avec nous », expliquait la veille le président de la FRSEA Ile-de-France Damien Greffin au ministère de l’Agriculture.

« On attend un peu de considération »

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Pourtant, l’agenda choisi par les deux syndicats avait de quoi surprendre, en plein examen du projet de loi issu des États généraux de l’alimentation. Mi-figue, mi-raisin sur ce texte, la FNSEA pouvait tout de même se satisfaire de la reprise de nombre de leurs propositions dans le titre I du projet de loi. Mais celles-ci ne compensent pas visiblement pas l’absence de politique fiscale et sociale favorable aux chefs d’exploitation, ou les négociations en cours d’accords de libre-échange avec des pays très compétitifs (Mercosur, Nouvelle-Zélande, Australie) et l’annonce de volumes d’huile de palme conséquents pour approvisionner la bioraffinerie de La Mède. Cette annonce aurait fait déborder le vase, notamment chez des exploitants en grandes cultures en manque de revenus ces dernières années.

« Aujourd’hui le gouvernement n’écoute pas », estime Damien Greffin. La ligne du président, c’est qu’il dit ce qu’il fera et fera ce qu’il a dit. Quant aux États généraux de l’alimentation, c’était un exercice très cadré : la première partie sur les relations commerciales et une seconde qui ne se traduit que par des charges. Il faut savoir se protéger. Si on ne considère pas l’agriculture autrement que comme des biens de consommation, nous allons disparaître. On attend aussi un peu de considération. La base demande que l’on soit reçu par Macron. »

« Faire en sorte que ce qui est interdit chez nous le soit aussi pour les produits qu’on importe »

« Le gouvernement n’écoute pas », estime Damien Greffin

Huile de palme : « Des convergences d’intérêts » à construire, commente la Fnaf-CGT

Commentant la mobilisation actuelle de la FNSEA et des JA, en particulier en ce qu’elle concerne l’huile de palme, la fédération agricole et agroalimentaire de la CGT affirme, dans un communiqué le 11 juin, que « des convergences d’intérêts entre des catégories socioprofessionnelles, victimes des mêmes stratégies capitalistes, sont possibles à construire ». La CGT estime que les blocages menés par les agriculteurs « posent des questions fondamentales » (production d’agrocarburants, faim dans le monde, développement des palmeraies, des cultures OGM, déforestation, souveraineté alimentaire…) Pour la CGT, « l’immense majorité des agriculteurs, les travailleurs, la population ont la capacité d’imposer des solutions immédiates notamment le développement de filières nationales de productions agricoles et alimentaires et de construire ensemble d’autres politiques qui permettent de sortir notre pays de l’ornière creusée par des années de stratégies de soumission et d’abandons ».