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GRÉGORY SANSON (DIRECTEUR FINANCIER DE BONDUELLE) Bonduelle veut se financer dans les pays cibles de sa stratégie

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La stratégie de financement du n°1 français des légumes Bonduelle passe par une claire internationalisation de sa ressource. « Nous voulons élargir notre pool bancaire à des établissements implantés dans des pays cibles de notre stratégie » affirme, dans une interview à Agra Alimentation, Grégory Sanson, directeur financier de l'entreprise. Bonduelle est, parmi les entreprises agroalimentaires, une des plus innovantes en matière financière. Dès 2000 elle s'est tournée vers des sources de financement américaines. En 2012 elle a été la première à se lancer sur le marché des Euro PP, ou placement privé obligataire européen. Interview, en prélude à la rencontre Agrofinance organisé par Agra Alimentation et Agrofood le 25 novembre.

Quels sont les besoins de financement du groupe Bonduelle ?

Avec un chiffre d'affaires de près de 2 milliards d'euros, Bonduelle est une entreprise de taille intermédiaire. Nos besoins de financement sont liés à la fois à notre secteur, à notre modèle économique et à notre stratégie. Nous avons une activité très saisonnière, qui requiert de porter toute l'année les stocks de ce que nous produisons en été : nos besoins de financement oscillent donc avec notre inventaire, d'un point « bas » de 500 millions d'euros à un point « haut» de quelque 650 millions d'euros. Par ailleurs, le groupe a fait le choix d'être très largement intégré : nous produisons en interne 95% de ce que nous vendons. Nous avons donc besoin de capitaux récurrents pour renouveler nos outils industriels ou développer leur compétitivité. Enfin, notre croissance – un quasi-doublement en 10 ans – est non seulement organique mais aussi externe : nous réalisons régulièrement des acquisitions et avons besoin de réserves de financement permettant une mobilisation rapide des fonds.

Comment vous financez-vous ?

En 1998, le groupe a fait le choix de s'introduire en Bourse pour être en mesure de répondre à une éventuelle opportunité d'acquisition importante au moyen d'une augmentation de capital. Cette possibilité nous est encore offerte même si, de fait, c'est par endettement que nous avons mené l'ensemble de notre croissance, interne ou externe, au cours des 15 dernières années.

Aujourd'hui, notre financement est très compétitif selon les trois critères qui nous importent. En termes de coût, tout d'abord, puisque notre dette affiche un taux moyen de 3,5%, très satisfaisant avec un ratio de dettes sur fonds propres de 1 pour 1. Par ailleurs, avec une maturité moyenne de 4 ans, notre financement est assez long et nous permet de développer nos projets sereinement. Enfin, notre financement est aujourd'hui bien diversifié avec grosso modo 50% de crédit bancaire, 25% d'investisseurs américains et 25% d'investisseurs européens. Depuis la crise de 2008, les financements bancaires sont plus difficiles à obtenir : la ressource est peu chère actuellement, mais elle est rare. Il est donc important de trouver des outils alternatifs aux financements bancaires, même si le groupe Bonduelle fait sans aucun doute partie des privilégiés en la matière.

L'innovation financière est-elle importante ?

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Dès 2000, nous avons été parmi les premières ETI françaises à nous tourner directement vers les investisseurs américains, à travers un placement privé dit « US PP » et, depuis, nous avons fait appel deux fois à ce marché. Plus récemment, en 2012, nous avons été les premiers à nous lancer sur le nouveau marché des « Euro PP », qui présente également beaucoup d'avantages. Toutefois, les banques restent importantes pour nous : seules les institutions financières peuvent nous apporter la flexibilité que nous recherchons, notamment à travers des « revolving credit facilities » – des lignes de tirage négociées avec un pool bancaire.

A l'avenir ? Nous souhaitons élargir notre pool bancaire à des établissements implantés dans des pays cibles de notre stratégie. Nous regardons aussi du côté des placements privés allemands, car nous sommes très présents outre-Rhin. Enfin, il n'est pas impossible que nous nous tournions un jour vers le marché obligataire, classique ou « high yield », mais ce sont des marchés contraignants, qui attendent des opérations régulières et de tailles importantes, dont nous n'avons pas encore besoin aujourd'hui, et requérant une notation, ce dont nous ne disposons pas à ce jour. En outre, ce sont des marchés « à fenêtres »… et qui ne sont donc pas toujours disponibles.

Nous pensons chez Bonduelle que l'innovation est importante à tous les niveaux : en matière de production, de qualité, d'environnement ou encore de produits. C'est un esprit qui doit irriguer toute l'entreprise, y compris la direction financière. Il ne s'agit pas d'innover pour le principe, mais de faire preuve d'une « créativité raisonnée ». En matière financière, cette créativité a pour objectif d'accompagner la stratégie de l'entreprise et de répondre aux objectifs de notre actionnaire de référence.

AGROFINANCE, LE RENDEZ-VOUS INDISPENSABLE POUR LE FINANCEMENT DE L'ENTREPRISE AGROALIMENTAIRE

Les ingénieurs agronomes du Groupe Agrofood et Agra Alimentation organisent le 25 novembre 2014 à Paris la 11e édition du colloque biennal Agrofinance. Dans un contexte mondial en pleine évolution, les Industries agroalimentaires gardent leurs atouts pour assurer un développement pérenne. L'agroalimentaire français, 1er employeur et 1er exportateur de France, compte des leaders mondiaux dans des domaines stratégiques tout autant que des PME qui ne demandent qu'à se développer. Face aux besoins de l'industrie agroalimentaire française, de nouveaux modes de financement se mettent en place. Le rendez-vous Agrofinance aura lieu sur le thème : « La créativité au service du financement de l'agroalimentaire ». Figurent déjà parmi les participants aux tables rondes : Olivier Casanova (DAF Tereos) ; Luc Dar-bonne (Darégal) ; J. Ph. Girard (Ania, Eurogerm) ; Ph. Du Mesnil (Ceva) ; Fatine Layt (Oddo) ; Thierry Simon (CACIB) ; Jean-Philippe Puig (Sofiprotéol) ; Christian Couilleau (Even) ; Bert Van de Vaart (SEAF). Christophe Tournier directeur executif de CMCIC Capital Finance ; Thierry Goubault (p.-d.g. Charles et Alice).

Information et inscription : www.agrofinance.fr