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Légumes transformés/Acquisition Bonduelle devrait reprendre France Champignon

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Bonduelle va investir le marché des champignons de la plus belle des manières : il s’apprête à avaler France Champignon, le numéro un européen du secteur. Presqu’en faillite en 2004, l’entreprise basée dans le Val de Loire a été redressée par le fonds d’investissement Butler Capital Partners à grands coups d’investissements, de suppressions de postes, de fermetures de sites et de changement de gouvernance. Résultat : l’Ebidta du groupe a atteint cette année 15 millions d’euros et France Champignon intéresse donc à nouveau Bonduelle, déjà sur les rails en 2004. Butler Capital Partners espère boucler la vente d’ici trois mois.

Bonduelle vient d’entrer en négociation exclusive pour racheter France Champignon à Butler Capital Partners, qui a repris le groupe coopératif en 2004. Depuis cette date, le fonds d’investissement a accumulé les efforts pour que le leader européen du champignon (à égalité avec le hollandais Lutèce) redevienne rentable. Bonduelle était déjà sur le coup il y a six ans, mais avait finalement renoncé devant l’ampleur des investissements à mettre en œuvre. C’est donc Butler Capital Partners qui s’est attelé à cette lourde tâche. Le fonds détient 70 % de l’entreprise, le reste étant au management et aux adhérents. « Au total, nous avons investi environ 60 millions d’euros pour moderniser l’entreprise », explique Laurent Parquet, associé chez Butler Capital. Et par ricochet, les banques ont ensuite plus facilement accepté de financer les investissements des producteurs adhérents de la coopérative.

Plus de 1000 postes supprimés
Le fonds a été très actif : l’usine de Châtellerault, dans la Vienne, où étaient employées 140 personnes, a fermé en 2005. Et dans l’ensemble des sites, la production de champignons a été industrialisée et est effectuée maintenant dans trois maisons de culture, au lieu des multiples caves traditionnelles. « Les dernières caves vont être fermées en avril », indique Alain Chamla, président de France Champignon.
La cueillette sur tapis roulant permet un bien meilleur rendement et coûte 15 % moins cher. Les salariés ont payé le prix fort pour ces bouleversements : plus de 1000 postes ont été supprimés depuis 2004. Et France Champignon prévoit de supprimer encore 127 emplois au printemps 2010 (1), dans le cadre de la fermeture de ses sites basés à Chacé et à Souzay-Champigny (Maine-et-Loire).

15 millions d’euros d’Ebitda
Les résultats sont là : au bord de la faillite en 2004, le spécialiste du champignon de Paris a désormais un Ebitda s’élevant à 15 millions d’euros pour un chiffre d’affaires stable en 2009 à environ 212 millions d’euros. « L’entreprise a également beaucoup bénéficié de la transformation de sa gouvernance », tient à préciser Laurent Parquet. Butler Capital a en effet créé une direction marketing, une direction R&D et confié les rênes de l’entreprises à Alain Chamla.

Bénéficier de la notoriété de Bonduelle
Le moment est venu pour Bonduelle de reprendre France Champignon, Butler Capital lui ayant permis de retrouver la rentabilité. L’entreprise détient 5 usines en France, une en Pologne, produit 130 000 tonnes de champignons dont 30 % pour l’exportation et va donc permettre à Bonduelle de devenir un acteur majeur de ces légumes très consommés sur notre continent. « En valeur, le marché du champignon appertisé est parmi les quatre premiers marchés de légumes en Europe », note Laurent Parquet.

Investir à nouveau dans l’agroalimentaire
La marque Royal Champignon est peu connue, et l’entreprise réalise 85 % de son activité en MDD. Si l’acquisition est finalisée, Bonduelle permettrait à France Champignon de bénéficier de sa forte notoriété en France comme à l’international. Un argument de poids pour convaincre la direction de France Champignon de l’opportunité de cette cession, alors que d’autres industriels étaient sur le coup. « Bonduelle est leader mondial de la conserve et sa marque est très bien implantée en Europe. Elle est notamment numéro 1 des légumes transformés en Allemagne et en Russie, les deux plus grands marchés de champignons. Nous en profitons déjà : depuis septembre, nos champignons sont vendus sous marque Bonduelle en Allemagne car nous avons signé un accord commercial », confirme Alain Chamla, qui précise par ailleurs que France Champignon pourrait bénéficier du savoir faire industriel de Bonduelle et de sa capacité à investir. Le fonds d’investissement espère conclure l’accord au premier trimestre 2010. Par ailleurs, il pourrait dans les prochains mois investir à nouveau dans une entreprise de l’agroalimentaire. « L’agroalimentaire correspond à notre cœur de cible. Les sociétés de ce secteur ont souvent un grand savoir faire et sont sur des marchés pérennes. Et un certain nombre d’entre elles ont besoin de se moderniser », indique Laurent Parquet.

(1) Cf Agra alimentation du 29 octobre 2010 p 19

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