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Viticulture Bordeaux opte à son tour pour la confusion sexuelle des papillons

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Pour la première fois le 14 avril dans le vignoble bordelais, onze châteaux se sont associés pour une pose groupée de diffuseurs de confusion sexuelle des papillons cochylis. En Anjou, région en pointe, les viticulteurs ont doublé cette année, par rapport à 2010, la surface ainsi protégée.

C’est dans les vignobles Pomerol autour de Libourne que onze châteaux ont donc décidé d’être les pionniers en Aquitaine dans la pose collective de diffuseurs de confusion sexuelle. La technique consiste, à l’aide de capsules apposées dans les vignes, à saturer l’air en phéromones sexuelles femelles afin que les mâles s’épuisent dans leur quête amoureuse, puis meurent. La femelle cochylis n’étant pas fécondée, les larves, appelées « vers de la grappe », ne se logent plus dans les grains du raisin et le viticulteur peut ainsi se passer d’insecticides ravageurs. Le vignoble bordelais est à la traîne dans cette méthode, derrière l’Anjou et surtout la Champagne. Les véritables précurseurs sont la Suisse et l’Allemagne où la plupart des zones viticoles sont traitées ainsi. D’ailleurs, l’unique distributeur homologué de ces diffuseurs est l’entreprise allemande BASF.
L’Anjou utilise la méthode depuis une dizaine d’années et a doublé cette année les surfaces protégées. Cinquante viticulteurs ont posé des diffuseurs sur 170 hectares. Cette méthode n’est efficace qu’à la condition de couvrir une large surface, elle doit donc être collective.
En Maine-et-Loire, le domaine Rousseau, qui produit du coteaux du Layon, du cabernet d’Anjou ou du crémant de Loire sur une trentaine d’hectares, utilise la confusion sexuelle depuis dix ans. Tony Rousseau a servi d’exemple à ses collègues autour de Saint-Lambert-du-Lattay où désormais 37 des 50 vignerons utilisent la méthode contre les papillons cochylis et eudémis. « J’ai totalement supprimé l’utilisation des insecticides », se réjouit-il.

Suppression totale des insecticides

« L’intérêt est aussi de maintenir la biodiversité car cette méthode est plus ciblée que les insecticides » qui tuent l’ensemble des insectes.
Selon ses études réalisées sur les cinq dernières années, l’utilisation de la confusion sexuelle coûte 80 euros de plus par an et par hectare par rapport à deux traitements annuels par insecticide. Mais « si l’utilisation, donc le marché, se développe, la concurrence fera baisser les coûts », estime-t-il. Tony Rousseau bénéficie d’une aide du conseil général de Maine-et-Loire (à hauteur de 40 euros par hectare), le seul en France à financer cette technique écologique.
Pour les vignobles de la région Aquitaine « cette méthode ancienne reste très confidentielle », indique Eric Maille, agronome spécialisé dans les vins issus de la viticulture biologique. « Les producteurs bio, eux, ne couvrent que des petits domaines alors qu’il faut un minimum de 8 à 10 hectares d’un seul tenant pour qu’elle soit efficace ».
« Il y a un tournant à prendre car c’est l’avenir », a souligné le député UMP de la Gironde et vice-président du groupe d’études sur la vigne à l’Assemblée nationale, Jean-Paul Garraud, présent le 14 avril à Libourne. Il a souligné avoir eu « une oreille attentive » de la part du ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire et estime qu’il faut rapidement « étudier quelles aides l’Etat pourrait apporter ou imaginer un système incitatif ». Pour le député de la Gironde, « il est important que les collectivités territoriales s’engagent aussi dans cette voie ».