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Ethanol Brésil, le revers de la médaille

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Un documentaire consacré à la production d’éthanol au Brésil sera diffusé sur la chaîne de télévision Public Sénat le 21 juin prochain. Réalisé dans le cadre d’un voyage d’étude de la commission des finances du Sénat, à l’automne dernier, il pointe du doigt la dureté du travail dans les plantations de canne et l’impact environnemental lié à l’essor de ces cultures.

Bienvenue au pays de l’éthanol ! Engagé depuis 30 ans dans la production de biocarburant, le Brésil est aujourd’hui un des leaders mondiaux de l’éthanol, au coude à coude avec les Etats-Unis. Actuellement, 336 usines fonctionnent à plein régime et 73 nouvelles installations sont prévues pour 2012. Pour Osmar Dias, président de la commission de l’agriculture du Sénat brésilien, le Brésil peut doubler sa capacité de production de biocarburant tout en maintenant son niveau de production vivrière : « Le Brésil peut faire les deux », assure-t-il.

Mais à quel prix ? L’essor du bioéthanol se fait à un coût social et environnemental déjà élevé. Plus de la moitié de la fauche se fait encore à la main dans des conditions de travail présentées comme insoutenables. Chaque faucheur coupe en moyenne jusqu’à 12 tonnes de cannes par jour, parfois jusqu’à l’épuisement, voire jusqu’à la mort. Dix-sept procès liés à des décès dans les cannaies sont actuellement en cours. C’est un véritable « esclavage », confie José Fernando Ruiz Matrerana, procureur fédéral du travail brésilien. Carlita Da Costa, membre du syndicat des ouvriers agricoles, dénonce elle aussi ces conditions de travail et milite pour la juste rémunération des faucheurs. Ceux-ci, pour la plupart analphabètes, sont également victimes de la malhonnêteté de leur employeur : pensant être payés à la quantité, les ouvriers le sont à la parcelle. Et comme les parcelles ne sont pas clairement délimitées, les écarts de prix peuvent varier entre 30 et 40%. Devant cette situtation, certains responsables politiques brésiliens se disent favorables à la disparition du « travail manuel » d’ici 15 ans. Vœu pieux ?

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Des espoirs placés dans la transgénèse

Autre critique, l’impact environnemental. Les terres dédiées à la production de biocarburants (canne et soja) progressent vers le nord du Brésil, menaçant plusieurs écosystèmes. C’est le cas du Cerrado : bassin de recherche pour les variétés résistantes à la sécheresse, il est menacé par l’implantation de soja destiné à la production de biodiesel. La forêt amazonienne, déjà l’objet de déforestation, n’est pas non plus épargnée. C’est en moyenne « 3 millions d’hectares de forêts primaires qui disparaissent chaque année », souligne le documentaire. Les cultures vivrières actuellement protégées par la hausse des prix des matières premières, risquent elles aussi de voir leurs surfaces régresser au profit des biocarburants.

La recherche, elle, se focalise sur l’amélioration des plantes à haut potentiel de biomasse et de sucrose, via la trangénèse notamment. Ces techniques de modification génétique étant moins controversées au Brésil qu’en Europe, les professionnels placent un certain espoir dans ces programmes de recherche, où deux entreprises privées, dont Monsanto, sont impliquées.

« Brésil : au pays de l’or vert », un reportage diffusé sur Public Sénat le 21 juin à 22 heures.