Les brasseurs de France veulent oublier 2013, année où l'augmentation brutale des droits d'accise a perturbé plus ou moins fortement leurs exercices financiers. La profession ne pouvait pas ne pas réagir à une telle hausse de la fiscalité et publie son livre blanc dans lequel Brasseurs de France rend publiques ses 20 propositions pour 2020. Une façon d'envisager l'avenir de leur métier avec détermination et une pointe d'optimisme… à condition bien sûr que les pouvoirs publics soient à leur écoute.
LES brasseurs de France veulent faire savoir que « la France est aussi le pays de la bière » et se fixent pour objectif de « faire de la bière un étendard de la marque France ». Ils ont à cœur de défendre leur secteur économique en estimant qu'il convient de pérenniser et de promouvoir la filière brassicole française. Autant d'arguments qui ont incité les Brasseurs de France à publier leur premier livre blanc le 18 juin dernier.
Présenté à l'occasion de l'assemblée générale annuelle, les « 20 propositions pour 2020 » de la brasserie française se veulent constructives et responsables. « Nous avons assumé nos responsabilités en prenant acte du pacte de responsabilité lancé par le président de la République en proposant trois engagements phares pour construire un partenariat public-privé qui serve l'intérêt général », rappelle Philippe Vasseur, président des brasseurs de France et ardent défenseur de la filière. Les brasseurs se sont en effet engagés en février dernier à investir 250 M€ d'ici à 2017 dans l'outil productif. Pour eux, « c'est un gage de vitalité qui doit permettre de pérenniser le tissu industriel brassicole dans les territoires et favoriser la création d'emplois qui ne peuvent être délocalisés ».
MORATOIRE FISCAL
Parmi ces 20 propositions, les brasseurs de France demandent un moratoire fiscal après la hausse brutale des accises appliquée dès janvier 2013 sans aucune contrepartie. Ils souhaitent donc « bénéficier des conditions de concurrences équitables permettant de favoriser le développement de leurs entreprises et obtenir un cadre fiscal stabilisé ». La profession fait de multiples propositions parmi lesquelles elle sollicite notamment les pouvoirs publics afin notamment de mesurer l'impact des politiques publiques sur la compétitivité des brasseries et de sécuriser et harmoniser les aides publiques pour la création et le développement des brasseries.
La France compte 580 brasseries (500 brasseurs) dont 123 sont réunis au sein de Brasseurs de France. Ces 123 adhérents représentent 98 % de la production française des bières de marque (2 000 marques de bières différentes).
Notre pays produit 18,3 millions d'hectolitres, en importe 6,2 et en exporte 5,1.
Le Français consomme ainsi 19,4 millions d'hectolitres de bières par an, soit 30 litres/habitant et par an. C'est le 26ième pays européen pour sa consommation de bière par habitant et par an.
Le monde de la brasserie pèse 4 500 emplois directs et un chiffre d'affaires de 2,1 milliards d'euros, lui même au cœur d'une filière de 65 000 emplois de l'épi au demi (la France est le 2e pays exportateur d'orge de brasserie et le 1er exportateur mondial de malt), sans oublier le circuit des 35 000 cafés hôtels restaurants.
Les brasseurs contribuent pour plus de 3 milliards d'euros aux recettes fiscales de l'état (dont 670 M€ de droits d'accise et 1,28 milliards d'euros de TVA). 70% des bières consommées en France sont produites dans l'Hexagone.
Ils demandent également leur soutien dans la promotion de l'image de la bière française dans le monde permettant ainsi le développement des exportations.
La profession entend également renforcer ses pratiques en matière de responsabilité sociétale et environnementale, un chapitre sur lequel excelle Phillippe Vasseur, par ailleurs président du réseau Alliances du Nord-Pas de Calais.
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Les brasseurs se proposent donc de poursuivre leurs efforts en matière d'économie d'eau et d'énergie ainsi qu'en matière de réduction des émissions de CO2 de développer leurs programmes de recherche sur les matières premières (notamment malt et houblon) et de favoriser les circuits courts d'approvisionnement.
VALORISER LA CULTURE BIÈRE
Les brasseurs de France veulent ainsi développer le soutien et la création de malteries locales ancrées sur leurs territoires. Ils entendent aussi affirmer leur rôle dans l'éducation et la prévention par le développement d'actions pédagogiques menées en concertation avec les pouvoirs publics. « Nous voulons pouvoir jouer notre rôle d'acteur légitime de l'éducation et de la prévention », soulignent les brasseurs français, convaincus que « l'éducation est le seul moyen efficace dans la lutte contre les phénomènes d'alcoolisation ». Ils souhaitent d'ailleurs que pouvoirs publics puissent clarifier les contours de la loi Evin, proposant à ce titre la création d'une instance de dialogue avec l'ensemble des parties prenantes.
Dernier chapitre du livre blanc : « valoriser la culture bière ». « Historiquement, la France est une terre de bières avant d'être une terre de vin », rappelle le livre blanc qui fait remarquer que « compte tenu du foisonnement et de la richesse de production des bières, les brasseurs souhaitent créer des outils pour continuer de garantir l'excellence de la bière française ».
Le Nord-Pas de Calais, terre de brasseurs, travaille actuellement à de nouvelles initiatives (voir encart) visant à valoriser le savoir-faire des brasseurs dans un cadre patrimonial et culturel.
Brasseurs de France souhaite enfin que ce Livre Blanc soit un engagement sur le long terme, amené à être partagé, enrichi, nourri par tous ceux qui défendent l'exception culturelle de la filière brassicole française.
Les brasseurs du Nord multiplient évènements et initiatives. Réunis en assemblée générale le 3 juillet dernier, ils ont débattu longuement sur la création de « voyages en terre de brasseurs », des circuits organisés dans quatre pays différents du Nord-Pas de Calais.
« Ce projet de routes de la bière fait l'objet d'un contrat de destination avec la Direccte du Nord-Pas de Calais », explique Jean-Paul Vanden-broucke, président des brasseurs du Nord. Et pourrait être opérationnel d'ici 2015. Cette initiative qui figure également dans les 20 propositions du livre blanc veut mettre en avant le savoir-faire des brasseurs du Nord en s'appuyant également sur la richesse du patrimoine culturel, historique et gastronomique de la région. « Il faut que la bière soit reconnue comme le produit identitaire du Nord-Pas de Calais », rajoute Gérard Sonnet, secrétaire général du syndicat professionnel, qui prépare sa première édition de « Terre de Brasseurs », un évènement qui se déroulera à Arras du 17 au 19 octobre prochain.
23 brasseries présenteront leurs bières exclusivement brassées en région dans des stands individuels (certaines brasseries régionales brassent en effet certaines de leurs bières outre-Quièvrain).
Avec un budget de 140 000€, l'événement s'appuie sur de nombreux partenariats et vise les 6 000 visiteurs. « Plus qu'un espace de dégustation, ce que nous voulons, c'est mettre en avant l'ensemble de la filière », rajoute le président.
C'est ainsi que le malt sera représenté par Soufflet, la levure par Lesaffre… et le lycée de Douai Wagnonville installera une « pico brasserie » de démonstration.